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Acteurs du Paris durable - Barbara Redlingshöfer

Invité du mois

Barbara Redlingshöfer

Novembre 2017 -
Ingénieur d’études et auteure d'une thèse sur le métabolisme urbain des matières alimentaires Barbara Redlingshöfer partage sa vision sur le gaspillage alimentaire.
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1/ Quelles sont les particularités du gaspillage alimentaire parisien ?

Par rapport au reste de la France, le gaspillage alimentaire parisien a effectivement des particularités. Elles tiennent tout d’abord aux caractéristiques du système alimentaire parisien caractérisé par une densité élevée de surfaces commerciales alimentaires et de restaurants. En conséquence, dans les poubelles collectées par le service public, se trouvent ensemble avec le gaspillage des ménages celui des activités de distribution et de restauration.

La dernière campagne de caractérisation des ordures ménagères menée en 2013 à Paris montre que 46 kg de déchets alimentaires et 13,6 kg de déchets alimentaires encore emballés par personne et par an se trouvent dans la poubelle des Parisiens. Un Parisien jette deux fois plus de produits alimentaires encore emballés que la moyenne des Français.

Une autre caractéristique repose sur les possibilités limitées des ménages parisiens pour gérer les denrées gaspillées : le compostage est moins répandu en milieu urbain dense que dans des zones disposant de jardins. Or, la Ville de Paris aide à installer des composteurs collectifs de proximité en pied d’immeuble ou dans les quartiers.

 

 «Le gaspillage représente l’équivalent de 159 € par personne et par an, soit 7,7% des dépenses alimentaires.»

 

2/ Quelles sont les denrées les plus jetées ?

Les fruits et légumes frais sont particulièrement concernés du fait de leur fragilité à la manipulation et leur caractère périssable. Ces deux points entrainent du gaspillage dans les magasins et à domicile. Le pain est une denrée qui ne garde sa fraîcheur que peu de temps et qui n’est souvent pas vendable le lendemain. Les denrées en rayon frais, crèmerie, viande et poisson frais, ont des durées de conservation courtes et ne peuvent plus être vendus au-delà de leur date limite de consommation, tout comme les produits prêts à consommer, sandwichs, salades composées ou plats préparés.

 

3/ Du champs à l'assiette comment se répartit le gaspillage ?

L'ADEME estime que chaque année, 10 millions de tonnes de nourriture produite ne sont pas consommées [1], un chiffre qui reste approximatif tant la quantification du gaspillage alimentaire est lourde et difficile à élaborer. Cependant, on peut dire que chaque maillon de la chaîne y contribue à sa façon. Les raisons du gaspillage sont diverses et les différences existent selon les catégories de denrées considérées.

Nous estimons ainsi qu‘une partie significative du gaspillage a lieu dans les ménages et dans la restauration collective et gastronomique.

En parallèle de la répartition par maillon, il est important d’identifier les responsabilités du gaspillage qui peuvent se situer ailleurs, en amont ou en aval. Par exemple, les normes de commercialisation (forme, taille, couleurs) appliquées par les distributeurs aux fruits et légumes frais génèrent du gaspillage en amont, aux maillons de la production agricole et de l’expédition. Nous retenons que tous les acteurs sont concernés et donc responsables de ce gaspillage.

A l’INRA nous avons conduit une étude prospective pour identifier les divers moyens qui pourraient être mis en œuvre à chaque étape et par les différents acteurs pour réduire le gaspillage. 9 types d’actions ont été proposées pour réduire les déchets à la source ou amplifier leur recyclage (assouplir les cahiers des charges de la distribution pour valoriser les produits avec des défauts d’aspect ou proches de la péremption, pratiquer le retrait progressif : bradage, dons…, répartir la responsabilité juridique : dédouaner le producteur ou le distributeur de sa responsabilité dès lors que le produit est donné, etc.)

 

4/ Quels bénéfices individuels et/ou collectifs peut-on tirer à lutter contre le gaspillage alimentaire ?

Les effets de la réduction du gaspillage sont différents selon le maillon de la chaîne. Intéressons-nous aux ménages. Pour eux, moins gaspiller veut d’abord dire moins dépenser en achat de nourriture. En analysant les pratiques alimentaires auprès de 20 foyers, l’ADEME a estimé que le gaspillage représente l’équivalent de 159 € par personne et par an, soit 7,7% des dépenses alimentaires. Mais les ménages n’en ont guère conscience car cela se fait de façon diffuse : tous les jours des petites quantités sont jetées.

D’où l’importance d’une vraie conscience de la contribution des petits gestes au quotidien.

Collectivement, par la lutte contre le gaspillage la société contribue à une utilisation plus sobre des ressources de la planète, comme l’eau, l’énergie et les terres agricoles.

Les émissions polluantes aussi seront réduites. Rappelons que l’ADEME a chiffré que 3% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre de l’activité nationale sont attribués au gaspillage alimentaire en France.

Face à l’augmentation de la population mondiale et à la généralisation de modes de vie occidentaux, la concurrence d’accès aux ressources va s’intensifier. C’est pourquoi nous avons une obligation morale envers les populations moins privilégiées, celles d’aujourd’hui et celles du futur. Par son effet sur la demande alimentaire, une consommation plus sobre peut être un levier puissant pour amener nos sociétés vers un modèle plus durable. 

 

5/ Comment les autres grandes métropoles agissent-elles sur le gaspillage alimentaire ?

Tout d’abord, beaucoup de grandes métropoles mais aussi des petites villes informent sur les causes du gaspillage et donnent des conseils pratiques pour le réduire. La prévention à la source doit être la priorité. En outre, elles ont commencé à aborder le gaspillage alimentaire par des actions en restauration collective publique. Dans les écoles et les centres de loisir, certaines ont mis en place des systèmes pour connaître le nombre exact de convives pour le repas de midi. Elles peuvent aussi varier la taille des portions pour mieux adapter la composition du repas au convive.

Certaines villes soutiennent même des activités de récupération et de valorisation des invendus pour l’aide alimentaire.

Au-delà des engagements individuels, le Pacte de politique alimentaire urbaine de Milan réunit plus de 150 villes et métropoles qui ont signé l’engagement de développer des systèmes alimentaires basés sur des principes de durabilité et de justice sociale. La réduction du gaspillage fait partie de ces engagements.

 

6/ Des conseils pour les Parisien-ne-s pour limiter le gaspillage alimentaire ?

Livrets de recettes pour cuisiner les restes, préparation de la liste de course ou applications smartphones pour trouver des invendus de commerçants, nous pouvons tous trouver des moyens de réduction du gaspillage qui conviennent à nos modes de vie. Il peut être pertinent de varier les circuits d’achat, en privilégiant des courses plus fréquentes pour les produits périssables comme les fruits, les légumes et le pain. Il est utile de bien comprendre et de s’informer sur les indications de dates sur une denrée : l’indication « à consommer de préférence avant le » représentant la date de durabilité minimale (DDM) permet de savoir qu’au-delà de cette date, la denrée peut avoir perdu ses qualités gustatives ou nutritionnelles mais ne présente pas de risque sanitaire et peut être consommée sans danger. Cette indication est notamment visible sur les boissons, les produits d’épicerie (pâtes, riz, sucre, conserves, etc.)  A contrario, la date limite de consommation (DLC) (« à consommer avant le » ou « à consommer jusqu’au ») affichée sur des produits frais est à respecter : au-delà de cette date, le produit peut présenter des risques pour la santé du consommateur.

Rappelons aussi que bien des produits sont parfaitement bons à consommer sans qu’ils ne correspondent au modèle du « tout beau, tout parfait » : dans un filet d’oranges si l’une est abimée les autres peuvent être parfaites ; des fruits trop murs peuvent donner d’excellentes compotes ; du pain rassis peut servir de croutons, de crumbles ou de tartines grillées. La congélation est également un très bon moyen à la maison pour éviter de jeter un aliment à DLC proche, une part cuisinée en trop ou du pain de la veille.

Prendre conscience de cette exigence et s’en rappeler, chez soi, au magasin, au restaurant, peut permettre à chacun et à chacune de faire un geste anti-gaspi !

 

[1] : Rapport de l'ADEME : Pertes et gaspillages alimentaire : l'état des lieux et leur gestion par étapes de la chaine alimentaire (Mai 2016)


Pour aller plus loin

Découvrez l'association "Le Chaînon Manquant" : en quelques heures à peine, les produits frais de bonne qualité passent de ceux qui ont trop à ceux qui ont besoin grâce à la mobilisation de bénévoles parisien-ne-s. Voir la vidéo

 

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Mots clefs : Gaspillage alimentaire, gaspillage, aliments

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