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Guillaume Coti

Portrait du mois

Guillaume Coti - J2P

Juin 2013 -
Guillaume Coti est Directeur de l'association J2P et gère le centre social culturel de la rue Petit dans le 19e arr. Il nous parle du jardin partagé associé.
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Le Jardin des Petits Passages, attire l’œil en plein cœur du 19e arrondissement avec ses fraisiers, ses salades et ses fleurs colorées. Nous sommes donc partis à la rencontre de Guillaume, le directeur de l’association d’habitants J2P qui gère et fait vivre ce jardin mais étions loin d’imaginer toutes les initiatives qui se tissent autour de ce bout de terre. En effet, au delà de la pratique du jardinage, utiliser le jardin comme outil de lien social et de sensibilisation est une évidence pour Guillaume qui milite pour développer le « pouvoir d’agir » des habitants du quartier.

Rencontre avec un homme qui s’engage au quotidien.

 

GUILLAUME ET L’ASSOCIATION D’HABITANTS J2P

Guillaume est engagé dans l’association J2P (Jaurès Pantin Petit) depuis 2004. Cette association d’habitants, né en 1997, afin d’agir pour le relogement des familles mal logées du quartier, s’est ensuite professionnalisée et emploie aujourd’hui 8 salariés au service d’un projet défini par et avec les habitants. Plusieurs centaines d’enfants, de jeunes et d’adultes co-construisent et participent aux activités culturels et sociales, aux rencontres, aux formations et aux événements organisés par J2P.

Guillaume a d’abord été embauché dans l’association comme animateur jeunesse puis, suite à des difficultés financières de la structure, a dû quitter son poste. Très attaché au quartier et à l’association, il est resté bénévolement actif  jusqu'à devenir le Directeur du Centre Social et Culturel que l’association héberge depuis 2006. Il a aujourd’hui 32 ans et déclare : « cela fait maintenant trois ans que je suis directeur et c’est un vrai plaisir ! ».

 

UN JARDIN PARTAGÉ NÉ DE L’ENVIE DES HABITANTS

Le jardin des Petits Passages est né en 2006 de la volonté de 300 habitants du quartier qui se sont réunis pour signer une pétition pour transformer ce terrain de la ville de Paris en jardin partagé. Il a aussitôt été confié en gestion à l’association J2P et notamment à Kétia Rodrigues, directrice adjointe de l’association J2P.

Ce jardin partagé, petit bout de terre au milieu du paysage urbain, est cultivé et géré collectivement par un groupe jardin constitué de 20 personnes qui se chargent de choisir les plantes à cultiver et d’entretenir régulièrement les différents fruits, légumes, herbes aromatiques et fleurs qui y poussent. Le jardin adhère à la Charte Main Verte et respecte la biodiversité en évitant d’arracher les dites mauvaises herbes et en mettant en place des pratiques de compagnonnage végétal qui consistent à associer des plantes qui peuvent s’échanger divers services (fertilisation, action répulsive sur des insectes etc.). Les deux grands bacs à compost sont alimentés par les déchets de la taille et par les déchets organiques de quelques habitants. Des écoles et des crèches viennent aussi jardiner ponctuellement et des ateliers familiaux ont lieu un samedi sur deux pour s’initier aux techniques du jardinage. Mais on peut aussi venir au jardin par pur plaisir, celui-ci est ouvert tous les samedis après-midi au public !

Pour Guillaume, « les gens sont très investis dans ce projet et nous essayons aujourd’hui de permettre à de plus en plus de personnes de participer en organisant des actions de sensibilisation et en enrichissant l’activité qu’il y a autour du jardin. » 

Un mur végétalisé va être mis en place prochainement et le jardin va être réaménagé afin d’en faire un lieu plus ouvert où les habitants du quartier pourront se retrouver. « Nous aurons également des panneaux d’exposition pour pouvoir sensibiliser les habitants aux pratiques écologiques. »

 

jardin J2P mai 2013LE JARDIN COMME OUTIL DE LIEN SOCIAL

Pour Guillaume, « au delà du côté pratique, ce jardin partagé est l’occasion d’embellir le cadre de vie des habitants, de faire des choses ensemble et de partager des moments intergénérationnels.  Cet espace est aussi un lieu de convivialité et un outil de contact avec des gens qui ne viennent pas forcément au Centre Social et Culturel. Mais c’est surtout un bel endroit ! »

Avec les fruits et légumes récoltés dans le jardin, des repas communs et des dégustations sont organisés. Des sachets de graines sont également distribués aux habitants du quartier afin qu’ils retrouvent le plaisir de jardiner sur leur balcon.

Guillaume veut vraiment développer cet outil d’échange, d’autant plus que le jardin délie les langues et permet aux différentes cultures de se rencontrer et d’échanger des histoires personnelles. « La question de l’agriculture est un outil de lien car cela fait appel à des expériences que les migrants peuvent avoir dans leur pays. Dans le Jardin des Petits Passages, par exemple, une femme malienne est venue planter de la cacahuète, des graines qu’elle avait ramenées du Mali. Pour moi, le potager est une pratique très enrichissante qui contribue à créer du lien social, qui sensibilise à la question de la nature, et qui contribue à verdir la ville. »

 

LE PLAISIR DE JARDINER POUR SENSIBILISER À L’ENVIRONNEMENT

Quand on parle de sensibilisation aux pratiques écologiques, Guillaume considère que la culpabilisation ne fonctionne pas très bien. « J’ai grandi dans le Poitou-Charentes avec un père très impliqué dans les pratiques d’agriculture biologique et, ce qui me porte, c’est l’amour que je peux avoir de la nature, de la terre. Dès que je vais dans la nature, je me sens bien et j’adore venir dans le jardin. Je pense que les notions de plaisir et de convivialité donnent envie de s’impliquer davantage que le discours de sensibilisation. On dit que la participation et l’investissement des gens ne se décrètent pas mais que cela se suscite : je pense que cela passe par la pratique d’activités communes, comme le jardinage. »

 

DES PARTENARIATS AVEC UNE AMAP ET UN PROJET D’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE

Autour du jardin, de multiples initiatives ont fleuri. L’association J2P mène, par exemple, un partenariat avec l’AMAP de l’Ourcq qui organise des distributions de paniers de fruits et légumes tous les jeudis. Distribuer ces paniers dans un Centre Social permet aux habitants plus favorisés, qui ont conscience des enjeux de l’alimentation saine et qui ont les moyens de participer à une AMAP, de se sensibiliser aux questions d’accès à une alimentation de qualité pour les populations les moins favorisées. Selon Guillaume, « la question de solidarité avec l’exploitant est possible quand on a un certain niveau de revenu et un peu d’argent à consacrer à cela. Mais en même temps, cette action a fait tomber quelques représentations sur les questions de bien se nourrir, de prioriser les aliments qu’on va acheter – acheter des légumes bio plutôt que le pot de pâte à tartiner, par exemple. Nous avons donc négocié avec l’AMAP pour que l’on puisse distribuer le surplus aux familles où l’utiliser à l’atelier cuisine. Nous sommes aussi en train de réfléchir à aller visiter l’exploitation de l’agriculteur, à Beauvais, pour continuer à créer du lien entre l’AMAP et les adhérents du Centre Social. »

 Des projets de sensibilisation à l’alimentation saine sont menés avec l’association ALINÉA, qui promeut les circuits courts et l’accès à des produits de qualité à un prix abordable. Une boutique coopérative et solidaire, nommée « La grosse Patate » a vu le jour au 22, rue Petit, la porte voisine de J2P. Des légumes et fruits de saison, produits en Seine-et-Marne et issus de l’agriculture raisonnée y sont proposés en-dessous d’un lieu d’accueil pour jeunes adultes et des animations citoyennes sont mises en place sur les marchés par les jeunes dans le 19e et le 17e arrondissements.

 

J2P : UNE ASSOCIATION QUI DÉVELOPPE « LE POUVOIR D’AGIR » DES HABITANTS jardin J2P mosaiques mai 2013

Au delà de ses multiples projets, l’association J2P mène une vraie réflexion sur la question du « pouvoir d’agir » des habitants et sur leur capacité à se saisir des questions sociales propres au quartier. Une recherche-action de 2 ans vient d’être lancée afin de mobiliser les habitants pour qu’ils réfléchissent aux solutions qu’ils pourraient trouver pour leur quartier et qu’ils aillent échanger avec les décideurs politiques.

« Au sein de l’association, nous avons beaucoup réfléchi aux questions de l’implication et l’investissement des habitants. On s’est alors rendu compte que pour réussir à discuter de sujets « politiques » au sens grec du terme, c’est-à-dire « la vie de la cité », il fallait créer de la rencontre et des moments de convivialité, comme dans le jardin. »

 

LE PARIS DE DEMAIN

Guillaume rêve le Paris de demain un peu plus vert : « les initiatives pour fleurir les toits me semblent très intéressantes et pourraient se développer sur les immeubles sociaux alentours. Je pense qu’il y a encore pas mal de choses à faire pour avoir une ville qui respire un peu plus et j’espère que les efforts importants qui ont été réalisés pour les circulations de vélos et pour les voies de bus vont perdurer. 

Au sein de l’association, nous défendons aussi beaucoup l’implication des habitants dans les décisions de rénovation urbaine. Nous avons coutume de dire que les habitants sont experts de leur quotidien et qu’ils ont vraiment des choses à apporter dans la politique urbaine. »

 

Mots clefs : jardinier, echanges
Portrait de neena recycl'art

Je cherche à m investir dans un jardin partagé ou j pourrais venir échanger et jardiner au cours de l année..ya encore de la place pour une passionné en manque de nature ? J.suis du 20 eme.. 

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