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Invité du mois

Nathanaël Mathieu

Novembre 2012 -
Thème du mois: 
Ingénieur centralien, Nathanaël MATHIEU a travaillé pendant 7 ans dans le secteur du tourisme et du voyage au sein des Directions opérationnelles et développement durable des groupes Air France – KLM et Accor. Depuis 2010, il milite en faveur du télétravail et de l'utilisation de bureaux alternatifs à proximité des domiciles (télécentres, coworking). Il a dans ce cadre cofondé la société LBMG Worklabs et le site neo-nomade.com. Il est par ailleurs à l'initiative du Tour du France du télétravail et des tiers-lieux (lieux d’activités, entre domicile et le travail).
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1/ Le télétravail en quelques mots c’est …

En quelques mots simples, le télétravail est la possibilité d’exercer son travail en dehors du bureau grâce aux technologies mobiles de l’information.

Pour être plus précis, d'un point de vue juridique, le télétravail correspond à une forme d’organisation du travail utilisant les technologies de l’information et dans laquelle un travail, généralement effectué dans les locaux de l’employeur, est effectué hors de ces locaux de façon régulière.

Porté par l'essor des technologies mobiles, le télétravail trouve sa place  auprès des entreprises. A titre d'exemple près de 40% des entreprises du CAC 40 ont déjà signé un accord cadre de télétravail. Cette tendance se renforce chaque jour un peu plus et bénéficie par ailleurs de limites claires pour les secteurs public et privé depuis le début de l'année 2012.

Mais au-delà de l'aspect juridique, ce sont les pratiques qui interpellent. Les nouvelles technologies nous font tendre vers un travail de plus en plus mobile.

2/ Les sujets du télétravail, du nomadisme suscitent un réel engouement. Quelle est leur réalité aujourd'hui en France et plus particulièrement à Paris ?

Aujourd'hui 16,7% des actifs, soit près d'1 Français sur 5, travaillent plus d'un jour par semaine en dehors du bureau et le plus souvent à son domicile. En Ile-de-France et plus spécifiquement à Paris, le taux de travail nomade est encore plus fort et atteint les 25%.

Pour les salariés franciliens, l’intérêt du passage au télétravail réside principalement, et de manière assez évidente, dans la volonté de réduire les temps de transports et donc de stress lié à ces trajets pendulaires.


3/ Quels sont les enjeux et les risques pour l'entreprise ?

Pendant longtemps le télétravail a été vu comme une variable d'ajustement par les entreprises. On l'utilisait sur des cas spécifiques (déménagement, maintien d'une compétence) ou des opérations pilotes sans déploiement véritable. En bref, la mise en place était rarement vue comme un projet transverse.

Or le télétravail est un excellent révélateur de l'agilité d'une entreprise. Sa mise en place doit être liée à un véritable programme de changement de la culture interne de l’entreprise. La réflexion du télétravail oblige aujourd'hui les entreprises à se poser les questions du management par objectifs, de l'autonomie des collaborateurs, des pratiques de collaboration à distance ou du maintien de l'identité d'entreprise.

Parmi les principaux enjeux généralement identifiés :

-          L'efficacité accrue des télétravailleurs notamment grâce aux gains de temps sur les transports

-          Un meilleur équilibre vie privée / vie professionnelle

-          La découverte de nouveaux modes de managements plus collaboratifs et une sensibilisation des employés à l’intrapreneuriat

-          Une réduction du taux d'absentéisme : les accidents de transport sont une des première cause et il est indéniable qu'en réduisant les transports pendulaires, on réduit le nombre d'accidents

-          Et enfin, une meilleure attractivité et fidélisation des collaborateurs.

Malgré tout, il ne faut pas minimiser les risques liés au télétravail : les principaux ont trait à l'isolement éventuel d'un télétravailleur et surtout à la résistance de certains managers. Sensibiliser et former est sans doute la partie la plus difficile dans la mise en place du télétravail.

4/ L'évolution de l'organisation et de l'environnement de travail semble inéluctable. Quelles en seront les principales conséquences en matière de développement durable ?

Pour moi, nous sommes à la croisée des chemins en matière d’organisation du travail car les modèles d’organisation classiques, centralisateurs ou pyramidaux, montrent leurs limites et sont de plus en plus remplacés par des structures sous la forme de réseaux et de collaborations. Le changement paraît donc inéluctable, c’est pourquoi c’est sur ces bases qu’il faut réfléchir à l’environnement de travail de demain tout en étudiant les conséquences en matière de développement durable.

Les impacts sont tout d’abord sociaux,. Faire le choix du télétravail et d’une forme de flexibilité encadrée qui amène une réelle plus-value pour les collaborateurs et pour l’entreprise. Pour les télétravailleurs, la qualité de vie et la diminution du stress lié au travail sont les conséquences primordiales du télétravail.

Mais de manière générale, le fait de mettre en place le télétravail dans l’entreprise et de poser la question d’une nouvelle forme d’organisation du travail ouvre la porte à une forme de liberté et d’épanouissement au travail pour l’ensemble des collaborateurs. Cependant, les impacts sociaux seront positifs uniquement si un encadrement adéquat est mis en place.

Les impacts environnementaux sont plus polémiques. Il y a un impact évident du télétravail sur les émissions dues aux transports, cependant il ne faut pas négliger que le télétravail va avoir paradoxalement pour effet une augmentation des transports de proximité et des coûts carbone supplémentaires dus à l’usage du domicile.

5/ Quelles sont les enjeux du télétravail pour les territoires ?

Une réduction de seulement 4 à 5 % du trafic en heure de pointe devrait permettre de rendre le trafic fluide. Il est donc évident que la question des transports est un enjeu primordial pour les territoires congestionnés qui pourraient optimiser les flux grâce au déploiement d’espaces de télétravail. Par ailleurs, les transports (infrastructures, maintenance…) grèvent les budgets des territoires, le télétravail peut donc se révéler une très bonne solution pour ces territoires. Ainsi, le Conseil Général de Seine-et-Marne ainsi que la Région Ile-de-France soutiennent l'émergence de ces espaces.

Enfin, le télétravail peut aussi se révéler une solution pour des territoires qui ont des problématiques d’attractivité car les travailleurs qui viennent s‘installer peuvent apporter un regain d’activité économique par la consommation.

6/ Vous militez depuis plusieurs années pour le développement de tiers-lieux, de nouvelles formes d'espaces de travail et de rencontre. Pouvez-vous nous les décrire ?

Les tiers-lieux sont des espaces propices aux rencontres et aux échanges qui sortent du cadre du domicile et du bureau. Ainsi, un centre commercial ou une bibliothèque peuvent être considérés comme des tiers-lieux. D’un point de vue professionnel, ils font référence à de nouvelles formes d'espaces de travail à la fois plus flexibles et mutualisés.

Les premiers tiers-lieux ont été les centres d’affaires. Aujourd’hui, parmi les tiers-lieux, il a y a les espaces publics wifi et, depuis 6 ans, on voit également l’émergence de très nombreux espaces de coworking. Ces espaces sont majoritairement utilisés par des travailleurs indépendants ou des entrepreneurs qui d’une part veulent trouver des espaces où ils peuvent rompre l’isolement du travail à domicile et, d’autre part, trouver des lieux de création. Ce sont des espaces de communauté et de travail en mode projet.

De plus en plus de tiers-lieux proposent des activités complémentaires au delà des services professionnels comme l’accompagnement au numérique, la consommation collaborative, l’entrepreneuriat social ou les FabLabs[1]. Ces espaces sont donc des laboratoires de nouvelles formes de société et d’économie.

7/ Quels exemples concrets pouvons-nous donner aux Acteurs du Paris durable ?

Il existe une trentaine d’espaces de coworking à Paris dont les plus connus sont « Mutinerie co-working », « La Ruche » et « La cantine » avec chacun des identités différentes.

La Mutinerie a développé une série d’événements qui ont trait au monde du développement durable en lançant, par exemple, une « Ruche qui dit oui », sorte d’AMAP qui permet aux gens de se réunir pour acheter directement aux producteurs de la région.

Un autre exemple concret est le « 156 Durable », un projet d’espace hybride - porté par l'Agence Parisienne du Climat et l'association Cowork in the city - qui regroupe des activités de sensibilisation aux éco-gestes, un point info-énergie et un espace de coworking. L’idée ici est que ces activités soient complétement mêlées avec une participation des cowokeurs à l’espace des éco-gestes en échange d’un lieu à leur disposition entièrement dédié à l’environnement et à la lutte contre la précarité énergétique.

Des services publics et privés se mélangent donc pour créer de nouvelles façons de mener des projets.

Pour plus d’informations, le site Néo-nomade recense tous les espaces de co-working en France : www.neo-nomade.com

Mots clefs : entrepreneur, expert, solidaire

Commentaires

1 commentaires
Portrait de Charlotte

Aux exemples de coworking cités dans l'itw, je rajouterai Soleilles Cowork dans le 2e. http://www.soleillescowork.com/

 

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