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Acteurs du Paris durable - Richard Varrault

Invité du mois

Richard Varrault

Adhérent des JNE - Journalistes écrivains pour la nature et l'écologie - depuis 2005, Richard Varrault en a été élu Président en 2017. Précédemment il a été pendant une vingtaine d’années ingénieur-conseil en génie climatique, branche de l’ingénierie qui traite des choix énergétiques d’un bâtiment ainsi que de son chauffage et son rafraîchissement. Il a également créé et mis en ligne, en 1998, le portail sur l’eau et le développement soutenable : www.waternunc.com
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1/ Quelle place pour l’environnement dans les médias « traditionnels » ?

Force est de constater que l’environnement est parfois le marronnier qui sera servi au téléspectateur, au lecteur ou à l’auditeur, la plupart du temps les sujets ne sont que survolés ou orientés. Ainsi, fin 2017, le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes fut traité par plusieurs médias sans analyse critique en véhiculant des « idées prêtes à l’emploi » concernant les moyens de défense des zadistes. « Les forces de l’ordre craignent une réplique ultra-violente des zadistes, ils les disent armés de boules de pétanque hérissées de clous, de piques et de herses. ». Les « informations » avaient été fournies à certains médias directement par la gendarmerie[1]. Un média qui se permet de reprendre, tel quel, sans avoir enquêté sur place des documents issus d’une source policière pose des questions aux citoyens disposant de plusieurs sources d’information. Ce projet qui portait sur des enjeux environnementaux, écologiques, économiques, urbanistiques, sociétaux et de développement régional pouvait être abordé sous des angles très différents.

Pour notre association, les Journalistes-Ecrivains pour la Nature et l’Ecologie (JNE), qui regroupe 220 journalistes spécialisés dans les questions écolo-environnementales, la plupart des sujets traités aujourd’hui existaient déjà lors de sa création en 1969, il y a presque 50 ans. Mais les différentes tentatives pour tirer la sonnette d'alarme n'ont pas totalement abouti. Parmi les adhérents de la première heure, se trouve au moins un journaliste, Marc Ambroise-Rendu, qui reconnait que sa mission éducative n’a pas complètement réussi. « Si nous n’avons pas réussi à convaincre comme nous l’aurions souhaité, c’est parce que sous des apparences aimables, ce que nous soutenons et préconisons est une telle révolution que les gens ne peuvent pas le supporter. Ils ont une réaction de recul. L’écologie concerne des habitudes et des privilèges qu’on ne veut pas sacrifier, et cela provoque un déni de réalité. C’est pourquoi nous n’avons pas pu davantage transpirer dans l’opinion, il était plus facile de nous considérer comme des rigolos et des empêcheurs de tourner en rond. Quarante ans de tentatives, c’est quand même long… » Marc Ambroise-Rendu[2], a notamment dirigé la première rubrique « Environnement » au journal Le Monde de 1974 à 1982.

Aujourd’hui la nouvelle génération de journalistes semble plus attentive face aux défis environnementaux. Elle pousse pour aller sur le terrain et rencontrer directement les acteurs du sujet. Nous ne pouvons que souhaiter que les conditions matérielles s’améliorent dans les rédactions avec des budgets idoines.

 

2/ Quelle est la plus-value des médias spécialisés (Reporterre, Kaizen, We demain, etc.) en termes d’information et de mobilisation ? Et leurs limites ?

Ces publications sont intéressantes car elles proposent des analyses poussées ainsi que des alternatives que l'on ne voit pas forcément ailleurs. En cela, elles se font l'écho des préoccupations de leur temps, tout comme le faisait dans les années 1970 « Le Sauvage » ou « La Gueule ouverte ».

Mais, cela ne suffit pas. Si l'on n'avait que des journaux spécialisés pour parler aux convaincus, cela ne permettrait pas aux idées de se diffuser. Le but, c'est que l'on parle d'écologie partout : à la télé, à la radio, dans les quotidiens, les hebdos, les mensuels, les journaux pour enfants, dans les rubriques économie, politique…

 

3/ Le web est-il un média privilégié pour parler d’écologie à un plus large public ? 

Le Web ce sont surtout les grands médias, TV, radios et presse écrite comme Le Monde, Le Figaro, Libération, Courrier International parmi les principaux et d’autres publications comme Médiapart, The Conversation, ou UP Magazine, qui diffusent, souvent en une, qui une marée noire, qui le dernier rapport de l’Organisation Météorologique Mondiale, ou une catastrophe naturelle. Depuis de longues années ces journaux ont eu des pages « environnement » pour Courrier International ou « Planète » pour Le Monde ou une rubrique à part comme « Sciences.Blog.Libération ». Les articles sont souvent accessibles sans abonnement, et permettent au plus grand nombre de les lire en ligne. Pour ceux bien détaillés et longs vous devez être abonnés pour en prendre connaissance ou copier le titre et faire votre recherche sur le web.

Il est vrai que les Français ne sont pas enclins à s’abonner contrairement aux anglo-saxons chez qui payer pour un service d’information est presque naturel….

Le web, lorsqu’il est bien conçu apporte de nombreux avantages comme l’information directement chez soi. Elle peut être enrichie par des liens personnels que l’utilisateur ajoutera au dossier qui l’intéresse. Des animations ou des vidéos complèteront la démarche d’information. Le tout participant à un parcours éducatif volontaire.

 

4/ Campagnes de mobilisation sur Avaaz, création de Vlog (blog vidéo) spécialisés sur Youtube, pages dédiées à l’environnement sur les réseaux sociaux, etc. : que pensez-vous de ces nouvelles façons de diffuser de l’information ? Est-ce une forme de mobilisation prometteuse ?

Les réseaux sociaux sont très évolutifs. Facebook vient par exemple de modifier ses algorithmes (janvier 2018) pour faire plus de place aux relations familiales et amicales en supprimant les actualités. Nous comprenons que sous le prétexte de diffuser moins de fakes news, Facebook entend présenter plus de publicités à ses utilisateurs. Il n’est pas certain qu'en remplaçant des articles de journaux par des avis émis par des proches, les utilisateurs y gagnent en objectivité ? Toutefois, des associations comme les JNE sont quasiment obligées de posséder une page sur ce type de réseau, de même que sur Tweeter, pour informer, parfois en temps réel, de tel ou tel évènement. Mais quand on apprend que le Président des Etats Unis, Donald Trump a menti plus 2000 fois avec ses tweets ravageurs (information du Washington Post), il y a de quoi être méfiant sur ce que ces plates-formes diffusent sans réel contrôle. Pourtant. Les réseaux sociaux apportent parfois des informations que l'on ne voit pas ailleurs sur des alternatives telles que la permaculture ou la santé naturelle. Notons aussi qu’il existe des « chaînes » écologiques alternatives qui peuvent intéresser des jeunes (ou des moins jeunes) qui ne suivent pas d'ordinaire les actualités, comme celle du Professeur Feuillage, sur Youtube

 

5/ Un conseil pour les Parisien.n.es ?

Informez-vous auprès de différentes sources, formez votre jugement en croisant différentes données et n'hésitez pas à agir en compostant au pied de votre immeuble, en plantant des fleurs, des fruits, des légumes sur votre balcon, en utilisant le permis de végétaliser. Participez à un jardin partagé, une AMAP, une épicerie solidaire, mettez des panneaux solaires sur vos toits. Inventez de nouvelles formes de végétalisation, de lutte contre le gaspillage… Vous deviendrez à votre tour source d'inspiration. Un nouveau média ne peut changer le monde à lui tout seul. Et visitez régulièrement les sites de la mairie de Paris pour des informations, des conseils, des orientations, au niveau local.

 

[1] Voir l’article sur le site Acrimed, Observatoire des médias, Action-Critique-Médias : http://www.acrimed.org/Desinformation-sur-la-ZAD-de-Notre-Dame-des?recherche=notre%20dame%20des%20landes

[2] Marc Ambroise-Rendu a fondé en 1971 le mensuel d’environnement Mieux Vivre devenu le trimestriel Combat Nature (1974-2005). Il est notamment l’auteur de l’ouvrage « Des cancres à l’Elysée, cinq présidents de la République face à la crise écologique » (Jacob-Duvernet, 2007). Extrait de l’interview en compagnie de Claude-Marie Vadrot, in Le temps des Médias, N° 25, De la nature à l’écologie, page 265 et suivantes, Nouveau Monde éditions, Paris, 2015.

 


Pour aller plus loin : 

Site de l'Association des Journalistes-Ecrivains pour la Nature et l'Environnement (JNE)

 

Découvrez les coulisses, du magazine Kaizen et sa ligne éditoriale « 100% positive ». Pascal Greboval son rédacteur en chef, nous a ouvert les portes du comité de rédaction. Voir la vidéo

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