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Acteurs du Paris durable - Pierre Radanne

Invité du mois

Pierre Radanne

Avril 2015 -
Thème du mois: 
Président de l’association 4D (Dossiers et Débats pour le Développement Durable), Pierre Radanne est l’auteur du rapport « Facteur 4 [1] » sur la réduction des gaz à effet de serre de la France (2005). Ancien président de l’ADEME jusqu’en 2002, il est aujourd’hui consultant indépendant et expert auprès des institutions sur les questions énergétiques et climatiques. Il répond à quelques questions sur la COP21 pour nous aider à y voir plus clair !
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1/ Paris accueillera fin 2015 la 21e Conférence des Etats sur le climat, également appelée COP21. En quelques mots, pouvez-vous nous expliquer en quoi consistent ces rencontres ?

Les Nations Unies qui regroupent tous les pays sont donc le seul lieu de négociation possible. Les conférences climat qui siègent comme assemblée générale des Nations Unies ont pour objectif de produire des règles de droit applicables par tous les pays : un traité international, la convention de Rio en 1992, un protocole qui étend son application, le protocole de Kyoto de 1997. La conférence de Paris doit préparer un nouveau protocole qui prendra le relais disposant de l’adhésion de tous les pays et fixant les objectifs pour la période 2020 – 2030. Ces conférences annuelles des Nations Unies sont aussi le lieu d’engagement d’acteurs de toute nature : les régions, les villes, les entreprises, les banques. Y tiennent également une place majeure les scientifiques, les organisations de la société civile et les médias. A Paris, on attend 50.000 délégués.

 

2/ On parle d’un rendez-vous crucial, quels sont les enjeux particuliers de cette 21e COP ?

Les derniers rapports du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat pointent les effets dévastateurs d’un réchauffement climatique qui serait supérieur à 2°C par rapport à la période préindustrielle. Notamment avec une diminution de la pluviométrie dans les zones tropicales, réduisant profondément les capacités de productions alimentaires alors que la population humaine passera de 7,2 milliards d’habitants à 9,6 d’ici 2050. 2°C peut apparaître peu, on est accoutumé à des écarts bien plus importants chaque jour. Pourtant il faut bien comprendre que le climat est très sensible par rapport aux variations de moyennes annuelles. Il y a un écart de seulement 6°C entre la période actuelle et l’ère glaciaire. Or, si rien n’est fait, on encourt un réchauffement de 6°C d’ici 2100, c’est-à-dire dans la vie d’un enfant déjà né.

Contenir le réchauffement en dessous de 2°C, fait donc l’objet d’un accord unanime des 195 pays du monde. La stabilisation du climat est la première question à solidarité obligatoire de toute l’histoire humaine. L’évolution du climat dans chaque pays va dépendre de ce que vont faire tous les autres.

C’est cela qui guide entièrement la nouvelle négociation pour la conférence de Paris. Cela implique que tous les pays passent à l’action, riches et pauvres, d’où le fait que tous les pays doivent présenter aux Nations Unies leur contribution d’ici octobre pour lutter contre le changement climatique. C’est là une grande différence par rapport à la négociation du Protocole de Kyoto où les objectifs quantitatifs sur les volumes d’émissions ne portaient que sur les pays les plus développés du fait de leur responsabilité historique dans le réchauffement climatique et de leurs capacités en fonction de leur niveau de développement.

 

3/ Pensez-vous que cet objectif soit réalisable ?

Il faut être clair, si la négociation n’avance pas, lui le climat continuera de se dégrader. Cela accroîtra les déséquilibres entre pays notamment du fait de la perte de ressources en eau, d’une réduction des productions agricoles, d’une amplification de la désertification. Un monde sans accord sur le climat sera assurément à la fois plus injuste et plus violent.

 

4/ Quelles conséquences à Paris ?

Paris présente une double vulnérabilité au changement climatique :

> A la canicule, comme ce fut le cas en 2003.

La densité urbaine génère un ilot de chaleur qui amplifie les épisodes caniculaires en période sans vent. Avec d’ailleurs aussi un accroissement de la pollution atmosphérique. Il y a aussi un autre facteur qui amplifie cette vulnérabilité, l’existence dans la ville d’un grand nombre de logements directement sous des toitures métalliques mal isolées.

> A l’inondation, comme ce fut le cas avec la crue de la Seine de 1910. Le changement climatique débouche sur un accroissement de la pluviométrie sur les régions tempérées du nord de l’Europe et accroit ce risque.

 

5/ Alors que les Etats se réuniront pour définir une stratégie globale de lutte contre les changements climatiques, comment les Parisiens peuvent-ils s’engager localement ?

Cette conférence de Paris est une occasion pour tous de progresser collectivement.

D’abord, de mieux comprendre cette question nouvelle du changement climatique. Le premier enjeu est éducatif et culturel.

Il faut que chacun comprenne mieux la portée de ses actes dans l’émission de gaz à effet de serre. Une famille en France émet de l’ordre de 20 tonnes de gaz carbonique et autres gaz à effet de serre. Avec globalement les parts suivantes : un quart par le chauffage, un quart par le transport en voiture, un quart par l’alimentation. 

La réduction de ces émissions est affaire de changement d’énergie, de technologie, de meilleure organisation collective, notamment par l’urbanisme et de comportement individuel.

La réaliser doit mobiliser les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens.

Il va nous falloir changer progressivement nos modes de vie, être attentif à isoler nos logements, à économiser l’énergie, à privilégier les énergies renouvelables, à modérer nos consommations de viande rouge, à privilégier un tourisme de long séjour, à utiliser des véhicules à bas niveau d’émission de gaz à effet de serre et à davantage trier nos déchets…

 

6/ Selon vous, si les Parisiens devaient faire un seul geste pour le climat, ce serait…

Le domaine pour lequel les Parisiens ont, au quotidien, les capacités d’action les plus déterminantes, c’est le choix du mode de transport. L’utilisation des modes doux comme le vélo, des transports en commun réduisent considérablement les émissions et la pollution de l’air en même temps que cela libère de l’espace urbain. L’un des enjeux majeurs des décennies qui viennent va être l’extension des réseaux de métros et de tramway dans l’ensemble de l’agglomération.

 

En savoir plus

[1] Rapport "Facteur 4"désigne l'engagement pris en 2003 devant la communauté internationale par le chef de l'État et le Premier ministre de « diviser par un facteur 4 les émissions nationales de gaz à effet de serre du niveau de 1990 d'ici 2050 ». Cet objectif a été validé par le « Grenelle de l'environnement » en 2007.

Association 4D (Dossier et Débat pour Le Développement Durable)

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Mots clefs : changement climatique

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