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Acteurs du Paris durable - Michael Harismendy

Invité du mois

Michael Harismendy

Juillet 2015 -
Thème du mois: 
Responsable de l’antenne locale Surfrider Paris, Michael Harismendy a également travaillé pour Greenpeace et le WWF. Il répond à nos questions.
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1/ Depuis 1990, Surfrider Foundation Europe a pour but « la défense, la sauvegarde, la mise en valeur et la gestion durable de l'océan, du littoral, des vagues et de la population qui en jouit ». Pourquoi avoir créé une antenne locale à Paris, si loin de la mer ?

80% des déchets présents dans les océans ont une origine continentale (chiffres de l'ONU). Voila pourquoi Surfrider est également à Paris, 1ère ville de France de par sa population et donc potentiellement 1ère ville génératrice de déchets ! L'objectif de la création de cette antenne parisienne de Surfrider est de "rapprocher les citoyens parisiens et franciliens de l'océan", en faisant notamment le lien entre leurs habitudes de consommation ici à Paris et la pollution des océans. Même lorsque l'on est "si loin de la mer", nous rappelons que "jeter par terre, c'est jeter en mer". Car un mégot ou un sac plastique délaissé dans les rues de Paris aura tôt fait de s'envoler/cheminer vers un canal, puis dans la Seine, et enfin dans l'océan... qui n'est finalement pas si loin que ça !

2/ Quelles sont les plus grandes menaces qui pèsent sur les océans ?

Les menaces qui pèsent sur les océans et donc in fine sur nous sont de deux ordres : visibles et invisibles.

Les macros déchets, principalement le plastique, constituent effectivement un enjeu majeur de pollution des océans. Contrairement à ce qui se dit trop souvent, les déchets plastiques ne se "biodégradent" pas entièrement avec le temps. Quand ils ne sont pas ingérés par des mammifères marins qui les confondent avec des proies (un sac plastique a tôt fait de ressembler à une méduse...), le plastique se décompose en petits morceaux facilement ingérables par de petits animaux marins : crabes, crevettes, petits poissons. Ces premiers maillons de la chaîne alimentaire sont consommés par de plus gros poissons... que nous consommons nous-mêmes ! De plus, en se décomposant le plastique qui est issu du pétrole diffuse ses composants toxiques dans l'environnement (et donc dans le corps des poissons...).

Les pollutions invisibles ne sont pas moins impactantes pour l'écosystème marin. Je pense notamment aux quelques 400 composants toxiques (métaux lourds, goudrons, cyanure, etc.) diffusés par les mégots de cigarette lorsqu'ils se retrouvent dans l'eau : un seul mégot pollue jusqu'à 500 litres d'eau ! Je pense aussi à l'acidification de nos océans causée par nos styles de vie excessivement émetteurs de gaz à effet de serre. A l'aube de la COP21 à Paris, n'oublions pas que l'océan est le premier régulateur du climat et fournit la moitié de l'oxygène que nous respirons...

Visibles ou invisibles, ces pollutions sont bel et bien la conséquence de l'action de l'Homme. Nous sommes la source du problème, mais nous sommes également le cœur de la solution : nous devons adapter nos comportements.

3/ Quelles actions menez-vous sur le territoire francilien ?

A Surfrider, nous menons principalement des actions de sensibilisation à destination des citoyens de tous âges et tous horizons :

> Nous organisons des "initiativesoceanes.org">Initiatives Océanes" : des collectes de déchets participatives qui remportent un certain succès à Paris. Elles visent à rendre le citoyen acteur de la préservation de son environnement : ici à Paris mais également des océans. Récemment, nous avons mené une action dédiée aux mégots dans le quartier du Marais. Pour info, chacun peut organiser sa propre initiative océane près de chez soi : Surfrider fournit le matériel nécessaire !

> Nous menons des actions d'éducation dans les écoles pour sensibiliser les plus jeunes à ces problématiques afin qu'ils adoptent au plus tôt les éco-gestes spontanément. Il est intéressant de voir le rôle de "prescripteur" que jouent les enfants auprès de leurs parents.

> Nous travaillons également avec les pouvoirs publics (mairies d'arrondissements et mairie de Paris) pour accompagner les actions mises en place par la Ville en faveur de la réduction des déchets dans les rues, en insistant notamment sur les aspects de sensibilisation des élus et des agents à ces enjeux.

Dans tous les cas, la démarche de Surfrider est avant tout pédagogique, ludique et autant que possible fun.

4/  Quel est le plus gros problème que vous constatez chaque été sur les plages ? Avez-vous remarqué  une évolution dans le comportement des vacanciers ?

Chaque été, je constate une dégradation de la qualité des eaux de baignade ainsi que dans les zones d'activités nautiques où la qualité de l'eau n'est pas toujours contrôlée. Pour ce qui est des déchets, il est difficile de se rendre compte de notre impact sur la pollution des océans car en été chaque matin, les municipalités réalisent un travail important de nettoyage des plages. Or, ce nettoyage n'est mis en œuvre que de juin à septembre et uniquement sur les zones de baignade. Alors que de nombreuses personnes se baignent, surfent, plongent et jouissent de toute la plage toute l'année, et pas uniquement entre les deux drapeaux bleus... Malgré la multiplication des poubelles sur certaines plages, il reste encore beaucoup à faire par les mairies en termes de prévention.

Je remarque une évolution positive dans les comportements des vacanciers. Personne ne veut de plages sales, de poissons contaminés ou d'une planète en danger. Tout l'enjeu est de réussir à faire le lien entre cette pollution réelle et les comportements des citoyens, pas seulement lorsqu’ils sont "vacanciers"...

Mais lentement, les choses avancent, notamment grâce au travail des associations.

5/  Quels conseils concrets donneriez-vous aux Parisiens qui souhaitent participer à la protection des océans, au quotidien et en vacances ?

Au quotidien : s'informer (sur le site de Surfrider par exemple), garder à l'esprit ce lien "jeter par terre c'est jeter en mer" pour adapter son comportement, générer moins de déchets et mieux gérer les déchets "inévitables".

En vacances : ouvrir les yeux !

Pour aller plus loin :

Site de la Surf Rider Fondation Europe
Page Facebook de l’antenne locale de Paris

Mots clefs : expert

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