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Acteurs du Paris durable - Christian Du Tertre

Invité du mois

Christian Du Tertre

Septembre 2015 -
Professeur des universités en sciences économiques à l’Université Paris Diderot et Directeur scientifique du Laboratoire d’Intervention et de Recherche ATEMIS (Analyse du Travail Et des Mutations des Industries et des Services), Christian du Tertre est également Directeur scientifique du club «Economie de la fonctionnalité et développement durable». Il a notamment participé à l'ouvrage collectif "L'économie de la fonctionnalité, une voie nouvelle pour un développement durable ?".
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1/ Alors que la Ville de Paris présentera le Livre Blanc du Grand Paris de l’Économie Circulaire issu des États Généraux de l’Économie Circulaire, pouvez-vous nous rappeler la signification de cette nouvelle forme d’économie ?  

De plus en plus d’acteurs économiques, sociaux, institutionnels admettent qu’il est nécessaire de limiter l’usage des ressources naturelles. Différentes séries d’arguments sont avancées : les couts d’extraction qui ne font que croître, le gâchis que représente la non réutilisation de matériaux ; les effets délétères sur l’environnement, sur la biodiversité et le climat ; de déchets qu’il devient de plus en plus difficile de traiter, d’enfouir ou de bruler sans atteinte à l’environnement…  Les sociétés modernes sont invitées à repenser leurs rapports aux ressources en cherchant à limiter leur usage par l’éco-conception et l’éco-efficience, la réutilisation des biens conçus pour cela à travers une compréhension de leur « cycle de vie »… Il s’agit en réalité de trouver de nouvelles formes de développement qui permettent de découpler la croissance de la consommation des ressources matérielles. C’est un changement profond des modes de production, du rapport à la consommation, des modes de vie.

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2/ Pourquoi est-ce un enjeu plus que jamais d’actualité ?

Le développement d’une économie industrielle, dont la rentabilité est fondée sur la croissance incessante des volumes produits et consommés, conduit à des impasses écologiques, sociales et sociétales que chacun dans les pays développés, les pays émergents comme les pays en voie de développement, peut constater. La voiture individuelle a peut-être dans le passé apporter des réponses pertinentes en terme de mobilité, mais aujourd’hui son usage intensif provoque de la pollution, mais aussi des embouteillages affectant d’abord les populations éloignées des centres villes, c’est-à-dire les personnes les plus démunies. La production et la surconsommation incessantes de produits pharmaceutiques, notamment, d’antibiotiques conduisent à une diminution de leurs dimensions thérapeutiques. La production et l’utilisation intensives de pesticides et d’engrais chimiques dénaturent les aliments se retournant contre la santé des populations et celles des animaux. Il est grand temps de remettre en cause le modèle industriel intensif dont la financiarisation ne fait qu’accentuer les effets pervers. De ce point de vue, la recherche d’un nouveau modèle de développement conduit à établir un nouveau rapport aux technologies par l’éco-conception, les analyses de cycles de vie, l’éco-efficience, mais plus profondément il s’agit de réinventer un nouveau modèle d’entreprise, un nouveau modèle de développement de nos territoires.

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3/ Quel nouveau modèle économique ?

L’économie circulaire invite à faire en sorte que les « déchets des uns soient les ressources des autres » selon une formule consacrée, mais plus profondément, c’est le rapport aux biens, à l’industrie, à la finance, au travail qu’il faut repenser.

L’économie industrielle qui émerge au début du vingtième siècle est fondée sur les économies d’échelle et l’intensification du travail par la spécialisation. Les coûts de plus en plus importants que représentent les investissements en Recherche/Developpement sont amortis, d’une part par le fait que le nombre de biens vendus ne cesse de croître, d’autre part par une intensification d’un travail répétitif. Les investissements dont l’objet est de réalisé des produits propres ne peuvent être amortis dans le cadre du modèle industriel que si le nombre de produits vendus augmente. C’est « l’effet rebond » : chaque bien mobilise moins de matière mais pour amortir les efforts de Recherche/Developpement, ce modèle exige la croissance du nombre de biens vendus.

Pour respecter les intentions de l’économie circulaire, il faut détacher ce modèle de la logique économique industrielle. Comment faire ? En inscrivant l’économie circulaire dans une perspective servicielle. C’est l’objet de l’économie de la fonctionnalité qui consiste à fonder une rentabilité des entreprises sur la décroissance de l’usage des biens et la croissance de la dimension immatérielle des services, c’est-à-dire la façon dont les solutions intégrant biens et services sont à mêmes de mieux répondre aux attentes des ménages comme des entreprise et à prendre en charge les externalités négatives de la dynamique industrielle. Cette perspective servicielle (en quoi les solutions rendent services) permet de redonner du sens au travail, de reconnaitre les salariés dans des processus d’innovation fondés sur leur expérience, d’inscrire la coopération entre les salariés et les clients -ou usagers- dans des projets territoriaux favorisant « le vivre ensemble ». Le développement de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération est le levier favorisant la séparation de l’économie circulaire de la logique industrielle.

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4/ Quels domaines semblent les plus prometteurs ? Des idées d’actions pour les Parisiens ?

La mobilité, la prévention de la santé, une alimentation prenant soin des personnes et de l’environnement, une communication reposant sur des informations pertinentes au regard des enjeux du développement durable et du vivre ensemble, un habitat évolutif favorisant la coopération entre les habitants, les habitants et les salariés… représentent autant de domaines prometteurs et enthousiasmants pour les Parisiens. Il s’agit de penser l’articulation de l’économie circulaire et de l’économie de la fonctionnalité ; de les inscrire dès maintenant dans des projets expérimentaux et prometteurs d’un avenir durable.

 

Christian du Tertre

8 septembre 2015

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Mots clefs : economie circulaire

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