Vous êtes ici

Acteurs du Paris durable - Jean-Jacques Fasquel
Profil associé :

Invité du mois

Jean-Jacques Fasquel

Février 2016 -
Maître-composteur et pionnier du compost collectif à Paris, Jean-Jacques Fasquel est aujourd’hui consultant - formateur dans ce domaine. Il est également administrateur du Réseau Compost Citoyen et président de l’association Compost à Paris. En expert incontournable du compostage parisien, il répond à nos questions.
0

1/ Quelle est la petite histoire du compostage (collectif) à Paris ?

Les maraichers installés autour de Paris ont longtemps fertilisé leurs productions avec les biodéchets des Parisiens puis au début du 20e siècle les "gadoues vertes" étaient transformées en compost dans des usines de la région parisienne. Mais l’avènement de la chimie de synthèse a sonné le glas de ces pratiques. Et vu le tissu dense de Paris et le peu d'habitat individuel avec jardin, la pratique du compostage avait pratiquement disparu de la capitale. C’est seulement en 2008, avec 1er site de compostage collectif que j’ai créé au pied de mon immeuble dans une résidence de Paris Habitat que la valorisation des biodéchets de cuisine a véritablement repris. En s’inspirant de cette initiative, dans son programme local de prévention des déchets, la Ville de Paris a lancé en 2010 un accompagnement pour favoriser le compostage collectif en pied d’immeuble. Aujourd'hui tout Parisien qui habite un immeuble et qui souhaite installer un compost collectif  peut soumettre sa candidature et, si le projet remplit les conditions (notamment l’accord du gestionnaire de l’immeuble et la participations de 10 habitants minimum), bénéficier gracieusement du matériel, de la formation et de l’accompagnement d’ un « Maître-composteur ». Ce programme est également proposé aux écoles maternelles et primaires ainsi qu'à des sites institutionnels de la Ville. Aujourd'hui plus de 350 sites de compostage collectif ont ainsi été mis en route.

 

2/ Depuis peu, on voit également se développer des  sites de compostage de quartier, quels sont leurs intérêt(s) et inconvénient(s) par rapport aux autres systèmes de compostage collectif ?

Le compostage le plus simple est toujours le plus proche de chez soi. Aussi quand on a la chance de vivre dans un immeuble qui dispose d'un peu d'espaces verts et de la volonté de composter il faut préférer cette solution. Le compostage de quartier est une solution complémentaire pour les citoyens qui n'ont pas la chance de pouvoir le faire au pied de leur immeuble (pas d'espace ou pas d'accord des parties prenantes). Il y a une vraie demande des Parisiens pour cette alternative et je m'en suis bien rendu compte quand j'ai lancé le premier compost de quartier en octobre 2014 dans les jardins de la Maison des Associations du 12e sous l'égide de l'Association Compost A Paris. Nous avons recruté 130 foyers et nous étions complets avant l'inauguration ! La plupart des participants expriment ne pas supporter de voir leurs bio-déchets partir à la poubelle pour se faire incinérer alors qu'ils sont une ressource formidable ! De plus, les "composteurs" vont développer du lien. Soit au moment des apports (on dit qu'on se retrouvait autrefois autour du lavoir c'est désormais au pied des composteurs), soit au moment des opérations techniques (retournement, transferts) mais aussi et surtout à l'occasion des opérations de tamisage et de distribution de compost aux participants. Tout le monde, petits et grands, veut mettre la main à la pâte ou plutôt au compost ! C'est un produit vivant qu'on aime toucher, sentir.

.. ces moments sont généralement conclus par les célèbres apéro-compost et même parfois des pique-niques. Les participants ont souvent des affinités car ils partagent déjà certaines valeurs du fait de leur pratique et implication dans le compostage.

 

3/ Il existe plusieurs types de compost de quartier à Paris, pouvez-vous les présenter en quelques mots ? Lequel préférez-vous ?

Il y a aujourd'hui officiellement 5 sites de compostage de quartier à Paris installés dans des espaces publics (jardin, square, stade) qui expérimentent différents schémas.

 Ils utilisent tout d'abord des matériels différents (composteurs grande capacité avec des alvéoles de 1700 litres, pavillon de compostage, batterie de bacs plus légers de 600 litres ou bacs auto-construits). Il y a ensuite des différences sur l'accessibilité : certains sites sont en accès libre avec de larges plages d'ouverture, d'autres ne sont ouverts qu’à des moments précis et encadrés. Enfin, l'organisation est variée : même si tous les projets sont portés administrativement par une association à la demande de la Ville, ils sont plus ou moins autogérés par les utilisateurs avec parfois l'appui technique d'une régie de quartier ou d'un salarié d'une association. Mon choix s'est porté sur un composteur de grande capacité pour sa robustesse, sa capacité, sa modularité et sa facilité d'installation. J'ai opté pour un accès libre, permanent avec une très grande plage d'ouverture car le Parisien est peu disponible mais j'ai imposé une inscription qui permet de connaître les utilisateurs, de garder un lien, pouvoir communiquer et faire de la pédagogie (par mail notamment) en dehors des rencontres physiques.

 

4/ Quelle est la 1ère étape pour un Parisien qui souhaiterait se lancer dans l’aventure du compostage de quartier ?

Nous apprenons en marchant avec les retours d'expériences des projets pionniers. Il faut donc trouver ou créer une association pour porter le projet, identifier un lieu, obtenir de la Ville l'autorisation d'utiliser cet espace, éventuellement trouver des financements, recruter des participants, organiser le fonctionnement et tatata... inaugurer en fanfare le site de compostage de quartier. De nombreux projets sont en cours de genèse, parfois initiés par des conseils de quartier et toujours développés en concertation avec les Mairies d'arrondissement et la Direction de la Propreté et de l'Eau de la Ville de Paris. Je travaille  par exemple sur la création d'un autre site dans le 12e à Bercy.

 

5/ Quelle est votre vision idéale d’un Paris qui composte en 2050 ?

C'est un Paris où tout Parisien puisse (doive ?) composter en fonction de son habitat et de ses contraintes : du lombri-compostage dans sa cuisine au compostage partagé (en pied d'immeuble, dans son quartier, dans son jardin partagé) sans oublier également la collecte sélective dont une expérimentation va débuter cette année dans les 2e et 12e arrondissements. Mais mon cœur ira toujours vers les solutions de compostage partagé et citoyen car, au-delà du traitement des déchets, ces solutions permettent à chacun de prendre la responsabilité de ses déchets plutôt que d'être consommateur d'un service de collecte et, cerise sur le gâteau, créent du bien vivre ensemble qui fait le sel de la vie. 

 

Le blog de Jean-Jacques Fasquel : Compostory

Posez-lui vos questions
Mots clefs : expert

Pour donner votre avis, commenter et poser vos questions, vous devez d'abord vous inscrire ou vous connecter sur le site.