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Acteurs du Paris durable - Débora Fischkandl

Invité du mois

Débora Fischkandl

Novembre 2015 -
Thème du mois: 
Directrice de la Boutique sans argent, Debora Fischkandl a passée plusieurs années au service de la communication d'associations. Elle travaille également aujourd'hui sur les usages du don dans le cadre d'une recherche menée à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Elle a répondu à nos questions.
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1/ Boutique sans Argent, Grafitéria, Disco-Soup, Incroyables comestibles, etc. : les mouvements  de gratuité » essaiment à Paris. Comment expliquer cet engouement ?

Il ne faut pas lire dans ces mouvements le seul impact de la crise, qui réduirait nos budgets et nous contraindrait à chercher des solutions moins onéreuses : c'est aussi un mouvement très fort vers des solutions qui permettent de discuter, de partager, de nouer des liens, de contrer l'individualisme et l'isolement.

Nous avons besoin de structures de ce type, qui permettent de trouver un rapport aux autres fondé sur la générosité et la convivialité. Cela est particulièrement visible puisque ce ne sont pas que des personnes sensibilisées aux questions environnementales qui participent à ces projets : l'économie du don, qui allie l'économie circulaire et le principe collaboratif, sont aussi des portes d'entrée vers les questionnements autour de la réduction des déchets, les façons de faire pour ré-employer au mieux et ne pas gâcher.

Pourquoi avons-nous besoin de tels projets, reposant sur l'économie du don ? Parce que cette envie et ce besoin existent : nous le voyons dans l'engouement que cela suscite, et dont vous parlez. Simplement, comment faire pour donner des objets à ceux qui souhaiteraient s'en servir mieux que nous, cuisiner ensemble à partir de légumes récupérés, jardiner ensemble ? Bref, comment faire pour faire vivre la générosité et l'abondance partagée, si l'on ne sait pas vers quelles personnes se tourner ? Ce sont ces structures qui vont permettre de faire émerger ces envies de partager, de collaborer, de donner, bref d'être des acteurs de la construction des solutions de demain.

 

2/ La gratuité fait-elle peur ?

Elle ne fait pas peur. Elle peut surprendre, dans un contexte où nous sommes habitués à ce que tout soit monétarisé, mais cette surprise est très rapidement suivie d'une adhésion au principe. Un exemple, que nous observons souvent au magasin gratuit de la Boutique sans argent et sur nos zones de gratuité : une personne vient simplement pour voir comment cela fonctionne, trouve un objet qu'elle a envie d'utiliser, en est très heureuse, et cela lui donne l'envie de voir chez elle si elle n'aurait pas également des choses à donner, pour faire à son tour des heureux. Elle revient quelques heures, quelques jours, quelques semaines plus tard avec des objets à donner et fait ainsi vivre l'économie du don. C'est un cercle vertueux : la générosité est contagieuse.

 

3 / Selon vous, est-ce un phénomène éphémère ou l’émergence d’un nouveau modèle ?

Le phénomène n'est en rien éphémère, puisqu'il s'appuie sur ce besoin fort de trouver des solutions généreuses à notre surconsommation, et ce besoin est durable.

Ce nouveau modèle relève en réalité du bon sens, et c'est aussi sa simplicité qui crée une adhésion forte. Ce modèle est "nouveau" en ce que les structures qui le portent sont en pleine émergence (nous recevons chaque semaine des messages de gens qui souhaitent ouvrir des magasins gratuits un peu partout en France!), mais il repose sur un phénomène de générosité qui le précède, et qui est même fondamental. Partager, donner à ses proches est un geste que nous connaissons : étendre ce geste de partage au-delà de la famille et du cercle amical n'est qu'une extension du même principe. C'est la possibilité de dé-monétariser des parts de notre vie, en les appuyant sur du partage, sur du rapport humain.

 

4 / Gratuité  et environnement font-ils bon ménage ?

Gratuité et environnement sont directement liés ! L'économie du don fait partie de l'économie circulaire et de l'économie de l'usage, c'est-à-dire des phénomènes et des pratiques qui permettent d'optimiser l'utilisation de nos objets et de nos denrées. Nous disons souvent qu'il s'agit aussi de réduire nos déchets (ce qui est vrai, puisque nous accueillons régulièrement des personnes qui ne savaient pas, auparavant, quoi faire de leurs objets sous-utilisés, et qui finissaient par les mettre à la poubelle), mais en réalité, il s'agit de voir aussi que ces objets ne sont pas des déchets : ils sont tout à fait réutilisables, ils sont simplement à la recherche d'une nouvelle vie. De même, des légumes invendus ne sont pas des déchets, ce sont des denrées qui attendent d'être cuisinés et consommés. Optimiser des utilisations, c'est lutter contre la surproduction et contre le jetable.

 

5/ Des conseils pour les Parisiens qui souhaiteraient participer ?

Il existe de plus en plus de projets qui permettent de contribuer à l'économie du don, vous les avez listés précédemment : Boutique sans argent, zones de gratuité, Disco'soup, Incroyables Comestibles... Il ne faut pas hésiter à passer la porte de ces initiatives, même si on ne sait pas encore comment on pourrait y contribuer. Les gestes de générosité naitront naturellement. Ceux qui l'ont déjà expérimenté vous le diront : cela fait tout autant plaisir de donner que de recevoir, et peut-être même plus.

 

[Note de la rédaction] Pour en savoir plus sur ces projets de "l'économie du don", retrouvez les en vidéo. ICI

Mots clefs : expert

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