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Acteurs du Paris durable - Patrick Viveret

Invité du mois

Patrick Viveret

Mai 2016 -
Philosophe, essayiste, magistrat honoraire à la Cour des comptes, Patrick Viveret est cofondateur des rencontres internationales Dialogues en humanité. Libre penseur, il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Le bonheur en marche, coécrit avec Mathieu Baudin et Vivre à la bonne heure. Il revient sur la notion de buen vivir.
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1 / On vous présente comme un partisan de la sobriété heureuse, qui fait écho à un développement durable, et du buen vivir, le bien vivre. Pouvez-vous nous en dire plus…

Le concept de buen vivir, bien vivre en français, vient des peuples premiers d’Amérique latine et a été beaucoup mis en valeur en 2009 lors du Forum social mondial de Bélem au Brésil. L’objectif est une transition vers une société du « bien vivre » aussi bien pour les rapports inter-humains que les rapports avec la nature donc tendre vers une société économiquement soutenable et écologiquement viable.

 

2/ Cette notion du bien vivre, recouvre-t-elle aussi le bien vivre avec la nature ?

Si nous sommes en guerre avec la nature, c’est aussi parceque nous sommes en guerre avec nous même. Il y a un véritable couple formé par la démesure – ce que les grecs anciens appelaient l'hubris, l'excès – et le mal-être. On le sait sur le plan individuel, où la boulimie, l’alcoolisme ou la toxicomanie sont des indicateurs de mal-être. De la même manière au niveau sociétale, la démesure du capitalisme financier,  la démesure de l’économie spéculative (95% des flux financiers sont de nature spéculative), la démesure des fractures sociales, la démesure écologique (mise en cause des écosystèmes) témoignent également du mal-être de la société. Les propos du Wall Street Journal, qui écrivait « la finance ne connait que 2 sentiments : l’euphorie et la panique », ce qui est à peu près la définition de la psychose maniaco-dépressive, sont révélateurs !

Cela démontre que le couple démesure/mal-être se retrouve sur le plan sociétal et on comprend bien alors que le couple positif alternatif est d’un côté l’alternative à la démesure - c'est-à-dire l’acceptation des limites - et de l'autre côté, l’alternative au mal être - c'est-à-dire la joie de vivre voire le bonheur. Il me semble que le principe de sobriété heureuse, développé par Pierre Rabhi constitue le cœur des réponses positives à l’insoutenabilité du système dominant.

 

3/ Selon vous, quel(s) critère(s) défini(ssen)t une société épanouie/heureuse ?

Tout ce qui fait que les êtres humains vivent une pleine vie. Être dans la vie et non dans la survie d’une part, et être dans la pleine humanité c'est-à-dire ne pas être dans le futile, l’inutile voire le dangereux d’autre part.

Pouvoir vivre pleinement sa propre vie, ce que j’appelle vivre « à la bonne heure »,  est un critère individuel puisqu’en vivant intensément ce que nous vivons, notre rapport à nous même, aux autres et à la nature est plus serein.

C’est aussi un enjeu sociétal, car nos sociétés sont malades de vitesse.  Il faut réussir à passer de la tension à l’attention. Plus on est « bien dans sa peau », en coopération plutôt qu’en rivalité avec autrui moins on a d’effet négatif sur l’environnement.

La nature nous aide à être mieux intérieurement et donc mieux avec autrui. J’ai pu le constater par exemple lors des rencontres « Dialogues en Humanité » organisées sous les arbres du parc de la Tête d’Or à Lyon. Cette configuration a eu un effet apaisant sur les participants et sur la nature des débats qui auraient été différents s’ils avaient eu lieu dans une salle classique avec une tribune et des rangées de chaises. Les gens étaient bien et n’avaient de ce fait pas du tout un regard de prédation envers leur environnement.

 

4/ Aujourd’hui à Paris, comment ressentez-vous cette notion de bien-vivre ?

Je ne suis pas Parisien, mais ce que je remarque c’est le contraste entre l’exceptionnelle beauté de cette ville et la tension de ses habitants plutôt que leur attention. Il faudrait que les gens prennent le temps. Par exemple : la sieste. A Paris il n’y a qu’un bar à sieste alors qu’au Japon il y en a des centaines. Il est important d’organiser des espaces de repos, de bien vivre qui faciliteraient ces moments au cœur de l’espace public.

Par ailleurs, Paris est une ville beaucoup moins verte que d’autres comme Berlin ou Londres. Or la notion de bien vivre est intimement liée à la présence de nature. Paris a besoin d’accorder une plus grande place à la nature, même si il y a déjà quelques initiatives menées dans ce sens. Dans une politique du buen vivir il faut laisser plus de temps et d’espace à la nature.

 

5/ Des conseils pour les Parisiens ?

Décélérer.
Prendre le temps de vivre.
Lorsqu’on a la chance de vivre dans une si belle ville que Paris, il faut apprendre à la regarder !

 

 

Le bonheur en marche - Ed. Guérin, 120 p., 10 €
Vivre à la bonne heure - Ed. Presses d’Ile-de-France, 128 p., 9,60 €). 

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