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Acteurs du Paris durable - Olivier Razemon

Invité du mois

Olivier Razemon

Septembre 2016 -
Thème du mois: 
Journaliste, auteur du blog « L’interconnexion n’est plus assurée – Chronique impatiente de la mobilité quotidienne » Olivier Razemon a écrit plusieurs ouvrages dont « Le pouvoir de la pédale » et « Les transports, la planète et le citoyen ». Présenté par son éditeur comme l'un des meilleurs experts français sur le sujet de la mobilité, il a répondu à nos questions.
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1/ On parle beaucoup de mobilité durable… Que se cache-t-il derrière cette expression ?

On en parle beaucoup c’est vrai, mais c’est une expression que je n’utilise jamais ! Apparue il y a une quinzaine d’années quand on a associé les transports aux émissions de gaz à effet de serre, elle réduit les déplacements à l’angle exclusif du CO2. Or, le transport soulève beaucoup d’autres enjeux : aménagement du territoire et de l’espace public, cadre de vie des habitants, coût pour les individus et pour la collectivité. Se déplacer nécessite l’utilisation d’infrastructures, d’énergie, de personnel, etc.  En d’autres termes, se déplacer, ce n’est jamais gratuit, quel que soit le sens que l’on donne au mot gratuit.

 

2/ Aujourd’hui, comment les Parisiens se déplacent-ils ?

En majorité à pied et en métro. Le dernier « Bilan des déplacements parisiens » montre que 47 % des déplacements se font à pied, 34 % en transport en commun, 11 % en voiture, 2 % en deux-roues motorisés et seulement 2 % à vélo. Les déplacements motorisés représentent donc à peine 15 % des déplacements et ils demeurent pourtant les plus visibles, les plus encombrants, les plus polluants, les plus bruyants. Ainsi, le bruit des motos est ressenti comme extrêmement stressant, ce qui fait de Paris le contraire d’une ville apaisée.

Il existe une forte disparité entre les hommes et les femmes. Les premiers utilisent beaucoup plus les transports individuels, alors que les femmes sont moins motorisées et privilégient les déplacements à pied ou en transport en commun.

 

3/ Quelles évolutions avez-vous perçues ces dernières années ?

L’utilisation de la voiture individuelle a fortement diminué depuis une dizaine d’années. Parallèlement il y a une montée en puissance des deux-roues motorisés, probablement la conséquence d’un report des automobilistes sur ce mode de déplacement. L’utilisation du vélo progresse depuis les années 90, mais les cyclistes, bien que chaque année plus nombreux, restent très minoritaires.

Même si la volonté politique de rééquilibrer l’espace au détriment de la voiture peut expliquer ces tendances, il me semble que cela résulte plutôt d’une adaptation des Parisiens à la densification du trafic. Ils se sont aperçus que la voiture individuelle n’était pas adaptée à la ville. Congestion, place limitée, pollution de l’air ont abouti à une baisse de l’intérêt pour ce moyen de transport.

Par ailleurs, depuis 30 ans, la population parisienne a beaucoup évolué. Plus jeune, elle est de plus en plus constituée de personnes pour qui vivre à Paris est un véritable choix et non plus une situation subie. Ainsi, les Parisiens souhaitent préserver leur cadre de vie et choisissent des modes de déplacement moins nocifs.

 

4/ Les déplacements « doux » sont-ils compatibles avec une activité économique dynamique ?

Je parlerais plutôt de transports « actifs » comme la marche ou le vélo.

Les véhicules électriques, présentés comme des modes de déplacement « doux », occasionnent des nuisances bien réelles, aussi bien en termes d’occupation d’espace que de pollution aux particules fines.

Les livraisons, que ce soit entre entreprises, entre entreprises et particuliers et aujourd’hui entre particuliers ne cessent de se développer, accroissant les problèmes de congestion, de bruit et de pollution. La quantité de voitures est telle qu’il devient moins agréable de se promener en ville et donc nuisible pour le commerce. Contrairement à une idée largement répandue, pour qu’une ville soit vivante et que ses commerces prospèrent, ils doivent être facilement accessibles à pied. A Paris, 70 % des achats se font ainsi. Les piétons et les cyclistes sont en outre de meilleurs consommateurs que les automobilistes. Ils achètent un peu moins mais reviennent plus souvent. Il y a donc tout intérêt à privilégier, même pour les professionnels, les déplacements en vélo lorsque cela est possible notamment sur des courtes distances. C’est déjà le choix de nombreuses entreprises.

 

5/ Et dans 10 ans, quelles seront, selon vous, les nouvelles façons de se déplacer dans les grandes villes ?

Je ne suis pas certain que l’on constatera une évolution majeure dans les prochaines années. A Paris, le maillage des transports en commun est efficace et fonctionnel. La marche et le métro devraient demeurer les moyens de déplacement privilégiés.

Les nouveaux engins type hoverboard ou gyropode me semblent surtout répondre à une mode. Trop fragiles, nécessitant une maintenance onéreuse et pas toujours maîtrisables, ils ne constituent pas une réelle alternative pour la plupart des gens. La trottinette reste intéressante pour les courts trajets de rabattement, vers le métro, par exemple. Bref, je ne vois pas quelque chose qui pourrait supplanter le vélo ! Cet objet extraordinaire, que tout le monde connaît, simple d’utilisation, bon pour la santé, est particulièrement bien adapté à une ville comme Paris, plutôt plate et très dense.

 

6/ Des conseils pour les Parisiens ?

Essayer de nouveaux moyens de transports pour ses trajets quotidiens. On reste souvent prisonnier de ses habitudes. Or, on peut découvrir que, pour tel trajet, la marche, le vélo, le bus ou le tramway peuvent rendre bien des services.

 

En savoir plus :

Blog « l’interconnexion n’est plus assurée – Chronique impatiente de la mobilité quotidienne »

Le Pouvoir de la pédale, comment le vélo transforme nos sociétés cabossées, Éditions Rue de l’échiquier, 27 mars 2014

Les transports, la planète et le citoyen, avec Ludovic Bu et Marc Fontanès, Éditions Rue de l’échiquier, 18 février 2010

 

Crédits photo : Laurent Bouvet

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Mots clefs : lien social, vélo

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