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Acteurs du Paris durable - Collectif Prémices
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Invité du mois

Collectif Prémices

Novembre 2016 -
Associés au sein du Collectif Prémices, Camille Chardayre, Amandine Langlois et Jérémie Triaire, tous trois diplômés de l’École Boulle, militent pour une économie circulaire et plus solidaire. Ils travaillent en complémentarité, alliant leurs savoir-faire en design, espace et graphisme, pour des projets abordés avec une sensibilité et une attention particulière à l’environnement.
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1/ En tant que designers, jusqu’où va votre réflexion sur votre engagement environnemental lors de la conception de nouveaux objets ?

S’insérer dans les principes de l’économie circulaire, c’est avant tout faire au maximum avec ce qui préexiste au projet ! Nous essayons d’être innovants et pour cela nous n’appliquons pas une méthode en particulier mais nous nous donnons le temps de regarder ce qui est déjà là. Nous cherchons toujours à favoriser l’économie de moyens et nous sommes attentifs à toutes les opportunités de réemploi ou de recyclage que nous croisons.

Par exemple, pour la signalétique de la Nuit Blanche 2016, nous avons réemployé une importante quantité de caisses d’œuvres d’art, destinées à être jetées, pour la réalisation des balises supports à l’information du parcours.

Notre approche environnementale passe donc surtout par le fait de privilégier des matériaux et des objets de seconde main et, en tant que designer, nous travaillons à mettre en valeur leurs qualités esthétiques que ce soit pour des vieux skis, des chutes de bois ou du textile.

 

2/ Vous organisez régulièrement des ateliers publics de conception d’objets à partir de matériaux récupérés, comment est née cette initiative ?

Les Ateliers Chutes Libres sont nés à l’occasion de l’exposition Matière Grise qui a eu lieu fin 2014 au Pavillon de l’Arsenal à Paris.

Cette exposition, initiée par les architectes de l’agence Encore Heureux, explorait la question du réemploi de matériaux en architecture. Nous avons été invités à proposer un atelier en lien avec l’exposition. C’est dans ce cadre que nous avons conçu et mis en place les Ateliers Chutes Libres.

Le principe est simple : les Ateliers Chutes Libres s’installent dans un musée ou un espace d’exposition. Ouverts à tous, chaque participant peut fabriquer son objet en utilisant notamment les chutes de bois de la scénographie de l’exposition. La matière peut être découpée, percée, assemblée, poncée pour donner vie à de nouveaux objets. En s’inspirant des modèles et designs originaux que l’on propose ou en le créant soi-même, chaque participant peut ensuite repartir avec sa lampe, son tabouret ou son étagère…

Les Ateliers Chutes Libres sont une occasion de mettre en pratique le réemploi en plaçant le public non plus seulement comme spectateur mais également comme acteur, comme constructeur.

Face à l’engouement du public, nous avons prolongé la programmation de ces ateliers jusqu’à épuisement des stocks de chutes !

 

3/ Selon vous, quel est le rôle des artistes sur les enjeux environnementaux ?

Aujourd’hui les enjeux environnementaux sont au cœur des préoccupations dans tous les domaines.

Pour nous en tant que designers, notre travail s’attache à transformer ces questions pour trouver des réponses qui ne soient pas uniquement efficaces mais également esthétiques, innovantes et réussies. On se donne comme objectif de ne pas privilégier le recyclage au détriment de l’esthétique et de la cohérence visuelle des projets sur lesquels on travaille. Le challenge est passionnant, quand on se donne l’ambition d’emmener les démarches de réemploi vers des secteurs où l’exigence de qualité est importante. Il faut transformer ce qui est, quitte à parfois même pousser la démarche de réemploi et de recyclage vers un marché haut de gamme. C’est ce que nous faisons avec notre Béton De Chiffon, le matériau décoratif absorbant acoustique en textile recyclé, ou encore avec le claustra Spline, structure architecturale en skis de fond réemployés. Pour nous, haute gamme et recyclage ne sont pas incompatibles, bien au contraire.

 

4/ Avez-vous connaissance d’expression artistiques particulièrement impactantes pour sensibiliser le public ?

Nous avons été très surpris par les réactions du public face à notre projet Spline, claustra architectural en réemploi de skis de fond. Ce qui intrigue et attire les gens, c’est d’abord la forme, les couleurs et le motif du claustra, ce n’est que dans un second temps qu’ils comprennent qu’il s’agit d’un panneau fabriqué entièrement à partir de skis usagés, parfois même le public ne s’en rend pas compte ! C’est ça qui est drôle : créer la surprise et montrer que l’on peut trouver du réemploi partout et aussi là où on ne l’attend pas. Le réemploi n’est pas uniquement synonyme de bricolage.

Pour nous, la sensibilisation passe aussi par la mise en action des gens. Les Ateliers Chutes Libres permettent aux participants d’expérimenter concrètement le réemploi et de se rendre compte de la valeur de ce que l’on considère à tort comme des déchets.

 

5/ Un  conseil pour les Parisiens ?

Allez-vous promenez dans le Jardin des Combattants de la Nueve, à  l’Hôtel de Ville et qui donne sur le parvis, ce jardin en plein cœur de Paris est encore confidentiel car ouvert au public seulement depuis quelques mois. Nous y avons réalisé un poulailler pédagogique entièrement en matériaux de réemplois glanés auprès des services de la Ville de Paris. Nous l’avons conçu et réalisé avec des écoliers des 4e et 11e arrondissements, c’était un vrai challenge que d’associer des enfants à ce projet 100 % en réemploi de matériaux, cela permet de sensibiliser la jeune génération aux enjeux de l’économie circulaire.

Et aller faire un tour sur le site des Grands Voisins dans le 14e arrondissement, un lieu d’occupation éphémère de l’ancien Hôpital Saint Vincent de Paul en attendant sa reconversion en éco-quartier.

C’est un lieu surprenant où souffle un vent de liberté mais surtout c’est un bel exemple d’écologie et de solidarité. Des personnes d’horizons très divers s’y côtoient. Les associations sur place ont réhabilité les lieux avec beaucoup de créativité. Nous pensons qu’il est important de défendre cette approche joyeuse et expérimentale de l’écologie.

 

6/ Quels sont vos prochains projets ? Ateliers ? Expositions ? Où les Parisiens peuvent-ils vous rencontrer prochainement ?

Nous avons travaillé avec Emmaüs Défi sur l’organisation d’un Workshop « En Dernières Ressources » qui s’est tenu au 104 les 27, 28 et 29 octobre derniers et qui visait là encore à donner les outils aux participants pour valoriser les invendus d’Emmaüs Défi.

Dans la continuité de ce projet, nous réfléchissons actuellement à la conception d’une plateforme dédiée à la mise en relation des ressourceries avec les professionnels du design et les artisans. On pense qu’il faut se doter des bons outils pour changer la manière dont on produit aujourd’hui et cela passe par la création de liens entre le monde des déchets et le monde des startups et de l’entrepreneuriat, tous deux très foisonnants !

Et sinon, vous pourrez nous retrouver dans les musées au travers de nos Ateliers Chutes Libres !

 

Site du Collectif Premice

Page Facebook des Ateliers Chutes Libres

 

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Mots clefs : art, transition

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