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Acteurs du Paris durable - Corinne Praznoczy

Invité du mois

Corinne Praznoczy

Septembre 2017 -
Thème du mois: 
Corinne Praznoczy, Directrice de l'Observatoire National de Activité Physique et de la Sédentarité (ONAPS)...
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1/ Comment les Parisiens se déplacent-ils au quotidien ? Quelles sont les grandes tendances ?

Il faut distinguer les déplacements des Parisiens et les déplacements à Paris. Si Paris connaît des problèmes de circulation, ce n’est pas seulement du fait de ses habitants. En effet, si on se réfère aux derniers chiffres[1], les Parisiens sont assez vertueux dans leur façon de se déplacer : la marche est majoritaire (52% des déplacements), suivie par les transports en commun (32%). La voiture est finalement peu utilisée (10%). Paris est l’une des grandes capitales mondiales où l’on marche le plus. Ce n’est pas anodin : le mode d’urbanisation, très dense, les nombreuses aménités (commerces, monuments historiques, parcs,…) ainsi que l’offre importante de transports en commun favorisent la marche. Le vélo connaît également un essor important, avec un doublement de la pratique en 10 ans. En 2010, 3% des déplacements des Parisiens se font à vélo, soit autant qu’en deux-roues motorisés. Il n’y a pas de chiffre plus récent, cependant les données de comptages effectués par la ville de Paris montrent une évolution positive du nombre de vélos depuis 2010.

2/ Quels bénéfices - individuels comme collectifs - tire-t-on en privilégiant le vélo et la marche pour ces déplacements quotidiens dans Paris ?

Les bénéfices des modes actifs (marche, vélo, trottinette…) sont nombreux. Le bénéfice principal est de pouvoir réaliser une activité physique, d’intensité modérée, régulièrement. Les effets de l’activité physique sur la santé sont nombreux et ont été largement démontrés : réduction du risque de mortalité, prévention et prise en charge des principales maladies chroniques (diabète de type 2, certains cancers, maladies cardiovasculaires, etc.), amélioration de la santé psychologique…

Pour rappel, l’Organisation mondiale de la santé recommande d’effectuer au moins 150 minutes par semaine d’activité physique d’intensité modérée ou au moins 75 minutes d’intensité vigoureuse. 150 minutes par semaine d’activité physique d’intensité modérée, cela correspond à 5 fois 30 minutes. Imaginons un actif qui réside à moins de 8 kilomètres de son lieu de travail. Si il prend un Vélib’ le matin pour aller travailler ou le soir pour rentrer chez lui, il a fait son « quota » journalier d’activité physique. Et si il prend son vélo à l’aller et au retour, soit environ 300 minutes d’activité physique dans la semaine, c’est encore mieux, cela lui apportera des bienfaits supplémentaires sur sa santé.

Individuellement, d’autres bénéfices sont à noter : à pied comme à vélo, nous décidons de l’heure à laquelle nous partons et à laquelle nous arrivons, ce qui en fait des modes fiables et agréables. L’optimisation de la gestion de son temps diminuant l’incertitude liée au temps de trajet, cela conduit à moins de situations de stress liées au retard. Cela est d’autant plus vrai si la ville est aménagée pour les piétons et les cyclistes. Je pense en particulier à la réduction de la vitesse, qui est un élément primordial pour augmenter les déplacements à pied et à vélo. Par ailleurs, le vélo est un mode relativement rapide en zone dense, avec des conditions de circulation contraignantes (et des embouteillages…) : on estime que pour un trajet « porte à porte », prenant en compte le temps d’accès, d’attente et de stationnement, il y a peu de différence entre le vélo, la voiture et le métro dans Paris. Enfin, il y a un bénéfice non négligeable pour le porte-monnaie des personnes. Comparés à la voiture ou même aux transports en commun, la marche et le vélo sont des modes très peu onéreux.

L’ensemble de la collectivité peut également profiter d’un usage plus fréquent de la marche et du vélo : pas d’émissions de polluants atmosphériques, peu de bruit, peu d’émissions de gaz à effet de serre, une circulation plus apaisée qui peut permettre une réduction des accidents. Autre aspect non négligeable à Paris, l’augmentation de la marche et du vélo peut permettre de désengorger les transports en commun, souvent saturés aux heures de pointe.

On ne peut pas parler des bénéfices sans parler des risques : accidents, exposition à la pollution… Une étude réalisée en Ile-de-France avec des résultats sur Paris a cependant montré que les bénéfices l’emportaient largement sur les risques[2]. Des résultats identiques ont été observés dans d’autres travaux à l’étranger.

3/ Alors que le dernier rapport d’AirParif indique que « malgré une amélioration de la qualité de l’air à Paris en 2016, cinq polluants (le dioxyde d’azote, les particules (PM10 et PM2,5), l’ozone et le benzène) dépassent toujours la réglementation, à des degrés divers », la pratique quotidienne de la marche ou du vélo reste-t-elle bénéfique pour la santé même dans un environnement urbain dense et pollué ?

Il faut savoir que c’est la pollution chronique (ou pollution de fond), celle à laquelle tous les Parisiens, quel que soit leur mode de transport, sont exposés tous les jours, qui est la plus néfaste pour la santé. Certes, il peut y avoir des effets immédiats lors des pics de pollution mais ces effets sont négligeables par rapport aux effets à long terme.

Mais les bénéfices de l’activité physique sur la santé sont largement supérieurs aux risques générés par l’exposition chronique des piétons et des cyclistes aux niveaux de pollution parisiens. Et en cas de pic de pollution, là encore, tout le monde est exposé. Si on compare l’augmentation du risque entre un cycliste et un automobiliste lors d’un gros pic de pollution à Paris, celle-ci n’est pas très différente[3].

Il faut avoir en tête que nous sommes exposés tout au long de notre journée, au domicile comme au travail. Et que les déplacements ne constituent qu’une petite partie de notre exposition globale.

4/ Très concrètement, quelles précautions prendre lorsque l’on pratique la marche ou le vélo à Paris ? 

Pour la population générale, il n’y a pas de recommandations spécifiques pour la marche et le vélo en cas de pic de pollution. Cependant, et c’est valable également hors pic de pollution, il faut savoir que la pollution particulaire (celle qui a le plus d’impacts sur la santé soit les PM2.5, PM10) retombe assez vite. C’est donc toujours mieux de s’éloigner des sources de pollution. Marcher sur les trottoirs, prendre les aménagements cyclables lorsqu’il y en a, préférer les rues peu passantes, respirer avec le nez et éviter de se coller aux pots d’échappement en particulier lorsqu’il y a un effort plus physique (en montée par exemple) sont des réflexes à adopter. Et par ailleurs, c’est plus agréable !

5/ Des conseils pour les Parisiens ?

Pour les adeptes des transports en commun, un conseil : n’hésitez pas à descendre une station ou deux avant votre destination et finir à pied. Il est même possible de gagner du temps. N’hésitez pas à consulter l’excellente carte du métro à pied (http://www.rando-metro.fr/), réalisée par un ingénieur (Guillaume Martinetti). Celle-ci indique les temps à pied entre chaque station. Très utile pour des trajets avec des correspondances multiples.

Pour ceux qui hésitent à prendre un vélo, je leur conseille de se rapprocher d’une association de cyclistes (https://mdb-idf.org/relais-locaux/ ou Paris en selle). Ils pourront ainsi échanger avec des cyclistes confirmés, participer à des balades organisées dans Paris et pourquoi pas se faire guider dans leurs trajets habituels pour trouver le meilleur itinéraire. Attention, on peut vite devenir accro au vélo !

 

[1] Source : STIF-OMNIL-DRIEA, Enquête Globale Transport (EGT) 2010

[2] Praznoczy C. Les bénéfices et les risques de la pratique du vélo - Evaluation en Île-de-France, ORS Île-de-France, septembre 2012

[3] Praznoczy C. CYCLO-POL - Etude comparative sur l'exposition des cyclistes / automobilistes et risques sanitaires associés pendant les pics de pollution atmosphérique, Rapport ADEME, février 2015

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Mots clefs : marché, vélo, transport durable, déplacement

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