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Invité du mois

Denis Pépin

Septembre 2012 -
Thème du mois: 
Ingénieur écologue et agronome, Denis Pépin est jardinier depuis plus de 30 ans. il n'utilise aucun produit chimique et s'efforce de limiter l'utilisation de pesticides bio. Formateur, conférencier, journaliste, il interagit avec les particuliers, les collectivités territoriales et les professionnels du domaine pour encourager l’entretien écologique des jardins afin de préserver la biodiversité. Une conviction au service des potagers biologiques, du compostage et paillage, des économies d’eau !
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1/ Le jardinage biologique en quelques mots c’est…

Le jardinage biologique est, par définition, un jardinage qui respecte le cahier des charges de l’agriculture biologique, avec une liste très précise des produits autorisés.

On le différencie du jardinage écologique qui, lui, ajoute aux pratiques biologiques toutes les pratiques qui minimisent l’impact du jardin sur l’environnement : récupération des déchets, recyclage, limitation des consommations d’eau et d’énergie, préservation de la biodiversité, etc. On parle aussi de jardinage au naturel, c’est à peu près la même chose.

 Attention, cela ne signifie pas jardiner uniquement avec des plantes sauvages, ni avoir un jardin sans ordre. Il est tout à fait possible d’avoir un jardin dit « à la française », très structuré et entretenu, mais biologique et écologique.

 

2/ Quelle est la meilleure alternative aux produits chimiques ?

Je n’utilise aucun produit chimique : ni fertilisant, ni produit de traitement.

La fertilité ce n’est pas seulement ajouter des produits pour nourrir les plantes : c’est tout d’abord un sol de très bonne qualité. C’est-à-dire un sol vivant, avec une forte activité de micro-organismes, des vers de terres, des larves d’insectes, des acariens, des nématodes, etc. C’est une terre souple et poreuse qui laisse passer l’air et retient l’eau permettant aux racines de se développer dans de bonnes conditions.

Le compost et le paillis sont une bonne alternative parce qu’ils permettent de nourrir les êtres vivants du sol et dans le même temps, leurs éléments nutritifs vont peu à peu devenir solubles et nourrir les plantes.

Après, bien sûr, on peut compléter les besoins des plantes quand il y a des carences avec  des engrais biologiques. Ces engrais sont faits à partir de matière organique et minérale simple. En revanche, certains produits de traitement, même bio, peuvent avoir des répercussions négatives sur d’autres êtres vivants du sol. A titre d’exemple, un insecticide bio comme le pyrèthre tue tous les insectes, y compris les auxiliaires… Donc je l’utilise avec une très grande prudence, en cas de péril grave pour les cultures potagères et fruitières, mais jamais au jardin d’ornement.

 

3/ Quels sont les secrets d’un compost réussi ?

En ville, le compost est composé principalement de déchets de cuisine auxquels on ajoute un peu de déchets du jardin plus secs et grossiers. Le secret d’un compost réussi c’est avant tout le bon équilibre entre les ingrédients de sorte que les micro-organismes puissent décomposer le mélange, rapidement et sans nuisances. Il faut des matières riches en azote (les déchets de cuisine), et des matières plus riches en éléments carbonés avec de la cellulose et de la lignine (feuilles mortes, brindilles, herbe sèche).

Un compost réussi c’est aussi un compost très aéré, très oxygéné. Il ne faut pas donc pas qu’il se tasse, il est donc important de mélanger les déchets en surface, au moins une fois par semaine.

 

4/ Pour préserver l’humidité du sol, on recommande d’utiliser du paillis. Qu’est-ce que le paillage ?

 Le paillis est fondamental. Utiliser un paillis, c’est offrir aux plantes les mêmes conditions de vie que celles de leur milieu naturel d’origine. Dans la nature, le sol n’est jamais nu, quasiment toutes les plantes que nous cultivons vivent avec un paillis.

Le paillis permet d’économiser l’eau, d’éviter les herbes indésirables et d’éviter au sol de se tasser quand il pleut fortement. C’est également la nourriture de base des êtres vivants du sol, avant même le compost qui n’existe pas dans la nature.

Le meilleur paillis est celui qui provient du jardin : les résidus verts d’entretien, les feuilles mortes, les débris végétaux, etc.

Il peut être humide mais ne doit surtout pas fermenter. La tonte de pelouse par exemple doit absolument être séchée un peu avant d’être répartie.

Le paillis peut s’acheter en magasin, mais ce n’est pas le meilleur et il faut être attentif à sa provenance. Les écorces de pin par exemple proviennent des Landes et ont parcouru 750 kilomètres…


5/ Finalement, quels sont les avantages du jardinage écologique ?

Le premier avantage concerne la santé : le jardinage non écologique représente avant tout un risque sanitaire à cause de l’utilisation des produits chimiques. Même à faibles doses, ces derniers peuvent être dangereux pour la santé du jardinier et de tous ceux qui fréquentent le jardin.

Le deuxième avantage est évidemment environnemental. On estime que les jardiniers, professionnels et amateurs, sont responsables d’¼ de la pollution de l’eau par les pesticides, alors qu’ils n’utilisent que 8% des produits. Cela signifie donc qu’ils en utilisent trop, mal, ou dans des endroits qui ne conviennent pas. Ne pas en utiliser et pratiquer le jardinage écologique  est donc la meilleure des solutions pour préserver notre environnement !

Enfin, le troisième avantage est économique. On gagne du  temps, on peine moins et on dépense moins d’argent.

Le jardinage écologique permet de mettre en place des solutions pour éviter que n’apparaissent les problèmes : ainsi le temps de traitement est économisé. Par exemple, 1 heure de paillage, c’est 10 heures d’entretien de gagnées ! Les vers de terre travaillent le sol à ma place et je n’ai pas besoin d’acheter de désherbant puisqu’avec le paillage je n’ai plus de problèmes de désherbage. Lorsque les plantes poussent dans une bonne terre et sont en bonne santé, elles sont en général plus résistantes aux maladies et aux ravageurs. Il est donc rarement nécessaire de les traiter en bio.

 

6/ Que peut-on planter en septembre à Paris quand on n’a pas de jardin mais un peu de place dans sa cuisine et 3 jardinières ?

L’automne n’est pas le plus idéal, mais on peut prendre des plantes aromatiques : persil, ciboulette, cerfeuil, c’est le moment de les planter !

Pour avoir une bonne qualité de la terre en jardinière, il faut choisir un terreau bio. La différence avec un terreau classique c’est que  les éléments minéraux d’un terreau bio sont à base de compost bio alors qu’ils sont faits à base de produits chimiques dans les terreaux classiques.

On peut évidemment utiliser son propre compost pour nourrir ses plantes en jardinières.

 

7/ Un petit mot pour convaincre tous les Parisiens d’opter pour ce mode de jardinage et se découvrir des pouces verts ?

Avec le jardinage écologique, on arrête de s’embêter avec des futilités. Chez moi, si une plante est toujours malade, c’est que sa variété est fragile. Alors plutôt que d’essayer en vain de la maintenir en vie avec des produits, je choisis une autre variété moins fragile et mieux adaptée à son environnement. Le jardin n’est pas un hôpital. Nous ne sommes pas là pour soigner des plantes qui sont tout le temps malades. Le jardinage écologique c’est aussi choisir des plantes adaptées, résistantes, qui ne posent pas de problèmes et arrêter d’être esclave de son jardin.

Mail : denispepin[@]wanadoo.fr

Conférencier et formateur, journaliste et auteur

Ouvrage : "Coccinelles, primevères, mésanges : La nature au service du jardin et Compost et paillage au jardin", édition Terre Vivante

Conférence à la fête des jardins à Saint Jean de Beauregard le samedi 22 septembre à 15 heures sur les produits de traitement et de protection en jardinage biologique.

Mots clefs : expert, jardinier, créatif

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