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Invité du mois

Mathieu Lehanneur

Janvier 2013 -
Vous êtes passionné par le design et souhaitez savoir comment il est possible aujourd’hui de prendre en compte l’Homme et l’environnement dans l’aménagement intérieur et l’aménagement urbain ? Vous voulez connaître les grandes tendances et innovations de la ville de demain ? Découvrez l'interview de Mathieu Lehanneur, designer, architecte et créateur d’objets innovants, diplômé de l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle.
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Designer, architecte et créateur d’objets innovants, Mathieu Lehanneur a fondé son propre studio de design et d’architecture intérieure. Il invente des objets et des espaces de vie en explorant les possibilités naturelles et technologiques pour répondre aux besoins et aux désirs des utilisateurs. Il travaille notamment sur les interactions entre le corps et son environnement, la qualité de l’air ou encore l’aménagement urbain.

1/ Pour vous, le métier de designer c’est…

C’est une question difficile et à la fois primordiale. Savoir à quoi sert un designer est un vaste sujet. Au regard de l’Histoire, un designer ne sert à peu près à rien si on considère que l’Homme des cavernes n’a pas eu besoin de designer pour faire un silex, que le potier n’a pas eu besoin d’un designer pour faire des pots ou le verrier pour faire une carafe et un verre. Le designer est finalement devenu intéressant, voire indispensable, au fur et à mesure que le monde s’est complexifié en termes de technique mais aussi en termes culturels, de codes et de signes et là où les choses se sont peu à peu mélangées. Le designer a donc pour vocation de redonner aux choses un tant soit peu de sens et parfois un tant soit peu d’intelligence pour améliorer notre environnement.

2/ Vous avez fait de l’innovation un point central de votre travail et vous cherchez à améliorer les relations entre l’Homme et son environnement, pouvez-vous nous expliquer votre démarche ?

Même si certains projets semblent complexes en termes de technologie, le cheminement de la pensée est toujours extrêmement simple car il consiste à regarder de quelle façon nous vivons aujourd’hui : quelles sont les choses qui fonctionnent ou ne fonctionnent pas et tenter ensuite, à travers des objets, de rendre la relation entre l’être humain sur cette planète, son environnement et ses semblables la plus belle possible.

Pour vous donner un exemple très concret, j’ai travaillé sur les objets visant à réduire les nuisances sonores dans l’habitat en me demandant «  Qu’ai-je aujourd’hui à ma disposition pour me préserver de ce qu’on appelle « la pollution sonore », le bruit de la rue, le bruit de mes voisins ou celui de mes enfants qui hurlent ? ». J’en suis venu à la conclusion que je pouvais me couper du reste du monde qu’en me mettant des bouchons d’oreilles ou un casque sur la tête. Je me suis donc interrogé sur la réponse que pouvait apporter le designer. C’est à ce moment là que j’ai essayé de trouver des experts acousticiens et des scientifiques pour arriver à savoir s’il existe des sons ou des dispositifs bon marché capables de façon simple d’améliorer ces conditions. C’est ainsi que les processus d’innovation arrivent car mon but n’est pas de faire de l’innovation pour de l’innovation, mais seulement de répondre à des problématiques quotidiennes. Et ce qui est vrai pour la pollution sonore est vrai pour la pollution intérieure, pour le rapport à la ville, pour le sommeil, pour la façon de manger, pour toutes les composantes de nos vies d’êtres humains.

3/ L’innovation est-elle nécessairement liée à l’usage de la technologie et de la science ou peut-elle/doit-elle passer par une (re)découverte de toutes les possibilités naturelles : matériaux, usages (plantes, air marin, etc.) ?

Pour moi, la science est un outil pour arriver à comprendre cet être humain à qui je m’adresse. Si j’entends trouver un moyen pour qu’il respire mieux chez lui, il faut que je me renseigne sur la façon dont il respire, sur la façon dont il traite la pollution et la façon dont cette pollution est toxique. La science est donc un outil de décryptage. Ensuite, la technologie est un moyen de créer l’objet voulu, qui absorbe les pollutions sonores en diffusant un son par exemple, ou qui optimise la capacité des plantes à filtrer l’air que je respire.

L’idée principale est donc de profiter de l’ensemble des choses disponibles aujourd’hui. Il y a donc la science et la technologie mais il y a aussi des choses extrêmement naturelles et simples car finalement la nature peut aussi être un vecteur de réponse. Si certaines plantes, dont on va optimiser les capacités de filtration par différentes techniques, font un très bon travail, j’aurais vraiment tort d’essayer de me creuser la tête pour inventer un robot.

4/ Prenez-vous en compte les impacts environnementaux dans vos projets ? Si oui, de quelle manière? Comme base de réflexion ? Comme fil conducteur ? Comme fin en soi ? Comme contrainte ?

Je prends bien sûr en compte les impacts environnementaux dans mes projets. C’est une donnée qui est parfois visible mais qui est le plus souvent invisible pour le consommateur car c’est une chose qui est intégrée quasiment comme une composante de base. L’idée n’est plus aujourd’hui d’en faire un vecteur de communication mais d’intégrer cette contrainte de la même manière que le métal est froid ou que le bois est dur.

C’est une dimension qui fait partie du projet et qui est intégrée à de nombreuses étapes. Il faut aussi noter que c’est souvent une demande de la part de nos clients et de nos commanditaires.

L’environnement dans sa dimension écologique - les déchets, la pollution, les dépenses d’énergie, etc. - n’est donc pas une fin en soi et ne fait pas un projet. Mais c’est une contrainte supplémentaire dans un métier qui consiste de toute façon à une gestion permanente de différentes contraintes.

5/ Quels sont les objets sur lesquels vous avez travaillé et qui répondent aux besoins des Parisiens en regard des enjeux de développement durable ?

Un des derniers projets que j’ai monté pour la Ville de Paris, dans le cadre de l’appel à projet sur le mobilier intelligent, est un projet mené en partenariat avec JC Decaux. Nous avons travaillé sur ce que l’on a appelé l’ « Escale numérique », une sorte d’oasis dans Paris qui a pour vocation d’offrir gratuitement le WIFI aux Parisiens et aux touristes et dont la première est installée sur le rond-point des Champs-Élysées. Le sens de ce projet est de dire qu’à un moment il devient plus logique de diffuser du WIFI sur des points stratégiques et ponctuels que de le diffuser partout et de façon un peu absurde. Cette « Escale numérique » prend la forme d’une sorte de jardin suspendu qui, à la fois offre un abri pour les gens qui se connectent ou lisent un journal en-dessous et tient compte des riverains qui vivent au-dessus, et qui représentent souvent la part oubliée du mobilier urbain. Ainsi, vue d’en haut, l’ « Escale numérique » est un carré de verdure.

6/ Vous avez participé à des projets qui touchent à l’aménagement urbain, quelles sont les grandes thématiques qui vous intéressent tout particulièrement et les projets sur lesquels vous travaillez ?

On est aujourd’hui sur une vision très archaïque de la ville. Certaines choses n’ont pas bougé depuis des centaines d’années : on éclaire et on s’assoit toujours à peu près de la même manière par exemple. Or les populations ne se comportent plus du tout de la même manière et sont beaucoup plus en mouvement, beaucoup plus connectées. Un projet comme le mobilier intelligent urbain qui a été lancé par la Ville de Paris donne de l’espoir car, ainsi la ville accepte de nouvelles propositions, accepte de les tester sur le terrain et de voir sans a priori si les Parisiens, les touristes et les visiteurs s’en emparent. C’est effectivement très encourageant de sentir que la ville, à l’image des nouveaux modes de communication, accepte de vrais retours d’expérience.

Quel que soit l’avenir du mobilier urbain, une des choses qui me semble importante, surtout à Paris, est qu’il faut garder les strates historiques de ce mobilier urbain, qui sont de vrais patrimoines. Au rond-point des Champs-Élysées, où se trouve l’ « Escale numérique », il y a peut-être six générations de mobilier urbain. Là où beaucoup d’urbanistes ou d’architectes rêveraient peut-être d’harmoniser le tout, je crois à l’inverse qu’il faut garder des signes des années 30, des signes des années 70 et des signes des années 80, certaines choses très réussies et d’autres moins mais qui font toutes la beauté d’une ville.

7/ Vous ne semblez pas vous définir ouvertement comme un designer « engagé », pourtant certains des objets et espaces que vous avez créés font réfléchir à la société de demain. Alors comment vous positionnez-vous ?

Mon métier constitue à lui seul un engagement et plus spécifiquement un engagement de temps car j’y consacre mes jours et une partie de mes nuits. En revanche, ce n’est pas un engagement au sens romantique du terme. Je crois que l’engagement n’est pas une chose qu’on porte en étendard, il est une chose qui est intégrée aux projets.

Pour moi, les projets doivent agir comme des chevaux de Troie : ils sont faits pour des commanditaires et des clients dans un contexte particulier mais ils ont aussi une autre vie. Une fois utilisés et mis en place, ils délivrent d’autres messages et c’est cela qui me semble intéressant. L’objectif n’est donc pas tant qu’un objet ou qu’un espace montre mon engagement mais qu’il y ait un vrai respect et une vraie qualité dans ce qui est proposé aux gens qui vont vivre avec ces objets ou ces espaces.  

http://www.mathieulehanneur.fr/index.php

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Mots clefs : expert, créatif, entrepreneur
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Bonjour Julien,

Nous poserons cette question à Mathieu Lehanneur. Vous pourez découvrir sa réponse ainsi que son  interview complet dès la mois de janvier 2013 sur le site.

Merci pour votre participation et pour vos encouragements.

Joyeuses fêtes de fin d'année.

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