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Acteurs du Paris durable - Marie Sabot

Invité du mois

Marie Sabot

Mars 2013 -
Co-fondatrice de We Love Art et directrice du festival We love green. Elle est notre invité du mois et a bien voulu répondre à nos questions.
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Marie Sabot travaille depuis 1992 dans la production et la programmation d’événements essentiellement musicaux. Concerts, fêtes, festivals internationaux, elle multiplie les projets et devient directrice artistique et productrice freelance pour de nombreuses agences avant de créer We Love Art en 2004 avec Alexandre Jaillon, fondateur du magazine musical TRAX. We Love Art est un bureau de conseil, de production et de communication expert en nouvelles tendances qui organise notamment le festival WE LOVE GREEN, auquel nous nous intéressons aujourd’hui et dont Marie est la directrice.


Ce tout jeune festival né en 2011 s’est très vite imposé comme l'événement éco-responsable parisien de référence. Il a d’ailleurs reçu les prix « Green Operation Award » et « Greener Festival Award ». Gestion des déchets, énergie solaire, scénographie recyclée et recyclable, tout a été pensé par Marie et ses équipes pour que le respect de l’environnement puisse devenir un élément aussi fédérateur que la musique.

1/ Un événement éco-responsable en quelques mots, c’est…

C’est un événement pour lequel on repense la façon de gérer les choses essentielles telles que :

- l’alimentation en énergie.

- la gestion des déchets car un événement est par essence éphémère et produit, en général, beaucoup de déchets. Il faut donc les réduire à la base tant que possible, en analysant ce qui entre sur l’événement et traiter logistiquement et intrinsèquement les déchets qui sortent en analysant le cycle de vie des produits et en leur trouvant une deuxième vie.

- l’alimentation en eau du site qui est une gageure dès lors qu’on organise un événement en plein air.

- le choix des prestataires en se questionnant sur la provenance et la traçabilité des produits, leurs procédés de transformation, leur packaging, etc.

- la gestion des transports du matériel, des produits et du public.

Cela signifie beaucoup de travail, de recherche et de vigilance pour être éco-responsable de bout en bout. Quand on fait un événement classique, on focalise les contraintes de coût et de rapidité : on prend le devis le moins cher avec le meilleur rapport qualité-prix et on va au plus rapide. On ne commande pas forcément les choses à l’avance et on ne réfléchit pas toujours à ce qu’on achète.

Les contraintes pesant sur un événement éco-responsable sont donc beaucoup plus importantes et cela se complexifie pour les événements en plein air où l’on doit construire une ville éphémère qui doit ensuite disparaître sans laisser de traces.

2/ Pourquoi avoir décidé de positionner votre festival sur la thématique éco-responsable ?

Car je pense que nous n’avons pas le choix !

3/ Votre agence, We love Art, organise d’autres événements, sont-ils donc tous éco-responsables ?

Nos autres événements ne sont pas forcément dans des lieux où tout est à construire. Mais sur tous nos événements, nos équipes sont formées à être vigilantes. Un événement à la Villette ou dans une salle de réception comporte moins de contraintes logistiques et mais ne nous empêche pas d’avoir des réflexes de base comme par exemple faire un plan lumière économe en énergie avec le moins de matériel possible et des équipements modernes.

Nous avons également tissé un réseau de prestataires dont certains adhèrent à la charte PrestaDD sur laquelle nous avons participé avec d’autres entreprises du secteur de l’événementiel. Pour cette charte, nous avons réfléchi à des engagements spécifiques pour chaque type de prestataires et beaucoup y adhèrent.

4/ Les participants à We Love Green – festival de musique sont-ils intéressés par votre démarche éco-responsable ?

Nous avons fait une étude à l’issue du festival grâce à un questionnaire d’une quarantaine de questions envoyé aux festivaliers. Nous avons eu un très grand nombre de réponses et les trois quarts disent avoir regardé et analysé notre démarche développement durable. Il y a donc une véritable sensibilisation et surtout une curiosité des festivaliers sur les engagements éco-responsables du festival.

5/ Votre festival a été récompensé pour son engagement par des prix comme le « Green Operation Award » et le « Greener Festival Award », est-ce important pour vous ?

Oui, c’est important pour nous. Nous nous sommes inscrits dans ces institutions sans penser obtenir des résultats probants aussi rapidement. Nous nous sommes rendu compte que nous étions plutôt bien placés dans les avancées européennes et que nous étions même un peu en avance par rapport à ce qui se fait un peu partout grâce à des choix assez radicaux comme par exemple la distribution d’eau  gratuite à tous les festivaliers. Ce choix, qui peut paraître anodin, nous permet de n’avoir aucune bouteille d’eau sur le festival et allège la logistique en évitant la livraison de centaines de palettes de bouteille d’eau et l’enlèvement des déchets associés. La contrepartie, c’est que cela diminue notre chiffre d’affaire.

Ces récompenses nous permettent d’être visibles à l’international et en France. Quand nous sommes arrivés sur le marché événementiel, il y avait beaucoup de gens qui étaient sceptiques par rapport à la véracité de notre démarche et les gens les plus enthousiastes ont été les internationaux. Ces prix permettent une reconnaissance puisque des audits assez lourds sont effectués pour rentrer dans ces classements : chiffres d’affaires / bénéfices, classeur de production, gestion des backstage, questionnaires aux équipe, etc. Il y a donc un vrai examen de la démarche.

Nous avons été récompensés cette année et  sommes montés deux fois sur scène lors de la remise des prix en ouverture du festival de Groningen, un festival réservé aux professionnels. Cette mise en avant permet de sortir du lot et d’être remarqué par les agents, les maisons de disque, les managers, les tourneurs, autant de gens très importants pour nous car susceptibles de nous amener des groupes sans qui un festival ne pourrait pas exister.

De plus, beaucoup d’autres festivals sont venus nous voir pour échanger sur nos pratiques et nos résultats. Depuis,  nous avons décidé d’organiser une master-class le 8 et 9 avril prochain , dans des salles que la Mairie de Paris a la gentillesse de nous prêter. Nous allons faire venir une cinquantaine de professionnels européens pour travailler ensemble sur des problématiques communes comme l’aménagement d’un camping, l’évolution des pratiques, la sensibilisation des festivaliers, etc.

Donc, ces deux prix changent beaucoup de choses pour nous parce qu’ils nous permettent d’avoir des relations avec toute l’Europe, d’avoir plein de nouvelles idées, de nouveaux appuis et élargissent notre vision et celle des professionnels français.

6/ Quelles sont les deux actions phares mises en place sur le festival qui vous tiennent le plus à cœur ? Quels sont les axes d’amélioration sur 2013 ?

Je citerai d’abord notre action sur l’énergie car au parc de Bagatelle, où a lieu We love green, nous n’avons pas accès à l’électricité. Du coup, nous avons des groupes électrogènes solaires. Cette année,  un prototype français a permis d’alimenter les tentes, les espaces ONG et l’espace de « Arte » et nous avons fait venir d’Angleterre le groupe électrogène solaire le plus puissant du moment. Ce groupe électrogène solaire, FireFLy, est à la pointe de la technologie et nous a permis d’être quasiment autonome sur la scène. Aujourd’hui nous cherchons à ce que les professionnels français investissent dans ce genre de matériel qui pourrait être loué à Paris sur une quantité d’événements permettant ainsi de se passer de groupes électrogènes à essence tout en développant une industrie et de l’emploi sur un produit d’avenir.

Deuxièmement, il y a la problématique de l’alimentation qui est très prégnante dans les festivals car on créé des restaurants éphémères. Pour nous, ce sont 6 000 personnes par jour mais sur certains festivals c’est jusqu’à 50 000 ou 60 000 personnes. En 2012, nous avons testé pour la première fois, l’utilisation de contenants de restauration (assiette, couvert, gobelets) entièrement compostables. Les déchets alimentaires ont été compostés de façon classique et les contenants ont été compostés de façon industrielle, avec le soutien de la Mairie de Paris, dans une entreprise francilienne pour être récupérés et utilisés comme compost dans le Bois de Boulogne ou le Parc Bagatelle. Cette expérience pourrait servir d’exemple pour développer une filière de compostage des contenants alimentaires.

L’année prochaine nous allons essayer d’optimiser l’existant. Pour la scène, par exemple, où nous sommes déjà autonomes sur la lumière, nous allons essayer d’être autonomes au niveau du son. Ca va être  beaucoup plus complexe car le son a des appels de charge très lourd quand il y des riffs de guitares mais nous espérons que cette année nous aurons une scène 100% solaire, ce qui serait une première en Europe !

Pour l’édition 2013, nous allons aussi développé de vrais partenariats avec des écoles de design, d’architecture et d’art pour développer notre concept de WorkShop où des étudiants, pilotés par des designers et des architectes reconnus, travaillent sur des éléments du festival à partir des matériaux recyclés : , cendriers qui donnent envie d’écraser ses cigarettes, lampadaires solaires, etc.

7/ Comment la question sociale peut être intégrée dans l’organisation d’un événement ?

Pour la restauration en général, nous travaillons avec des prestataires engagés sur la question sociale : équipe du Locavore,  La Famille Rochefort agriculteurs bio, la « Ruche qui dit oui ». Nous avons aussi travaillé avec les « Jardins de Cocagne », des jardins maraîchers biologiques à vocation d’insertion sociale et professionnelle. Nous avions précommandé les quantités nécessaires avant l’été afin qu’ils puissent semer et embaucher en conséquence et nous espérons que nous pourrons élargir ce partenariat l’année prochaine à tous les espaces de restauration.

Nous travaillons également avec Alter Eco depuis maintenant deux ans.

8/ Sans aucunes contraintes financières ou logistiques, pourriez-vous nous décrire l’événement éco-responsable idéal ?

C’est assez difficile parce-que ce n’est pas du tout le genre d’exercice auquel nous nous prêtons au quotidien. Nous cherchons plus à dénouer des nœuds qu’à imaginer l’idéal !

L’événement éco-responsable idéal serait alimenté à l’énergie solaire et renouvelable en totalité et aurait un système d’eau très fluide avec un accès à l’eau simple et économe. Il se déroulerait sur un domaine, dans une forêt ou sur un espace vert très nature avec un cours d’eau où on pourrait rejeter, sans pollution, les eaux usées du festival qui n’auraient pas été souillées par des produits chimiques. Dans l’idéal, il faudrait aussi travailler avec un tissu local de prestataires qui fourniraient tous les produits nécessaires à la restauration et le transport des festivaliers se ferait exclusivement grâce à des transports en commun pratiques et nombreux. 

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Mots clefs : evènement

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