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Olivia Robert - vacances durables à Paris
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Olivia Robert

Juillet 2013 -
Passionnée par les voyages et le tourisme responsable, Olivia Robert développe le tourisme durable au sein de la capitale en tant que Directrice des partenariats et du développement durable à l’Office du Tourisme et des Congrès de Paris.
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Après des expériences au sein de Nouvelles Frontières puis de la SNCF dans le but d’intégrer dans les voyages des Français une démarche de durabilité, Olivia Robert participe aujourd'hui à la valorisation de Paris en tant que destination durable, respectueuse et solidaire notamment avec, entre autres, un programme d’hébergement durable, des solutions de circulations douces, des offres de consommations bio.

1/ Le tourisme durable en quelques mots c’est…

C’est une façon de voyager où l’on respecte à la fois l’environnement et la population que l’on rencontre. Cette définition simple peut s’appliquer à l’hôtellerie classique mais aussi à des formes d’hébergement différentes comme les chambres d’hôtes ou chez l’habitant. Les transports alternatifs, comme les célèbres Vélib’ et Autolib’, qui se sont développés grâce à l’impulsion de la Mairie de Paris, sont aussi une des facettes du tourisme durable.

Les idées reçues sur le tourisme durable tournent autour de : « c’est cher, c’est à la campagne, sous une yourte, etc. ». Pour ma part, je tiens vraiment à associer le voyage responsable – je préfère le terme de voyage à celui de tourisme - avec la notion de plaisir. Si les gens pensent que le voyage responsable est quelque chose de contraignant, cela ne fonctionnera pas. Par contre, si un hôtel propose un petit déjeuner avec une confiture faite par un producteur local, cela lui permet de raconter une histoire en plus du fait qu’elle soit meilleure : cela devient alors intéressant ! À partir de là, le visiteur vit une réelle expérience qui le marque plus que des affiches « développement durable ».

Je suis convaincue qu’il est bien plus efficace de faire passer des messages là où il y a des moments de plaisir. Dans un hôtel, les principaux moments de plaisir sont celui du sommeil et du petit déjeuner. Ensuite on est prêt à visiter Paris et ses adresses éco-responsables avec le plein d’énergie !

 

2/ Pourquoi une ville comme Paris s’engage-t-elle dans un démarche de tourisme durable ?

Paris s’engage dans une démarche de développement durable car, en tant que première destination de tourisme au monde, elle se doit d’être exemplaire. Si nous voulons préserver l’attrait de la capitale, nous nous devons d’accompagner la démarche développement durable des professionnels.

Nous disposons aussi d’une Mairie très active dans ce domaine, notamment avec le Plan Climat et la réduction des émissions de CO2. Enfin, il y a une attente d’une certaine clientèle, plus sensible au voyage durable, qui recherche de nouvelles adresses pour voyager différemment.

 

3/ Quel est le rôle de l’Office du Tourisme et des Congrès de Paris dans la promotion du tourisme durable ?

En tant qu’association loi 1901, sa mission est d’accueillir les visiteurs, les informer et faire la promotion de Paris en France et à l’étranger. Nous mettons à disposition des voyageurs cinq bureaux d’accueil et le site Internet : parisinfo.com. Notre objectif consiste aussi à montrer aux visiteurs comment Paris s’engage dans le tourisme durable et à leur faire découvrir les hébergements  engagés et les facettes d’un Paris insolite, au plus près des visiteurs. L’Office est aussi une plateforme de vie pour ses quelque 2 000 adhérents qu’il fédère autour de la promotion de la destination Paris et invite à adopter une démarche durable.

 

4/ Quels sont les enjeux et les grands engagements de Paris en matière de tourisme durable ?

L’Office du Tourisme de Paris  est soutenu par quelques 2 000 adhérents, tous professionnels du tourisme, mais composé en grande majorité d’hébergeurs et d’hôteliers. Nous sommes partis du constat qu’en 2012, seulement 7 % d’entre eux étaient labellisés dans une démarche de développement durable : Clef Verte, Ecolabel Européen ou Green Globe. Il y avait donc un retard important par rapport aux pays scandinaves mais aussi à d’autres villes françaises comme Nantes qui dispose de 44 % de chambres d’hôtels engagés responsables.

Dans ce contexte, nous avons lancé un programme hébergement durable, gratuit et accessible à tous les acteurs du tourisme. L’objectif est d’accompagner le plus grand nombre d’hôteliers dans une démarche de développement durable. À l’origine notre première cible concernait les hôtels indépendants mais nous avons élargi nos critères car nous nous sommes rendu compte que ce programme pouvait intéresser tout type d’hôtels. Aujourd’hui nous sommes partenaire de 14 chaînes hôtelières dont Accor. Ce programme offre aux hôteliers une évaluation, un accompagnement, une valorisation de leur engagement et un réseau.

 

5/ Comment se passe le programme Hébergement durable dont vous venez de nous parler ?

La phase d’évaluation commence par un auto-diagnostic en ligne. Cela permet de faire un bilan développement durable complet de l’hôtel à travers 65 questions. Nous avons voulu repositionner l’homme au cœur de la démarche. Un hôtel signifie certes des consommations d’eau, d’énergie mais ce sont avant tout des clients, des collaborateurs, des fournisseurs,  des voisins.

Après avoir rempli le diagnostic, l’entreprise obtient un score. S’il a plus de 51%, nous effectuons une visite sur place pour le rencontrer et pour vérifier ses déclarations, l’accompagner et l’inviter à signer la charte pour un hébergement durable à Paris. S’il a moins de 51% - et c’est là que cela nous intéresse - l’hôtel peut participer à un programme d’accompagnement collectif.

Avec les hôteliers, il faut être très pragmatique et opérationnel, ne pas évoquer  de grandes théories, de réchauffement climatique, de fonte des glaces, etc. ! Pour cela, nous avons mis en place des ateliers pratiques de 3 heures qui ont lieu toutes les 2 semaines. Des experts, acteurs de la collectivité, fournisseurs, et d'autres ; sont invités pour apporter des solutions et, à chaque fois, un hôtelier témoigne.

Ce programme est réellement réalisé pour et par les hôteliers. Nous avons des thématiques très précises comme le petit déjeuner, l’accessibilité ou la labellisation. Par ailleurs, nous mettons en place des ateliers méthodologiques. Les hôteliers ont souvent de nombreuses idées d’actions mais ne savent pas forcement par où commencer, comment élaborer des indicateurs de suivi ou mobiliser leur personnel.

 

6/ Vous inspirez-vous des initiatives qui se développent dans d’autres villes à travers le monde pour développer le tourisme durable à Paris ?

Nous observons ce qui se passe en Scandinavie, à Londres, à Nantes et sommes en relation permanente avec les CCI du Var et de Nice et le CRT Bretagne. Nous échangeons les bonnes expériences, mais ce qui marche à Paris ne marche pas forcément à Nice. Nous ne pouvons pas réellement adopter les pratiques des autres villes car Paris a ses propres problématiques.

À mon sens, le tourisme à Paris souffre de trois grands problèmes spécifiques :

  • le manque de place et la difficile gestion des déchets ;
  • la vétusté du bâti, ce qui est à la fois un avantage puisque c’est un critère important d’attractivité touristique mais aussi un grand inconvénient pour l’entretien ;
  • l’approvisionnement car il est bien difficile de consommer local et de saison.

Le tourisme durable peut précisément y apporter des solutions. Par exemple en ce qui concerne les achats, nous avons créé un atelier dédié aux produits locaux pour le petit déjeuner. Nous avons invité des fournisseurs très engagés dans le développement durable et le bio pour que les hôteliers puissent entrer en contact avec eux et s’approvisionner facilement.

 

7/ Le tourisme responsable s’adresse-t-il prioritairement aux visiteurs ou aux Parisiens ?

Pour l’hôtellerie cela concerne principalement les visiteurs français et étrangers. Mais nous avons élaboré sur parisinfo.com une rubrique qui référence des adresses engagées, en termes de restauration, de transports doux ou de visites participatives destinées autant aux étrangers qu’aux Parisiens. On peut donc très bien découvrir Paris quand on est Parisien comme on peut être touriste dans son propre quartier !

Le tourisme durable peut aussi s’adresser indirectement aux habitants. L’hôtel Carlton's de Montmartre en a fait la preuve cette année en offrant une seconde vie à ses équipements mobiliers : au lieu de les jeter ou de les vendre, l’enseigne a préféré en faire don à la Ressourcerie la petite Rockette. Avec cette action, le Carlton's Montmartre a intégré la Promotion du Paris durable 2013 car de nombreuses familles ont bénéficié à des prix modestes du mobilier de l’hôtel. Cela a aussi fait des émules lors de notre atelier sur les déchets où l’un des hôteliers présents a proposé de donner 50 couettes à la Ressourcerie. Ainsi,  une réelle dynamique de partage se crée entre les différents intervenants du programme, ce que l’Office  tente de valoriser.

 

8/ Concrètement, quels sont vos trucs pour passer des vacances responsables à Paris ?

Pour dormir, je conseillerais le Solar hôtel, un hôtel financièrement très abordable, écologique, équipé de récupérateurs de pluie, de panneaux solaires et qui revendique même un zéro wifi. Il y a aussi l’hôtel le HI-matic, un nouveau concept d’éco-logis urbain qui associe développement durable et design. Pour visiter Paris et ses quartiers, je recommanderais le l’association  Ça se visite qui propose des visites collaboratives. C’est grâce à eux que j’ai découvert et que je suis tombée amoureuse du 19e arrondissement, que j’habite maintenant ! Enfin pour les restaurants, j’ai un coup de cœur pour le Soya restaurant, végétarien, très convivial et excellent.

Il faut encourager ce type d’initiatives car tant qu’il n’y a pas d’offre, il n’y aura pas de demande. À partir du moment où le nombre d’hôtels durables se comptera par centaines, les visiteurs pourront choisir facilement un hôtel durable dans leur fourchette de prix. A l’inverse de la logique du marketing, il faut encourager l’offre pour stimuler la demande !

 

9/ Quels sont les projets pour faire de Paris la première destination touristique durable  mondiale ?

On ne peut pas encore dire que nous allons devenir demain la première destination touristique durable mondiale. Il reste encore du chemin à parcourir car accompagner un parc hôtelier aussi grand que celui de Paris prend quelques années.

Nous avons lancé le programme en 2012. Désormais, 14 chaînes partenaires y participent, 120 hôtels ont réalisé leur autodiagnostic et nous avons déjà fait 20 ateliers. Une réelle dynamique est en train de s’installer dans le milieu hôtelier à Paris. L’Office du Tourisme et des Congrès de Paris œuvre à cette promotion, travaille sans cesse avec les professionnels du tourisme pour créer l’offre et une fois qu’elle existe, sa mission consiste à la valoriser.

Mots clefs : acteur, expert

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