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Acteurs du Paris durable - Loïc Fel
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Invité du mois

Loïc Fel

Décembre 2013 -
Thème du mois: 
Loïc Fel est docteur en philosophie de l’Institut d’Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques. Responsable du développement durable de l'agence BETC, il est aussi depuis 2008 cofondateur de COAL. Présent au commissariat artistique du Domaine de Chamarande depuis janvier 2012.
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1/ Pour un passage à l’action vers une société du développement durable, l’art vous semble t’il un vecteur efficace ?

Pour rendre le passage à un développement durable effectif il ne suffit pas d'inventer les technologies et d'identifier les comportements qui le permettent. Le développement durable est aussi une question culturelle. Nous devons intégrer ces questions, comportements et solutions dans notre quotidien, dans notre culture commune. A ce titre, l'art est un formidable catalyseur. Les arts plastiques en particulier ont une triple fonction au regard du développement durable. Ils peuvent développer les percepts, les concepts perceptifs, qui nous permettent de comprendre ce qui fait la spécificité et la complexité du développement durable : des chaines de conséquences et des échelles temporelles et spatiales qui dépassent les limites de notre perception naturelle. De plus, les arts plastiques et le marché de l'art restent encore aujourd'hui socialement connotés et touchent plus particulièrement la tranche la plus éduquée et la plus fortunée de la population mondiale. Aussi pour les plus grands collectionneurs qui sont aussi les plus grands industriels, l'art offre une opportunité adaptée et particulière de leur apporter ce discours. Enfin, qu'un mouvement artistique se structure autour de ces enjeux, et c'est ce qui est en train de se passer depuis une quinzaine d'année, c'est comme mettre le focus au yeux du grand public sur un sujet qui bénéficie d'un regain de crédibilité et d'intérêt pour la simple raison que les arts s'en saisissent.

 

2/ Vous intervenez en tant que médiateur sur un atelier d’échanges "Matières Premières", à la Maison des Acteurs du Paris durable qui abordera la création, les matières et le temps long , que vous inspire ce sujet ?

La table ronde en question est l'endroit où nous pourrons déployer ce sujet. Mais c'est une clé d'entrée passionnante pour les sujets de développement durable. A l'heure de la raréfaction des ressources et la fin du monde de l'abondance, il va falloir apprendre à gérer la rareté et ce sur la durée ! Des défis auxquels nous ne semblons pas culturellement prêts. L'ingéniosité et la réflexion sensible des artistes en font un laboratoire pour explorer ces questions. D'un autre côté, et pour être un peu plus centré sur l'art, il permet également de s'interroger sur la question du patrimoine. D'un côté les matériaux de l'art contemporain et les formes des œuvres sont parfois des défis à leur conservation, et en même temps devons nous tout garder ? N'est-il pas temps de s'interroger sur la muséification de nos villes, de notre culture même, pour appliquer de la sélectivité et du recyclage ? 

 

3/ Quel rôle voyez-vous pour la société civile, notamment parisienne, dans l’innovation environnementale ?

Il me paraît délicat de parler de « la société civile » en général sur ce sujet. Entre les consommateurs, les professionnels, les acteurs publics, les ONG, etc. En plus, Paris a la particularité d’être la capitale française avec tout ce que cela implique de centralisation… Aussi je ne donnerai qu’un exemple. Des habitants, en tant qu’habitants, se mobilisent. Je réside dans le 10e arrondissement, j’assiste parfois au conseil de quartier et je participe à une association de jardin partagé depuis 5 ans. Les personnes qui y participent sont extrêmement diverses, avec des motivations et des aspirations différentes voire parfois divergentes. C’est une aventure formidable, on échange beaucoup, on expérimente ensemble, mais on n’innove pas. L’innovation reste le propre de personnes qui portent un projet, elles s’associent au sein de la société civile avec les compétences dont leur innovation a besoin, mais elle ne nait pas dans la société civile en tant que telle.

 

4/ Vous qui travaillez dans une agence de publicité, pensez-vous que les grandes entreprises peuvent avoir un rôle pour soutenir les initiatives et aider au changement de comportement ? Certaines le font elles déjà et comment ?

C’est absolument central. Le rôle que jouent d'ores et déjà de nombreuses entreprises ne se limite pas à « soutenir les initiatives » mais bien plutôt à les créer de toutes pièces. En effet, plus réactives que les institutions publiques, plus fluides, et multi territorialisées, les entreprises ont la capacité de mettre en œuvre des programmes de développement durable qui se déploient sur l’ensemble du cycle de vie des produits, depuis les matières premières jusqu’au consommateur. Tout y passe : la question des modèles agricoles, les transports, les matières premières des emballages, les conditions d’emplois, les process en usine, etc.

Concernant les changements de comportements, bien sûr les entreprises les plus vertueuses participent à accélérer les changements de comportements non seulement via leur communication, mais aussi via les produits et services qu’elles peuvent mettre sur le marché. Si ceux-ci sont designés de sorte qu’ils font des comportements vertueux les comportements par défaut, plus faciles, plus appétants, alors oui, elles accompagnent la mise en œuvre d’un développement durable.

Maintenant ne nous mentons pas, parce que j’entends souvent les mêmes critiques. Oui elles ne le font pas toujours à la perfection loin s’en faut; malgré tout, elles intègrent vraiment de plus en plus le développement durable. Et la garantie qui nous atteste qu’elles le font, est tout simplement que c’est dans leur intérêt aujourd’hui et c'est une question de survie demain. Ainsi elles contrôlent bien mieux les coûts et conditions de production, sécurisant leur produit pour demain, elles contrôlent bien mieux la qualité et l’acceptabilité de leur produit, et donc leurs parts de marché d’aujourd’hui comme leur survie de demain.

5/ Avez-vous des lieux, des expositions dans la capitale ou des livres sur ce thème qui vous semblent intéressant de nous conseiller ?

Vous me pardonnerez de faire un peu d’auto promo en cette occasion en parlant de COAL !

L’expo d’hiver à Chamarande (Essonne) est à découvrir en ce moment, elle est dédiée à la peinture de paysage contemporaine.

A partir de mai l’expo d’été dans le parc du Domaine de Chamarande traitera de l’alimentation.

Le Prix COAL Art&Environnement 2014 a cette année pour thème Paris ! A surveiller lors de sa remise le 4 mars donc !

Et pour suivre toute la scène artistique qui s’implique sur les sujets de développement durable COAL anime une vaste plate forme dédiée.

 

6/ Des projets pour 2014 ?

Des tas ! Et il en est un en particulier avec des artistes qui promet d’être passionnant ! Nous travaillons à démocratiser la capacité du design à intégrer la question de la biodiversité. Avec des artistes et des designers, je travaille actuellement à des prototypes que nous espérons voir en boutique à partir du printemps. Ce sera encore une autre aventure ! 

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Mots clefs : artiste, créatif

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Attention ! beaucoup de sociétés douteuses utilisent des images ou des termes « écologiques » ou « durables » uniquement pour verdir leur image (écoblanchiment, ou verdissage http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89coblanchiment ), alors qu'en réalité leur activité n'est basé sur aucune étique durable.

Attention  ! la publicité n'est jamais de l'art, elle ne fait qu'instrumentaliser les artistes, le jour où elle les trouvera gênants pour ses activités, après les avoir rendus corvéables à merci, elle les piétinera sans aucun état d'âme pour s'en débarrasser, honte aux artistes qui prostituent leur art pour la publicité.

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