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Acteurs du Paris durable - Stéphane Riot

Invité du mois

Stéphane Riot

Janvier 2014 -
Thème du mois: 
Fondateur de NoveTerra, Stéphane accompagne la transformation des organisations et des individus. Il est reconnu pour son approche globale, alliant son expertise des modèles économiques innovants et durables et son savoir-faire en accompagnement du facteur humain dans les organisations. Il est également co-auteur de “Vive la CoRévolution ! Pour une société collaborative”*, éditions Alternatives - 2012. Il a répondu à quelques questions.
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1/ Depuis plusieurs années que vous exercez vos talents de facilitateur de transition, observez-vous des signaux annonciateur d’un changement de posture dans la gouvernance des organisations ?

C’est une évidence, mieux, c’est inexorable ! En fait (mais certaines ne se l’avouent pas encore…) les organisations, quel que soit leur statut (entreprise, association, parti politique, institution, etc…), perçoivent que le monde est en mutation profonde et se sentent déboussolées...

Il est vrai que la décennie que nous venons de vivre a bouleversé notre manière « d’être ensemble » : avec le développement du numérique, nous sommes potentiellement « tous connectés » et donc nos rapports sociaux changent aussi, cela se joue aussi dans le travail par la gestion numérique des relations (qui porte même à l’overdose pour certaines organisations…), on parle à présent de « réseaux sociaux d’entreprises », ce qui n’est pas nécessairement la meilleure manière de développer la culture d’entreprise, mais tout cela contribue à créer une logique d’interdépendance entre nous.

Il y a aussi un changement dans la pyramide des âges des organisations : nous évoluons dans un espace-temps unique ou deux générations - les X et Y - cohabitent alors qu’elles fonctionnent de manière différente (cognitivement et émotionnellement) dans leur relation au travail, à la culture de l’entreprise, et au sens même de leur vie ! Cela créé des espaces de tensions indéniables, mais ouvre aussi de formidables occasions de grandir et d’innover sous d’autres formes.

Rajoutez à cela une bonne crise financière et économique (dont on ne semble pas voir le bout…), vous avez le cocktail parfait pour qu’une organisation vive un profond bouleversement de son business model et donc de son organisation voire même de sa culture d’entreprise.

Certains patrons que je rencontre voient en cela une tourmente « passagère », d’autres perçoivent qu’un changement de paradigme plus profond est à l’œuvre et commencent à s’interroger sur la réinvention de leur métier, et donc de leur organisation et de leur management…

2/ Quels liens faites-vous entre l’économie collaborative mise en avant dans le Co-lab et votre activité de facilitateur de changement dans les entreprises ?

Comme nous l’avions indiqué dans la Co-révolution*, l’économie collaborative nous fait entrer dans une nouvelle ère de la création de valeur pour une organisation.

L’économie collaborative, c’est l‘économie « du partage », c’est celle d’un monde où l’information est ouverte et fonctionne donc en « open source », où l’innovation se doit d’être participative, où l’intelligence est collective et le pouvoir distribué.

C’est un monde où les entreprises qui s’en sortent le mieux comprennent la valeur de l’économie circulaire (les déchets des uns servent de matière première aux autres), où la réflexion autour de « l’usage » d’un produit est plus stratégique que la création du produit en lui-même (on parle alors d’économie de la fonctionnalité), où la collaboration avec ses concurrents (« coopétition ») est plus créatrice de valeur que la compétition, n’oublions pas que la concurrence coûte environ 50 Milliards d’Euros en France, soit 2% du PIB.

Bref, ce sont des logiques totalement nouvelles qui heurtent frontalement la pensée économique classique des décideurs et des managers actuels !

Passer en mode co-créatif, c’est aussi difficile qu’une résolution du nouvel an ! Cela heurte nos habitudes de pensées, nos comportement, notre relation au pouvoir, voire nos croyances profondes, c’est une vraie révolution intérieure… C’est tout le travail que nous menons avec NoveTerra : accompagner à la compréhension des modèles économiques en émergence et aider TOUTES les parties prenantes d’une organisation (décideurs, managers, employés, clients, partenaires, sous-traitants, concurrents, ONG, etc…) à entrer dans une logique collaborative. Cela demande aussi bien sûr un « accompagnement » spécifique car la coopération ne se décrète pas, elle s’expérimente. Et elle nécessite un ingrédient qui est difficilement valorisable sur un compte de résultat car il fait partie des actifs immatériels d’une entreprise ou d’un individu : la confiance !

3/ Pouvez-vous citer 3 bonnes raisons d’être optimiste pour l’avenir ?

J’en ai bien plus que 3, mais je vais tenter l’exercice :

Tout d’abord, même si ca peut paraître difficile à entendre, et je sais à quel point nous traversons des moments difficiles, mais j’ai envie de dire que la crise est une bonne chose sous certains aspects : c’est parce que nous sommes justement en mode moins « confortable » que nous sommes invités à nous réinventer et à redécouvrir notre créativité.

C’est quand une situation montre des signes de finitude que d’autres forces peuvent être à l’œuvre comme la débrouille (on voit l’émergence du Do It Yourself – DIY, ou des Fablabs ), ou le troc qui revient en masse (aidé et remis au gout du jour par les outils numériques). Il y a aussi l’émergence continue de l’économie sociale et solidaire (ESS), ce qui prouve bien que d’autres formes de solidarités sont en train d’émerger, c’est l’illustration d’une autre manière d’être ensemble et de faire société.

Par ailleurs, il est vrai que le temps (économique, politique et social) est plutôt maussade et que la réaction première serait de se mettre en mode reptilien/survie, mais je n’ai jamais vu autant d’initiatives nouvelles émerger et être partagées : le mouvement de la consommation collaborative (mobilité, habitat, services partagés pour n’en citer que quelques exemples) nous offre une nouvelle manière de consommer et de co-créer ensemble. Des nouvelles formes de valorisation des initiatives individuelles ou collectives apparaissent également comme le crowdfunding (financement participatif) ou les monnaies alternatives. Les citoyens s’organisent ce qui prouve que la société reste résiliente, et que le collectif, s'il sait rester coopératif, est en capacité de trouver ses propres solutions !

Enfin, j’ai la sensation que ce mouvement de « réinvention » est en train d’atteindre les sphères politiques et décisionnelles, je ne compte plus le nombre de patrons, chefs d’entreprises, managers, qui sortent du bois et se mettent à réfléchir à « autre chose » à envisager d’autres formes d’organisations, portés par leurs propres prises de conscience sur l’état du monde, ou inspirés par les rencontres qu’ils peuvent faire sur le chemin… et notamment quand ils rencontrent ces jeunes qui portent des projets innovants et porteurs de sens pour demain.

Je n’ai jamais cessé d’être optimiste en fait depuis que je fais ce métier, mais je me rends compte que la période actuelle est particulièrement paradoxale : il y a à la fois un mouvement de repli sur soi, de peur et de défiance face à l’avenir, mais également une magnifique dynamique d’invention, de créativité et de solidarité qui se déploie, et je vous garantis qu’elle est de la même magnitude ! Reste à la percevoir, la laisser émerger, et mieux : y contribuer, chacun et chacune à sa mesure et avec ses moyens !

 

4/ Quel conseils souhaitez-vous donner aux acteurs du changement pour mobiliser plus largement encore?

Mon premier conseil serait de développer la capacité d’écoute et d’accueil des résistances au changement. Quand on oblige un être, quel qu’il soit, à changer de mode de pensée ou de comportement, il montre d’abord une forme de résistance au changement, c’est dans la nature humaine. Par contre, la nature elle-même « c’est le changement », il faut donc prendre le temps d’accueillir les rythmes de chacun dans leur capacité de se transformer et de passer à un autre mode. Du coup, laissons le temps à chacun de trouver ses voies de transformation : je dis souvent « on ne peut pas tirer sur la tige d’une fleur pour quelle pousse plus vite ! »

Un autre conseil serait de ne pas hésiter à devenir « subversif ». En cela, j’invite tous les acteurs du changement à quitter les salles en U et les tables de réunion austères pour organiser des rencontres dans des formats différents ; pourquoi pas en extérieur, en rond, en mode ludique, ou artistique ? C’est parce qu’on peut expérimenter différemment le changement de manière émotionnelle et physique , que justement le cerveau peut commencer à envisager les choses d’une autre façon (c’est même prouvé scientifiquement !). Et rien n’empêche d’aborder des sujets a priori graves dans un environnement « décalé » ; par expérience, c’est souvent la meilleure manière de trouver des solutions adaptées.

Un dernier conseil pour la route et pour l’année qui commence, le plus important finalement : ex-pé-ri-men-ter ! Après avoir imaginer le changement sur papier, faites un premier pas, même le plus petit possible, c’est en expérimentant, en « prototypant » qu’on peut valider les (bonnes) solutions pour l’avenir !

* Vive la Co-révolution ! Pour une société collaborative". De Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot - Edition Alternatives - 2012

Mots clefs : expert, solidaire

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