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Acteurs du Paris durable - Romain Julliard

Invité du mois

Romain Julliard

Mai 2014 -
Romain Julliard, Professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle, étudie la Biologie de la Conservation, une discipline qui s'intéresse au fonctionnement de la biodiversité en interaction avec la société et tente d'apporter un éclairage scientifique sur l'impact de l'Homme sur la nature. Il pilote aujourd'hui le projet Vigie Nature du Muséum, un observatoire participatif de l'état de la biodiversité en France....
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1/ Qu’est ce que les sciences participatives et plus particulièrement le dispositif Vigie nature ?

Les sciences participatives se définissent par la participation bénévole et volontaire à la construction d'une connaissance commune. Il en existe différentes formes en fonction du niveau d'implication des organismes publiques de recherche qui peuvent être initiateur de tel projet ou en être assez éloignés, et de la nature de la contribution des participants : mise à disposition de temps de calcul d’ordinateurs personnels, capacité d'observation, analyse de problèmes plus ou moins complexes, co-construction des questions.

Vigie Nature est un projet de recherche à l'initiative du Muséum National d'Histoire Naturelle qui s'appuie sur les capacités d'observation d'un grand nombre d'observateurs. D'abord tourné vers les ornithologues amateurs (le programme de Suivi Temporel des Oiseaux Communs – STOC initié en 1989), les observatoires se sont multipliés depuis 2005 sur d'autres groupes d'espèces (papillon, chauve-souris, libellule, flore), en s'ouvrant sur des réseaux tout public (Papillons des Jardins, Suivi Photographique des Insectes Pollinisateurs – SPIPOLL, Sauvages de Ma Rue, Oiseaux des Jardins), mais également la déclinaison de ces observatoires pour un public scolaire (Vigie-Nature-Ecole), vers les agriculteurs (Observatoires Agricole de la Biodiversité – OAB), ou vers les gestionnaires d'espaces verts (le Protocole Papillons Gestionnaires – PROPAGE). Chaque observatoire est co-construit avec une structure nationale en général associative qui s'implique particulièrement dans l'animation du réseau d'observateur (voir www.vigienature.fr). L'ensemble fonctionne également grâce à des relais locaux (comme NatureParif en Île-de-France, l'Observatoire Départementale de la Biodiversité Urbaine dans le 93 ou l'Observatoire Parisien de la Biodiversité).

 

2/ Pourquoi ce dispositif de sciences participatives a-t-il été mis en place ?

L'objectif scientifique est de comprendre comment la biodiversité fait face aux changements globaux (climat, urbanisation, intensification agricole, etc.) sur le territoire métropolitain. Comme on ne peut pas mettre en place une démarche expérimentale à ces échelles, c'est en multipliant les points d'observation que l'on peut reconstituer les gradients environnementaux (comparaison ville campagne par exemple) qui permettent d'aborder ces questions.

 

3/ Des liens se sont-ils créés entre les contributeurs et les chercheurs ?

L'adhésion des participants repose sur l'appropriation du projet scientifique : à travers nos sites Internet et notre blog, nous essayons de partager nos motivations mais aussi notre plaisir à observer la biodiversité et analyser les données issues de ces observatoires. Des rencontres sont organisées et sont l'occasion d'échanger en direct même si cela reste trop rare. Nous travaillons à améliorer les outils proposés afin de faciliter ces échanges et de rendre ce dispositif encore plus participatif.

 

4/ Avez-vous des contributeurs sur le territoire parisien ? (si oui qui sont-ils ?)

La plupart des observatoires ont des participants sur le territoire parisien. Le SPIPOLL (programme de Suivi Photographique des Insectes POLLinisateurs [NDLR]) est  bien représenté avec à ce jour 208 collections photographiques d’insectes (contre par exemple 106 dans les Hauts-de-Seine ou 176 en Val-d'Oise pourtant bien plus grand), ainsi que Sauvage de Ma Rue. On connaît également particulièrement  bien les chauves-souris parisiennes grâce à un petit réseau très motivé. Paris a été aussi le berceau du PROPAGE mis au point avec l'aide de l'équipe de jardiniers municipaux du bois de Vincennes, et la Petite Ceinture a servi de terrain pour expérimenter d'autres protocoles avec les équipes de jardiniers en apprentissage, un projet de 18 mois qui s’achève en août 2014. De même certains collèges ont été parmi les premiers à tester Vigie-Nature-Ecole.

 

5/ Tout le monde peut-il participer où faut-il avoir des compétences en biodiversité ?

Certains observatoires demandent des compétences préalables comme le STOC [programme de Suivi Temporel des Oiseaux Communs [NDLR]), mais beaucoup sont ouverts à tous. Il faut d'abord avoir envie de participer et choisir le protocole qui correspond le mieux à ses aspirations.

 

6/ Y a-t-il eu des observations étonnantes / surprenantes  sur le territoire parisien ?

Pour chaque participant, ces observations sont des découvertes car elles commencent par un regard neuf sur la biodiversité qui nous entoure, dans des territoires peu explorés par les spécialistes, même s'ils commencent à notre porte. Une autre surprise vient de l'intérêt de ces observations : ce n'est pas telle ou telle qui est intéressante mais ce que nous apprend la base de données formée collectivement. Parce que le réseau s’étend à la campagne, cela permet de comprendre par comparaison quels sont les filtres exercés par la ville ou quelles sont les espèces qui peuvent s'y adapter : chez les papillons, les préférences alimentaires pour les fleurs ornementales ne jouent aucun rôle et c’est bien plus la faible capacité à franchir des obstacles qui limite la colonisation de la ville de la plupart des espèces.

Parmi les autres insectes pollinisateurs, seuls le groupe des hyménoptères (abeilles, bourdons, guêpes) s’en sort bien alors que mouches et scarabées des fleurs sont beaucoup plus nombreux à la campagne. Parce qu'il se répète d'année en année, cela permet de comprendre les effets de la variabilité climatique : comment va répondre la biodiversité aux six à huit semaines de décalage de l'arrivée du printemps entre 2013 et 2014 ? Pas de réponse sans Vigie-Nature !

 

7/  Comment les Acteurs du Paris Durable peuvent s’impliquer pour vous aider ?

Si les retours des participants sont en général très positifs (mais aussi très exigeants sur leur envie de savoir ce qu'il advient des données), beaucoup de Parisiens n'osent tout simplement pas participer, pour deux raisons principales apparemment contradictoires : certains ne croient pas en l'intérêt du dispositif quand d'autres pensent que les protocoles proposés sont trop compliqués pour eux. Les Acteurs du Paris Durable peuvent les aider à franchir le pas. D'abord en faisant connaître le dispositif, mais aussi en organisant des formations ou des sorties découvertes des protocoles, et pourquoi pas, en facilitant les rencontres entre les différents participants à ces observatoires et les chercheurs. Cela tombe bien, ils sont tout près !

 

Pour aller plus loin, retrouvez l’information sur ces sites ressources : 

www.vigienature.mnhn.fr/ : du Muséum National d'Histoire Naturelle vous permets d’accéder à de nombreux autres protocoles d’inventaires participatifs.

 

A l’attention du grand public

Observatoire «  Oiseaux des jardins » : afin de comprendre quand et pourquoi les oiseaux visitent les jardins, si les migrateurs reviennent plus tôt quand le printemps est précoce ou comment les aménagements urbains agissent sur la capacité des oiseaux à vivre en ville, la LPO et le Muséum national d'Histoire naturelle propose cet observatoire participatif, pour apprendre à reconnaître les oiseaux et les comptez régulièrement dans son jardin, dans un parc public ou même sur son balcon. www.oiseauxdesjardins.fr

Sauvages de ma rue : l’Observatoire des plantes sauvages urbaines est à la fois un projet pédagogique, animé par l'association Tela Botanica, et un projet scientifique du Centre d’Ecologie
et de Sciences de la Conservation du Muséum national d'Histoire naturelle. www.sauvagesdemarue.fr

SPIPOLL : lancé en 2010, Le Suivi Photographique des Insectes POLLinisateurs a pour but d’obtenir des données quantitatives sur les insectes pollinisateurs et/ou floricoles en mesurant les variations de leur diversité et celles de la structure des réseaux de pollinisation, sur l’ensemble de la France métropolitaine. C’est une initiative du Muséum national d’Histoire naturelle et de l’Office pour les insectes et leur environnement avec pour partenaires principaux la Fondation Nature & Découvertes et la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme. www.spipoll.fr

 

A l’attention des scolaires

Vigie-Nature École : permet aux enseignants de sensibiliser les élèves à la biodiversité tout en participant à un véritable programme de recherche. Ce projet permet de travailler la démarche scientifique tout en favorisant les sorties de terrain et le contact direct avec la nature. www.vigienature-ecole.fr/

 

A l’attention des naturalistes amateurs

STOC : le Suivi Temporel des Oiseaux Communs concerne les oiseaux nicheurs au printemps par l’écoute des chants et la capture.  http://vigienature.mnhn.fr/page/le-suivi-temporel-des-oiseaux-communs-stoc

A l’attention des professionnels,  gestionnaires d’espaces verts

PROPAGE : Le PROtocole PApillons Gestionnaires, porté par Noé conservation, est basé sur l’observation des papillons de jours. Il fournit un indicateur de la qualité écologique d’un espace ainsi qu’un outil d’aide à la décision pour des pratiques de gestion favorable à la biodiversité. http://vigienature.mnhn.fr/propage

 

Mots clefs : expert, biodiversite

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