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Acteurs du Paris durable - Flore Berlingen

Invité du mois

Flore Berlingen

Novembre 2014 -
Directrice de Zéro Waste France (ex-Cnidd), association de protection de l'environnement spécialiste de la question des déchets, Flore Berlingen travaille sur des enjeux environnementaux et de politiques publiques nationales et territoriales depuis 6 ans dans le milieu associatif. Également co-fondatrice de OuiShare, le collectif et “think and do-tank” de l’économie collaborative, elle y explore les logiques circulaires permettant de préserver nos ressources et réduire nos déchets. Elle a répondu à nos questions.
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1/ Selon vous, une société sans déchets est-elle vraiment possible ?

Tout dépend de ce que l’on met derrière le mot “déchet”. Dans un écosystème naturel, les déchets des uns sont les ressources des autres, et la logique circulaire régit l’ensemble de la matière. La décomposition de la matière organique en humus, qui nourrit à son tour la croissance des plantes en est l’exemple le plus facile à se représenter. On peut donc considérer qu’il n’existe pas de “déchet” ultime dans la nature.

C’est cet exemple qui nous guide dans la perspective d’une société “zéro déchet”, qui pour l’instant est un horizon lointain car la majorité des déchets de nos activités humaines ne s’inscrivent pas malheureusement dans un cycle :

> soit parce qu’on ne les dirige pas vers le cycle qu’ils devraient en toute logique rejoindre (c’est le cas pour les biodéchets de nos cuisines par exemple, qui pourraient être compostés, et qui sont en règle générale envoyés vers des incinérateurs ou des décharges)

> soit parce que ce cycle n’existe pas (on ne sait pas recycler les déchets nucléaires et, en ce qui concerne les déchets ménagers, certains matériaux ou composants posent problème, souvent du fait de leur toxicité)

> soit parce que la boucle du recyclage est imparfaite (le plastique par exemple, ne se recycle pas à 100% ni à l’infini…).

Plusieurs villes à travers le monde ont pris le contrepied de cet état de fait et fait du “zéro gaspillage” leur mot d’ordre. Elles compostent ou recyclent 80 % de leurs déchets (contre environ un tiers en moyenne en France) et visent avant tout la réduction des déchets à la source par la réutilisation, la réparation, le réemploi et cherchent à peser sur les producteurs pour favoriser l’éco-conception. Ainsi, les habitants de la province de Trévise en Italie ne produisent plus chacun que 53 kg par an de déchets résiduels (contre 354 kg en France), et se fixent pour objectif de tomber à 10 kg d’ici 2022… On n’en est donc pas encore à zéro, mais on s’en rapproche !

 

2/ Le "Centre national d’information indépendante sur les Déchets" est récemment devenu "Zéro Waste France". Qu’est ce que ça change ?

Le Cniid a changé de nom en effet, avec plusieurs objectifs : refléter plus clairement notre identité d’ONG indépendante, qui ne transparaissait pas de manière évidente sous l’ancien intitulé ; afficher nos liens avec les autres associations et collectifs travaillant sur la réduction des déchets en Europe et dans le monde, avec qui nous coopérons depuis des années ; enfin et surtout, rendre notre mot d’ordre plus lisible pour le public non spécialiste de la question des déchets. C’est aussi pour toucher ce public un peu plus large que nous publions ce mois-ci un livre intitulé “Le scénario Zero Waste*”.

Il est clair que ce changement porte déjà ses fruits : nous avons beaucoup plus de contacts, de sollicitations de la part de personnes, groupes ou collectivités qui souhaitent s’engager dans la démarche “Zero Waste” et qui ne nous connaissaient pas auparavant.

De fait, il entraîne de nouveaux challenges (puisque nos moyens sont pour l’instant constants) et des questionnements inédits : par exemple, quel positionnement adopter vis à vis des acteurs territoriaux qui nous sollicitent pour les accompagner dans leur démarche “Zero Waste” ? Plutôt que de nous engager dans des relations bilatérales, nous avons fait le choix d’y répondre de manière collective, au travers d’un programme de formations, voyages d’études, conférences et interventions permettant à ces acteurs de s’approprier la démarche, de s’outiller et d’échanger avec les territoires déjà engagés. Cela nous permet de conserver notre liberté de parole et d’action, bref, notre identité d’ONG.

 

3/ Concrètement, quelles actions les Parisiens peuvent-ils mettre en place ?  

Pour les Parisiens qui veulent aller au-delà des éco-gestes de base (utiliser un sac réutilisable, etc.), l’action qui me paraît avoir le plus d’impact, c’est le tri à la source des biodéchets pour les composter. Les déchets organiques représentent en moyenne au moins 30% de nos poubelles, un peu plus lorsque l’on mange beaucoup de fruits et légumes. A Paris, le compostage peut se pratiquer en collectif (pied d’immeuble ou composteurs de quartier) ou bien au niveau individuel même en appartement grâce au lombricompostage.

Agir sur ce flux de déchets a non seulement un impact radical en termes de réduction des déchets mais cela permet aussi d’enrayer l’appauvrissement de nos sols (ou de nos jardinières !). Il faut sortir cet “or vert” de nos poubelles !

Les emballages continuent de représenter une consommation énorme de ressources naturelles, et ce même s’ils sont recyclables. En effet,  le processus de recyclage consomme lui-même de l’eau, de l’énergie et des matières premières, même s’il est beaucoup plus économe que le processus initial de production. La meilleure solution consiste à les éviter toutes les fois que c’est possible, et notamment pour les fruits et légumes et autres produits que l’on peut acheter en vrac ; parfois cela implique d’insister auprès du commerçant, ce qui n’est jamais très agréable, mais c’est comme cela que l’on peut faire changer progressivement les choses…

Aller plus loin :

> Zéro Waste France

> OuiShare

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Mots clefs : expert, dechets

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