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Acteurs du Paris durable - Corinne ROPITAL

Invité du mois

Corinne ROPITAL

Septembre 2018 -
Corinne Ropital est urbaniste économiste à l’IAU ÎdF (Institut d'Aménagement et d'Urbanisme d'Île-de-France). Ses missions portent sur la logistique, notamment urbaine, en Île-de-France. Il s’agit d’analyser les stratégies des acteurs, les modes de consommer, les innovations, qui se traduisent en enjeux pour les territoires et de proposer des actions, avec un objectif : contribuer à la prise en compte des logistiques durables dans les documents d’urbanisme et les plans stratégiques des territoires.
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1/ Pour faire face, entre autres, aux problématiques environnementales, une nouvelle logistique urbaine se développe : quelle est-elle ?

La logistique se définit comme l’organisation mise en place pour acheminer le bon produit, au bon endroit, au bon moment et au moindre coût. Avant d’arriver dans une boîte aux lettres, un produit « emprunte » différents moyens de transport – bateau, train, camions, vélos….- et transite par une série d’entrepôts. La logistique urbaine est le dernier maillon de cette chaîne. Elle teste, développe une diversité de solutions qui ont une dimension environnementale. Il s’agit d’alternatives à la route (fluviale ou ferroviaire), au diesel (gaz, électrique), des services à 2 ou 3 roues, voie à pied. Ce sont aussi des espaces logistiques qui reviennent en ville.  
Le transport ferroviaire dominait très largement les modes terrestres dans les années 50. Depuis, l’organisation économique a changé, entraînant la montée en puissance de la route. En 2018, celle-ci absorbe 90% des échanges de marchandises en Île-de-France et le fer moins de 5%. Cela peut sembler faible, mais il faut pouvoir concilier trafic fret et voyageurs sur un réseau en tension, tout comme les espaces embranchés fer convoités pour y densifier la ville. Les mobilités du futur, voyageurs et fret, seront peut-être des opportunités de nouveaux trafics. Aujourd'hui à Paris, Chapelle International inaugurée récemment est conçu pour accueillir des navettes ferroviaires. 
Côté fluvial, le territoire parisien a la chance d’être au cœur du 1er bassin navigable de France. La plateforme de Gennevilliers de 400 hectares génère 3.6 millions de tonnes par voie d’eau. Ces dimensions n’enlèvent en rien le rôle essentiel des ports urbains. Ceux de Paris traitent plus de 2 millions de tonnes sur des espaces très limités, souvent partagés avec les promeneurs. Les maintenir permet de limiter la congestion routière, nourrir la ville, la (re)construire. C’est ainsi que Franprix amène des produits de grande consommation par voie d’eau au pied de la tour Eiffel, depuis Bonneuil sur Marne.   
Les enjeux environnementaux portent aussi sur l’évolution des organisations et des nouvelles énergies des transports routiers. C’est un défi quotidien pour les transporteurs face à l’explosion de ecommerce et des stratégies des majors qui offrent les livraisons en à peine quelques heures.    

 

2/ Ce retour depuis quelques années des services de livraison à vélo, des artisans à vélo,  a-t-il un impact positif sur l’empreinte écologique des transports ? 

Le vélo livreur est un nouveau maillon « mini » qui s’inscrit dans une chaîne logistique beaucoup plus longue et massive. Son principal atout est de ne produire aucun CO2 lorsqu’il circule. Il est difficile de mesurer leur impact. Les chiffres montrent que le trafic routier (collectif, particuliers et marchandises) est la première source d’émission d’oxyde d’azote (56%) et de gaz à effet de serre (32%). Les poids lourds (20% des GES) sont les deuxièmes émetteurs de polluants routier, derrière les véhicules des particuliers (51%) et devant les véhicules utilitaires légers. Quoi qu’il en soit, ces nouveaux modes à 2 ou 3 roues évitent la reprise des marchandises par un véhicule utilitaire « au bout du bout » dans le périmètre urbain. Enfin ils proposent et réinventent des services de proximité en lien avec les métiers positionnés dans la ville, et s’inscrivent dans cet urbanisme dense. 

3/ Quels sont les profils de ces artisans, entrepreneurs, commerçants qui utilisent la livraison à vélo ? 

Plombiers, ébénistes, déménageurs, coiffeurs, boulangers, etc.

Les métiers des cyclo travailleurs sont très variés. D’un côté, ce sont des artisans, micro-entrepreneurs, … de l’autre, ce sont des coursiers à vélos. Ces derniers, les plus visibles dans la rue, ont fortement progressé suite à l’arrivée sur internet des plateformes de livraison de repas « en direct » des restaurants. Ils sont majoritairement micro-entrepreneurs. 
Le passage au vélo a été un acte citoyen pour certains, ou un moyen de se démarquer sur le marché. Pour d’autres, le gain de temps dans la circulation a été le facteur déclencheur. Il y a aussi des passionnés de vélos. Quant au plus grand nombre -  les coursiers livreurs – il s’agit d’une source de revenu. 
 

4/ Ces nouveaux modes de livraison urbains ont-ils une limite ?

200 millions de tonnes de marchandises sont transportées chaque année par les poids lourds en Île-de-France. Et ces chiffres n’incluent pas les véhicules utilitaires légers. La mondialisation et l’éloignement des entrepôts du cœur parisien ont entraîné un accroissement des distances parcourues par les marchandises sur le dernier kilomètre devenus derniers kilomètres.
Les vélos cargos peuvent transporter 200 voire 300 kilos. Les artisans ont besoin de limiter les distances pour respecter les délais. La question du stationnement du véhicule cargo et du stockage du matériel se pose, dans des territoires où le mètre carré privé est rare, cher, et où le mètre carré public est partagé par de nombreux usages. Enfin, les conditions de travail difficiles des coursiers apparaissent régulièrement dans la presse. L’uberisation n’épargne pas cette population de plus en plus composée d’individus qui font de la course à vélo leur activité principale, activité peu rémunératrice et à risque. 

 

5/ Comment voyez-vous l’avenir de la logistique à vélo ?

La livraison à vélo fait partie d’un ensemble d’offres transport qui se multiplient, se relaient. Leur pouvoir d’adaptation a participé au développement de la livraison à domicile quasi instantanée proposée par les e-commerçants, sans répercussion financière pour le consommateur. Cela peut impacter son empreinte écologique (un emballage en plus, rempli de vide, un échec de livraison, etc.). A Paris, comme ailleurs, la livraison à domicile est privilégiée. Se rendre dans les commerces pour faire ses courses ou retirer ses commandes, en étant à pied, à vélo voire en transport en commun participerait à la diminution de l’empreinte écologique des derniers mètres. L’enquête IAU réalisée en 2015 a montré que 72% des Parisiens se rendaient à pied à leur point relais. Ce mode actif est déjà ancré dans les habitudes des Parisiens, grâce aussi au tissu commercial et artisanal de la capitale largement développé. Il s’agirait donc de « cliquer » plus souvent sur les modes de livraison « hors domicile » quand on finalise la commande. Le consommateur, Parisien ou non, est devenu un acteur influant la logistique. En prenant conscience de son impact, il pourrait faire bouger les lignes. 

 

Le carnet pratique «  la logistique, fonction vitale » est la dernière publication de l’IAU sur le sujet.

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Mots clefs : vélo

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