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Acteurs du Paris durable - Eloïse Moigno

Invité du mois

Eloïse Moigno

Mars 2018 -
Thème du mois: 
Eloïse Moigno est fondatrice de SloWeAre, une plateforme d’information qui sensibilise le consommateur à la mode éthique et lui apporte toutes les solutions pour simplifier sa transition vestimentaire. Cette jeune entrepreneure a été récemment finaliste du concours Miss Bio 2017
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1/ Quel est l’impact de l’industrie de la mode sur l’environnement ?

L’industrie textile est responsable à hauteur de 17 % à 20 % de la pollution des eaux, ce qui la place au 2e rang des industries les plus polluantes au monde après la pétrochimie, secteur duquel elle est elle-même ultra-dépendante.

De plus, l’industrie textile dépend majoritairement de matières non-renouvelables : plus de 70 % de nos vêtements sont réalisés à partir de fibres chimiques, majoritairement synthétiques et dérivées du pétrole (polyester, acrylique) ou artificielles comme l’acétate, la viscose (fibre de bois dont le procédé de transformation est très polluant).

La confection de nos vêtements, toutes étapes confondues (production, transport, puis destruction du surplus par combustion ou enfouissement) génère 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre chaque année (source : Le Guardian).

Pour réaliser un jean, il faut 10 000 litres d’eau, soit l’équivalent de 160 douches. Tous les processus de fabrication mis bout à bout, un jean fait 1,5 le tour de la terre avant de se retrouver dans notre penderie. Soit approximativement 65 000 kilomètres parcourus par les composants et les matières premières. Multipliez cela par les 2 milliards de jeans produits chaque année dans le monde ☹

La culture du coton n’occupe que 2,5 % de la surface de la planète, et pourtant elle est ultra-consommatrice d’intrants chimiques comme des engrais, des insecticides et des pesticides.

On ne le sait pas assez, mais selon la dernière étude Greenpeace, 61% des vêtements testés contenaient des substances nocives dont les colorants. Quand on sait que notre peau est un organe perméable et représente 2 m² de surface, cela laisse à réfléchir.

2/ Quelle est l’évolution de nos habitudes de consommation dans ce domaine ? Les consommateurs sont-ils prêts à passer à une mode plus éthique ?

Le vêtement n’est pas un simple objet de consommation, c’est un outil de valorisation et de représentation sociale qui nous permet d’exprimer notre personnalité, nos goûts ou nos émotions. Force est de constater qu’avec la fast-fashion, la globalisation de l’offre induit une uniformisation de l’habillement, nous finissons malgré nous à nous habiller tels des clones, nos dressings deviennent interchangeables, que l’on vive à Paris, à Londres ou à New York.

Heureusement ces dernières années, la consommation responsable s’est développée: le consommateur considère avec plus d’attention les conditions de fabrication et leur éventuel impact environnemental et social. Cette prise de conscience s’est notamment traduite par l’essor d’une consommation durable et responsable dans les secteurs alimentaires et cosmétiques. Suite aux scandales répétés dans le marché de l’habillement, notamment celui du Rana Plaza au Bangladesh, 62 % des consommateurs français déclarent souhaiter être mieux informés sur les conditions de fabrication de leurs vêtements et accessoires de mode.

Leurs motivations sont d’abord personnelles. Acheter responsable est source de plaisir et satisfaction parce que l’on a le sentiment de participer à une mode plus juste. C’est préférer la qualité à la quantité pour une garde-robe durable au porter agréable (mon leitmotiv), avec des matières naturelles plus douces (coton Pima, lin, Lyocell), des coupes bien pensées. Sur le long terme cela représente aussi une réduction du budget vestimentaire.

L’aspect social et environnemental est également prépondérant. Nous sommes de plus en plus nombreux à privilégier des articles de mode garantissant le respect des droits de l’homme et des salaires décents aux travailleurs du textile, nous utilisons notre portefeuille comme un bulletin de vote. On constate également un engagement pour la seconde-main qui demeure une alternative intéressante pour prolonger la durée de vie d’un vêtement. De plus en plus de marques ont décidé de proposer un prix juste toute l’année telles que JULES & JENN ou 1083, un bon moyen de ne pas reproduire le système perverti de la fast-fashion.

La mode éco-responsable est un bon moyen de travailler son look, tout en se faisant plaisir. C’est une mode très positive qui fait sens à plusieurs niveaux : la nature, les travailleurs et leur famille, et même soi-même !

Et oui, une robe à 15 € associée à un jean à 30 € et sa petite blouse à 7 €, cela revient à dépenser 52 € que vous auriez pu économiser pour acheter une petite blouse en coton Pima chez Bombon de Algodon ou Le Sourire Multicolore.

Notre inspiration chez SloWeAre est de sensibiliser le consommateur à la mode éthique et de lui apporter toutes les solutions pour simplifier sa transition vestimentaire. Rien ne sert de courir pour avoir une garde-robe éco-responsable, les choses se font dans la durée. Trier son dressing, apporter ses vêtements à une association caritative, chiner et aller à la rencontre des marques de mode éthique quand vous avez besoin d’un nouveau vêtement… La démarche se fait pas à pas.

La Plateforme SloWeAre propose plusieurs façons de repenser la mode quel que soit le budget. SloWeAre est une boîte à outils qui rassemble :

Un guide des boutiques éco-responsables pour savoir (enfin) où acheter des vêtements plus éthiques. Chaque marque, boutique est auditée selon des critères très stricts permettant de valider ses engagements éco-responsables et d’éviter tout risque de greenwashing.

Un magazine en ligne inspirant pour s’informer et aider à simplifier sa vie vestimentaire

Des événements pour se rencontrer dans la vraie vie : Ecofashion Tours, Afterworks etc.

Une communauté dédiée à l’entraide pour une garde-robe plus Green via @Happy New Wear

L’art de mieux consommer est avant tout plaisir : celui de se recentrer sur l’essentiel et de ralentir la pression.

3/ A l’instar du gaspillage alimentaire, peut-on parler de « gaspillage vestimentaire » ?

La mal-fringue est à la Fast-Fashion ce que la mal-bouffe est au Fast-Food. Selon la dernière étude réalisée par la Fondation Ellen Mac Arthur, une personne achète 60 % de vêtements de plus qu’il y a 15 ans. Et chaque personne garde chaque pièce 2 fois moins longtemps. Rien qu’en France, les Français achètent plus d’un jean par an.

En moyenne, une femme française achète 20 kg de vêtements par an tandis que les 2/3 des vêtements de son dressing ne sont jamais portés. Au final 442 millions d’euros sont jetés par les fenêtres chaque année.

Les magazines de mode féminins nous font croire que le bonheur c’est d’avoir des vêtements plein les armoires!

Dernièrement, l’un d’entre eux conseillait d’avoir à minima 10 paires de jeans dans son dressing. Plus qu’il n’en faut pour s’habiller sur une semaine de 7 jours.

Depuis le 20e siècle, les vêtements sont de plus en plus considérés comme jetables et l’industrie est devenue fortement globalisée, avec des vêtements souvent imaginés dans un pays, fabriqués dans un autre, cela fait deux voire trois pays différents si on compte les différentes étapes de confection. Les grandes enseignes de mode peuvent nous proposer jusqu’à 52 collections par an, imaginez, 1 par semaine alors que le rythme classique est de 4 collections par an en suivant le calendrier des saisons. Des modèles fabriqués dans des pays à bas coûts de production où le salaire ne permet ni de se nourrir, ni de se loger décemment et qui finalement se retrouvent dans nos poubelles.

Une psychologue de la consommation Kit Yarrows rapportait dans l’une de ses interviews la vraie problématique liée aux vêtements : « quand on fait un achat de mode, on s’imagine comme le héros d’un film où on part en croisière, on est invité à des soirées de gala, on est plus beau/belle que ce que l’on est réellement ». Bref, on achète la personne qu’on imagine pouvoir devenir. Et ça l’industrie de la Fast-Fashion l’a bien compris.

4/Quelles solutions pour y remédier ? Technologique ? De l’industrie ? ? Des consommateurs ?

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que des solutions existent !

De plus en plus de marques réfléchissent la production en se basant sur l’éco-conception et l’éco-frugalité où « rien ne se perd, tout se transforme ». Le label Une Autre Mode est Possible rassemble des acteurs et designers textiles indépendants autour d’une signature minimaliste, d’innovation circulaire. About A Worker par exemple donne l’opportunité aux ouvriers de matérialiser leur histoire et leur vision de l’industrie, par le design et la production de collections en collaboration avec l’équipe. La Petite Mort est une jeune marque de streetwear qui fusionne les codes urbains contemporains avec l’héritage textile des Andes, en œuvrant pour limiter l’impact environnemental.

Des marques garantissent leurs produits à vie ou dans la durée. Tom Cridland propose dans sa collection des vêtements de fabrication européenne garantis 30 ans. Le site Buy Me Once en a d’ailleurs fait sa spécialité en référençant quelques vêtements de marques éco-responsables.

Chez BonneGueule, chaque vêtement est testé, afin d’allonger la durée de vie du vêtement. La marque prévoit d’ailleurs par avance les retouches des produits par l’ajout de matière supplémentaire si la personne prend ou perd du poids, et offre de nombreux services de retouches et d’entretien en boutique pour allonger la durée d’usage du produit.

La start-up Hopaal résout le problème lié aux déchets plastiques. Grâce à un nouveau procédé de fabrication, le filage des chutes de coton bio (60 % de la matière) avec des fibres de polyester recyclé (issu de bouteilles en plastique usagées) permet d’obtenir des propriétés mécaniques équivalentes à un fil 100% coton (dont les fibres sont neuves). La marque propose ainsi des sweats, des tee-shirts et même le pull du futur Made in France 100% recyclé.

5/ Des conseils pour les Parisien-ne-s

Le constat lié à l’industrie de la mode est difficile à lire. Il implique une réelle prise de conscience mais notre message avec SloWeAre se veut être avant tout positif ! S’habiller doit rester un réel plaisir. Plus nous serons nombreux à soutenir de jeunes initiatives qui proposent une nouvelle manière de penser la mode, plus l’impact sera positif et durable dans le temps.

Affranchissez-vous des diktats de la mode, créez votre style ! Faites du tri dans votre dressing, et apprenez à créer votre propre style. Allez flâner du côté de République ou de Montmartre, de jolies petites boutiques vous accueilleront avec plaisir et vous présenteront leur démarche et vous expliqueront comment elles contribuent à une mode plus juste. SloWeAre propose d’ailleurs régulièrement des Ecofashions Tours afin de faire découvrir les boutiques et les ateliers de créateur de mode responsable ou dans notre guide des boutiques.

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Mots clefs : mode éthique

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