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Acteurs du Paris durable - Vincent VIGUIÉ

Invité du mois

Vincent VIGUIÉ

Octobre 2018 -
Thème du mois: 
Vincent VIGUIÉ est chercheur au CIRED, Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement, qu'il a rejoint en 2009, après avoir travaillé à la Banque Mondiale. Il travaille sur les politiques climatiques et sur l'économie de l'adaptation aux impacts attendus du changement climatique."
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1/ Face au changement climatique que recouvre le terme d’adaptation ?

Le changement climatique peut avoir des impacts profonds sur nos sociétés. La recherche est très active aujourd’hui pour affiner nos connaissances sur ceux-ci, mais une idée simple est connue avec une quasi-certitude : la gravité des impacts dépendra en grande partie de notre réaction, et notamment du fait de savoir si nous avons pu anticiper ces impacts et nous y préparer. Les actions que nous devons faire pour nous préparer aux impacts que le changement climatique va avoir - et à ceux qu’il peut dès à présent causer - est ce qu’on appelle « l’adaptation ». Il s’agit d’un enjeu qui s’ajoute à l’autre grande question sociétale posée par le changement climatique et que l’on nomme « l’atténuation » : la question de comment réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Bien entendu, les deux questions sont très liées, et l’atténuation est la question qui se pose avec le plus d’urgence : moins nous émettrons de gaz à effet de serre, et plus l’adaptation au changement climatique sera simple. Mais il est essentiel de ne pas négliger la question de l’adaptation, car, même si nous parvenions à stopper brusquement toute émission de gaz à effet de serre, ceux que nous avons d’ores et déjà émis dans l’atmosphère depuis la révolution industrielle ont déjà commencé à modifier le climat.

2/ Quels seront les phénomènes auxquels Paris sera confronté ?

Dans un territoire comme la région parisienne, il y a deux types d’impacts très distincts que le changement climatique peut provoquer. Le premier type d’impacts, que l’on peut qualifier d’impacts « directs », correspond aux conséquences des phénomènes que le changement climatique va localement engendrer. Il s’agit notamment, l’hiver, d’une forte réduction du nombre de jours de gel et d’une augmentation du risque de pluies intenses pouvant entraîner une crue de la Seine. L’été, il faut s’attendre à une augmentation importante des jours de forte chaleur, pouvant avoir des impacts sanitaires graves ou pouvant entraîner une augmentation massive de l’énergie consommée pour la climatisation. Certains modèles climatiques indiquent ainsi que, si les émissions de gaz à effet de serre mondiales continuent au rythme actuel, le climat de Paris à partir des années 2070 correspondra à peu près au climat qu’il y a actuellement dans le sud de l’Espagne, à Séville. Les impacts économiques de ce type de changement ne sont pas simples à anticiper, mais on peut par exemple s’attendre à une baisse du tourisme en été au profit des mois plus froids. D’autres impacts peuvent également résulter de l’action du changement climatique sur les écosystèmes, avec par exemple l’arrivée de maladies transmises par des vecteurs qui auparavant ne se développaient pas à Paris (moustique tigre, par exemple).

À ces impacts « directs », il faut également ajouter les impacts « indirects », c’est à dire les impacts que le changement climatique peut avoir via phénomène se produisant loin de Paris. Il s’agit ici par exemple du risque de migrations massives internationales pouvant être liées à la montée du niveau de la mer ou à des baisses de rendements agricoles. Le changement climatique peut entraîner une augmentation du risque de tensions internationales, et favoriser le déclenchement de conflits. La possibilité d’une baisse mondiale des rendements agricoles engendrant des problèmes d’accès généralisés à certains produits alimentaires (par exemple le café), est une question aujourd’hui très débattue, mais qui ne peut être exclue.

3/ Des stratégies d’adaptation sont-elles déjà engagées par des Villes ?

Face à ces impacts, de nombreuses actions sont engagées par les villes et les états. Tout d’abord, il faut savoir que la question de l’adaptation, et de son financement pour le pays en développement, est une des questions majeures des négociations internationales sur le climat.

De nombreux pays, dont la France ainsi que la plupart des pays européens, ont mis en place des stratégies nationales d’adaptation. La stratégie française, le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique, a ainsi été adopté en 2011, et une nouvelle version de ce plan est en cours de finalisation.

Au niveau local, toutes les intercommunalités françaises de plus de 20.000 habitants ont l’obligation de mettre en place une stratégie d’adaptation dans le cadre de leur Plan Climat Air Energie Territoire, mais les actions sont d’ambitions très variables suivant les villes. La Ville de Paris a fait de sa stratégie d’adaptation un des axes importants du Plan Climat qu’elle vient d’adopter, et cette stratégie regroupe de nombreuses mesures visant à réduire la vulnérabilité face aux canicules, aux inondations, aux potentiels problèmes d’accès à l’eau ainsi qu’à certains potentiels problèmes sanitaires. Il en va de même à Lyon, également. A l’étranger, la ville de New York est particulièrement active sur le sujet, et a une stratégie qui aborde, en sus des thèmes existant à Paris, la question de la montée du niveau de la mer et de la vulnérabilité aux ouragans.

4/ Avez-vous des conseils à donner aux Parisiens ?

Le conseil principal que j’aurais à donner est, tout d’abord, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre le plus possible. En effet, il ne faut pas imaginer que les actions d’adaptation que l’on peut mettre en place puissent annuler les impacts du changement climatique : elles peuvent permettre de les réduire efficacement, mais les impacts résiduels restent importants. De plus, le coût de l’adaptation est lui-même loin d’être anodin.

Sinon, un point important, est, il me semble, de garder à l’esprit que le climat va progressivement évoluer au cours des années à venir, et, lorsque l’occasion se présente, de prendre cela en compte. Un certain nombre de mesures peuvent ainsi permettre de limiter les entrées de chaleur en été dans les logements, comme par exemple l’installation de volets extérieurs si son habitation en est dépourvue, ou encore l'isolation des toitures lorsque celle-ci n'est pas très bonne (lors des canicules, les appartements au dernier étage sont particulièrement menacés). Cela peut signifier aussi d’anticiper que certains changements structurels peuvent se mettre en place: il est par exemple possible qu’à moyen terme, sur le marché immobilier, les orientations face au sud se transforment en décote alors que c’est en général l’inverse à Paris pour le moment.

Je conseille 2 publications instructives de l'Agence Parisienne du Climat :

 

Comment adapter le territoire parisien aux futures canicules, Pistes et stratégies d’adaptation

 

Changement Climatique à Paris, Evolution du climat à Paris, depuis 1900, quel climat futur ?

 

Et pour une approche plus légère tout en restant rigoureuse, je conseille cette bande dessinée de Pénélope Bagieu qui parle d'adaptation aux canicules, suite à une conférence organisée sur un de mes projets de recherche.

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Mots clefs : resilience, climat

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