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Acteurs du Paris durable - Allain Bougrain Dubourg

Invité du mois

Allain Bougrain Dubourg

Mai 2018 -
Thème du mois: 
Grand défenseur de la cause animale, Allain Bougrain Dubourg, qui vient de publier "Lettres des animaux à ceux qui les prennent pour des bêtes" aux éditions Les échappés, est journaliste, producteur, réalisateur et Président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO). Il est le premier parrain du « Faites le Paris de la biodiversité » et nous fait l’honneur de partager son analyse sur la biodiversité urbaine avec nous.
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1/ Pourquoi est-il essentiel pour notre avenir de préserver la biodiversité ?

ABD : nous avons compris l'urgence d'endiguer les gaz à effet de serre pour lutter contre le réchauffement climatique, en revanche le déclin de la biodiversité n'a pas encore réveillé nos consciences. Je considère que l'indifférence que nous lui portons s’apparente à un crime contre l'humanité, tant il est vrai que nous ne pourrons pas nous passer de la nature pour vivre sur la planète. Or, tous les indicateurs sont au rouge, il y a urgence à renflouer l'arche du vivant qui prend l'eau de toutes parts. L'ennui, c'est que l'on est tenté de protéger prioritairement les espèces dites utiles, comme les abeilles (pollinisatrices) en laissant de côté celles "qui ne nous servent à rien". C'est une faute éthique et pratique car tout est lié. La notion d'utile ou de nuisible est dépassée, la science parle désormais du tissu du vivant.

2/ Quel rôle les villes peuvent-elles jouer dans la préservation de la biodiversité ?

ABD : les villes ont largement participé à l'artificialisation qui a rongé les terres agricoles ou naturelles, elles ont donc un impact négatif sur la biodiversité. Mais on voit aussi qu'elles peuvent se transformer en « refuges » pour une multitude d'espèces animales et végétales, surtout depuis l'interdiction des traitements à base de pesticides. En hiver, elles conservent une température supérieure, ce qui permet à beaucoup d'animaux de se protéger contre les rigueurs du froid. Par ailleurs, il n'y a pas de chasse. Enfin, la ville peut amener une grande diversité de supports végétaux, notamment grâce aux cimetières. Les éléments attractifs ont permis au faucon pèlerin de venir nidifier à Paris ce qui, symboliquement, marque une véritable renaissance. Par ailleurs, beaucoup de villes ont été aménagées autour de fleuves ou de plans d'eau. Si l'on parvient à en restaurer la qualité, ces milieux sont essentiels pour le vivant aquatique.

3/ Paris vient d’adopter son nouveau Plan Biodiversité 2018-2024, quelles en sont, selon vous, les mesures phares ?

ABD : D'abord, je note qu'il a été adopté à l'unanimité avec quelques amendements légitimes, ce qui prouve que nos élus prennent vraiment en compte cette question. Ensuite, il y a eu la reconnaissance d'un premier plan qui méritait un second souffle, ce qui montre une lucidité et la volonté d'une évolution. Parmi les 30 actions regroupées en 3 axes, j'apprécie la prise en compte de la biodiversité dans les textes règlementaires d'urbanisme, en n'omettant pas l’indispensable Trame Verte et Bleu. Par ailleurs, il y a un vaste programme de sensibilisation des acteurs en faveur de la biodiversité. Cette démarche est essentielle car nous devons tous nous emparer de cette question et agir, chacun à notre niveau. Les refuges LPO, réalisés même sur les balcons, participent de la résilience et font le bonheur de ceux qui s'engagent.

4/ Comment la LPO contribue-t-elle à la présence d’une faune et d’une flore diversifiés à Paris ?

ABD : tout récemment, elle s'est associée au CORIF pour devenir une grande LPO Île-de-France avec une solide compétence d'expertise et une bonne expérience d'éducation et de sensibilisation à la nature.

La LPO est force de propositions en participant à de nombreux travaux de concertation mais elle peut aussi jouer le rôle de lanceur d'alerte, ce qui doit rester pertinent, même si il y a une étroite collaboration avec la ville. Avec des mairies d’arrondissements nous travaillons en confiance et, progressivement, le vivant a retrouvé ses marques dans des arrondissements, même très urbanisés, de Paris. C'est encourageant !

5 / Vos spots favoris à Paris ?

ABD : j'ai une tendresse toute particulière pour la Seine, toujours en mouvement, qui accueille une faune aquatique merveilleuse. Mais j'aime le vagabondage dans Paris. Avec 637 espèces végétales, et 1 300 espèces animales recensées, on mesure le potentiel de découvertes !

6/ Que peut on espérer pour Paris ?

ABD : que le plan d'action biodiversité se réalise avec l'ambition espérée. Actuellement au Conseil Economique Social et Environnemental nous travaillons sur une saisine consacrée à la nature en ville. On constate que la biodiversité ne se limite pas à l'aimable chant des oiseaux. Plantes et bêtes participent à réduire les températures en été, à favoriser l’équilibre sanitaire, à développer les potentialités de loisirs, à créer un lien entre les habitants, etc... Même l'agriculture urbaine ne relève plus du gadget. Si nous réussissons « Le Paris de la biodiversité », nous offrirons aux citoyens une meilleure qualité de vie. Et j'espère que notre modèle pourra faire référence. En clair, d'autres pourront se dire : "Paris l'a fait, pourquoi pas nous ?".

Cela dit, il faudra également s'attarder sur la bonne intégration des animaux de compagnie en ville. Paris fera des propositions dans ce sens prochainement.

En savoir plus : site de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO)


(c) Crédits photo : Michel Pourny


Portrait vidéo du mois : Partez en balade avec Christophe de Hody, fondateur du Chemin de la Nature, et initiez-vous à la cueillette de plantes sauvages comestibles et médicinales à Paris. Passionné et passionnant, Christophe partage ses connaissances au cours de sorties, ateliers, stages, vidéos... Voir la vidéo

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Mots clefs : biodiversite

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