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Acteurs du Paris durable - François CHIRON

Invité du mois

François CHIRON

Avril 2019 -
François CHIRON est chercheur à AgroParisTech. Il étudie actuellement les synergies agricoles et écologiques sur la biodiversité et les services qu’elle rend, tant pour les agriculteurs que pour l'ensemble de notre société.
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1 / La biodiversité en ville est-ce une réalité et comment évolue-t-elle depuis ces dernières années ?

A l’échelle mondiale, les villes se sont développées dans les régions les plus riches en ressources naturelles. Il n’est donc pas étonnant d’y retrouver une diversité parfois importante d’espèces animales et végétales. Les villes sont donc tout sauf un désert écologique ! Cette diversité insoupçonnée est de mieux en mieux connue par les naturalistes et les scientifiques C’est probablement plusieurs milliers d’espèces de plantes, d’oiseaux, d’insectes, d’algues, de champignons, de mollusques, d’araignées, etc. qui vivent à Paris.

Cependant, des pans entiers de ces écosystèmes sont encore à explorer : quelle part de la biodiversité mondiale y vit ? Comment ces organismes interagissent-ils entre eux ? A quelle vitesse s’adaptent-ils aux conditions de vie urbaines, etc. ?

La biodiversité urbaine n’est pas figée, de nouvelles espèces colonisent la ville régulièrement, peuvent s’y maintenir pendant des siècles ou y péricliter en fonction de l’évolution des paysages urbains. Ces dernières décennies, on observe néanmoins une diminution rapide de l’abondance de la faune et de la flore urbaines en Ile-de-France, à l’image de l’effondrement constaté dans les paysages agricoles, eux aussi très touchés par la perte de biodiversité.

 

3/ La mesure marquante, selon vous, mise en place récemment pour l’essor de cette biodiversité en ville

La ville reste un milieu très contraint pour la nature ; perte et fragmentation des habitats, pollutions diverses, dérangement, etc. Même si nos actions en sa faveur ne sont pas assez rapides et à la hauteur des enjeux, il y a du positif néanmoins. L’interdiction d’utiliser des pesticides de synthèse dans les espaces privés et publics (Lois Labbé 2017 et 2019) va offrir de nouvelles opportunités pour une plus grance diversité d’espèces de plantes, celles-ci conditionnant le retour des insectes, de leur prédateurs (mammifères, oiseaux, chauves souris, etc.), toute une chaîne alimentaire. La mise en place de trames écologiques pour rendre les villes plus perméables au vivant est certainement la politique actuelle la plus efficace à long terme pour le retour de la nature en ville.

 

4/ Quels rôles les villes pourraient-elles jouer dans la préservation de cette biodiversité ?

La ville est considérée comme un habitat à part entière pour des espèces pré-adaptées à cet environnement, c’est-à-dire capable de s’implanter dans des milieux très minéralisés, c’est le cas de la Doradille des murailles, de la Fouine ou du Pigeon biset. Mais conserver la nature urbaine ne se limite pas à ces quelques espèces ultra-spécialistes ; les villes doivent accueillir les autres espèces, notamment celles en déclin à l’échelle nationale. Ce sont des espèces rares qui persistent tant bien que mal en ville, et les plus communes (hirondelles, moineaux, verdiers, etc.) dont l’effondrement rapide des populations est préoccupant. On doit imaginer des villes plus perméables pour les organismes qui l’habitent mais aussi pour ceux qui la traversent : des millions d’oiseaux survolent la ville chaque année pour leur migration à leurs risques et périls, animaux et des plantes se déplacent en réponse au réchauffement climatique, trouvant routes et immeubles sur leur chemin. Enfin, la ville doit diminuer son empreinte environnementale sur les paysages voisins dont elle dépend pour son alimentation, son énergie, ses ressources et ceci afin de préserver les forêts, espaces agricoles, zones humides qui sont incontournables pour la préservation de la nature en France.

 

5/ les citoyens qui aident les scientifiques : une idée nouvelle et d’avenir ?

L’observation et l’étude de la biodiversité ne sont plus l’affaire des seuls professionnels de la nature.

Depuis plusieurs décennies, tout un chacun, novice ou plus expérimenté, peut aider à mieux connaître la faune et la flore urbaines. Les programmes de sciences participatives sont des outils essentiels pour se familiariser avec la nature et renseigner son état global. Ils sont ainsi plusieurs milliers d’observateurs bénévoles en France à y participer. Papillons, plantes, oiseaux, escargots, vers de terre sont observés, comptés et étudiés par des protocoles ouverts à tous et ludiques (voir le site VigieNature du Muséum national d’Histoire naturelle). D’autres dispositifs portés par les associations de protection de la nature viennent compléter ces suivis comme faune iledefrance et cettia.

 

6/ Quelle espèce emblématique animale ou végétale illustre la biodiversité en ville ?

Aucune espèce à elle seule ne peut illustrer la biodiversité urbaine. D’une région à une autre, les villes et leurs cortèges d’espèces diffèrent entre eux, chaque espèce dépend des autres par un jeu subtil d’interrelations, la biodiversité urbaine est dynamique, évolutive, de sorte que les espèces en ville aujourd’hui ne seront certainement pas celles de demain, etc. En revanche, les villes se caractérisent par la présence importante d’espèces voyageuses, c’est-à-dire transportées accidentellement ou volontairement par l’Homme, parfois d’un continent à l’autre. C’est une originalité de la biodiversité urbaine. Un tiers des plantes en région parisienne est lié à ces déplacements.

 

7/ Un conseil aux Parisiens qui souhaitent donner un coup de pouce à cette biodiversité?

La première (in)action serait de ne pas détruire la nature urbaine qui s’installe naturellement aux pieds de nos murs, dans le bitume, dans l’allée de notre jardin, ou en plein cœur de nos jardinières. La capacité de la nature à coloniser, à s’adapter, à s’implanter dans les lieux les plus hostiles est surprenante et mérite notre respect. Si on lui laisse de l’espace, elle revient rapidement, le plus souvent sans nous déranger. A l’échelle d’un jardin, c’est laisser un mètre carré ou plus de végétation en libre évolution. Là pousseront orties, chélidoine, et autres fleurs, qui nourriront papillons, syrphes, abeilles sauvages, vers de terre, oiseaux, etc. De nombreuses autres initiatives sont possibles à l’échelle de son jardin, d’un simple balcon ou dans les espaces publics : rouvrir le bitume de sa cour ou de son quartier, aménager des refuges pour des espèces sensibles au dérangement, faire partager la nature aux autres habitants, laisser grimper les plantes sur les murs, utiliser des plantes ornementales locales, accepter de ne pas intervenir dans son jardin à certaines saisons pour les insectes et les plantes, etc. Toutes ces initiatives sont propices à expérimenter et à renforcer notre lien avec la nature, condition nécessaire à notre survie.

Quelques adresse de plateformes participatives :

https://www.open-sciences-participatives.org/home/

http://www.naturefrance.fr/sciences-participatives

Et retrouvez le Nouveau Plan Biodiversité pour Paris ainsi que la plateforme Végétalisons Paris !

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Mots clefs : biodiversite

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