Vous êtes ici

Acteurs du Paris durable - Vaia TUUHIA

Invité du mois

Vaia TUUHIA

Mai 2019 -
Membre du Conseil National pour la Solidarité Internationale et le Développement (CNDSI) et du Débat sur la transition Energétique (Collège ONG), Vaia TUUHIA est déléguée générale de l'association 4D.
0

1/ Quels sont les objectifs et les actions de 4D autour du climat ?

4D construit une démarche lucide sur les enjeux et engagée dans le temps (nous venons de célébrer ses 25 ans). Le climat est une question que 4D a d’abord décryptée : si aujourd’hui le concept de dérèglement climatique est connu, ce n’était pas le cas il y a une vingtaine d’années, et on a encore beaucoup de travail auprès de tous les acteurs pour être à la hauteur des enjeux. On répète à 4D que le climat est la tête de proue d’un ensemble de défis environnementaux, sociaux et économiques, identifiés dès 1992, lors de la première Conférence de Rio pour le développement durable. Depuis lors, l’état des écosystèmes a atteint des seuils critiques, voire irréversibles. L’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), le GIEC de la biodiversité, tire la sonnette d’alarme. On regarde ces régressions, et en même temps l’accès aux services essentiels s’est amélioré pour certaines populations, des maladies ont reculé… La complexité des contextes, amène 4D à développer des modes d’actions au niveau local.

Nos objectifs actuels portent sur les transformations des modes de vie et la mise en oeuvre des objectifs de développement durable (ODD), amplificateurs des conditions de réussite pour la lutte contre le changement climatique, mais différents en fonction des organisations et infrastructures présentes, des situations personnelles, des process démocratiques. Derrière ces grands champs d’actions, nos activités restent l’analyse et l’accompagnement des changements de pratiques par la création d’outils (coresponsabilité, approche d’impact, OurLife21 et les modes de vie en 2050…). Enfin 4D soutient la mise en réseau des acteurs et des citoyens, afin de rendre plus robustes les engagements à mettre en oeuvre par les états, les collectivités et les entreprises. Il nous importe de représenter une sensibilité associative en matière de développement durable, de fédérer les expressions et actions de la sphère non gouvernementale et de les représenter dans le cadre d’espaces de concertation et d’échanges internationaux. 
 
 
2/ Passer de l’échelle d’une problématique planétaire à une approche locale est-ce possible ?

C’est essentiel et c’est dans l’ADN de 4D. Les débats organisés pendant vingt ans ont rapproché les grands enjeux globaux du grand public. Pointer les défis et expliquer les controverses, analyser, argumenter sont un préalable à la connaissance. Et j’ai envie de dire plus aujourd'hui qu’avant, dans cette nébuleuse de “fake news”. Certains sujets ont fait l’objet de notes de décryptages. Pendant 15 ans les débats des Mardi de 4D, notamment ceux en lien avec nos participations aux processus à l’ONU (consommation et production durable, développement, biodiversité, climat…) ont contribué à équiper des militants, des associations, des administrations, des territoires. Aucun texte aussi ambitieux soit-il ne tient la route s’il n’est pas mis en oeuvre, or les territoires avancent et c’est notamment ce qui a fait la différence entre 1992 et 2002 avec les Agendas 21. Les territoires s’en sont saisis et ont traduit les principes globaux en politiques publiques, compétences, documents de programmations, dialogues publics. Cela reste compliqué, la somme de toutes les approches locales ne nous garantissent pas que l’on soit sur la bonne trajectoire globale ou pas, mais sans déclinaison locale on sait qu’on n’y arrivera pas !  

L’enjeu aujourd’hui est d’arriver à un double mouvement : rapprocher les citoyens des grandes instances et nourrir un processus ascendant, le fameux bottom-up. S’il y a un intérêt à la convergence des transitions numériques et écologiques, je le vois déjà là.  

3/ Face au changement climatique, quel peut être le rôle des associations voire des citoyens ?

Le rôle des organisations de terrain est de favoriser la mise en œuvre de démarches concrètes. Aujourd’hui, il faut arriver à s’adresser aux citoyens là où ils sont et engager non plus des comportements mais tout un ensemble de comportements cohérents, presque un art de vivre.

Les transitions énergétiques peuvent aggraver les inégalités tant que tous les dispositifs publics, les organisations sociales, les infrastructures permettant ces transitions ne sont pas déployés. Les médiateurs que sont les associations permettent de favoriser une transition inclusive. On peut faire de la “transition socialement sale” pour reprendre Lucas Chancel de l’Observatoire des inégalités.
Nous avons aussi un rôle pour renforcer la redevabilité des engagements :  déjà s’assurer qu’ils soient tenus et quand il y a des rapports, rappeler la finalité et non des moyens. L’accès à l’eau se mesure t’il en km de tuyaux d’eau ou en nombre de personnes ayant accès à l’eau chez elles ?  Les km de tuyaux ont souvent été un indicateur. Les km de marche pour aller à l’eau n’ont pas été mesurés pendant longtemps. Le climat nous amène à cette approche agile, de mettre en oeuvre, mesurer ce qui doit être mesuré - écologiquement, socialement et économiquement et de façon indivisible - et de corriger. Une transition n’est pas linéaire et implique une coresponsabilité. Une société qui veut maîtriser sa consommation de ressources et ses impacts doit identifier des indicateurs et aider chacun, à la hauteur de ses responsabilités, à se les approprier.
 
4/ L’approche participative est-elle réellement une des clés pour l’engagement afin d’aller vers la transformation écologique nécessaire ?

De nombreuses initiatives à différentes échelles sont en cours. Il faut avoir à l’esprit qu’une juxtaposition d’expériences alternatives ponctuelles ne constitue pas un projet de société, notamment au plan des effets économiques et sociaux. Elle doivent dialoguer. Et les crispations sont déjà telles dans la société française que le temps de la participation réelle, voire de la coresponsabilité, n’est plus un luxe mais une nécessité. Les crises ne sont d’ailleurs pas une spécificité française, elles gangrènent de nombreux pays. Et on a là encore ce double mouvement local, global comme pour les changements climatiques, première question à solidarité obligatoire comme aime à le répéter Pierre Radanne qui fut longtemps président de 4D.  

5/ Quels sont vos grands chantiers amorcés qui impliquent le local ?

Nous avons pris à bras le corps les ODD (Ojectifs de développement durable), pour nous ils collent aux quotidiens des gens car correspondent aux principaux usages : s'alimenter, se loger, se déplacer, consommer, bénéficier d’une bonne formation, être en bonne santé dans un environnement sain... 
Ils constituent des leviers important à l’échelle individuelle et collective de transformation dès lors qu’ils sont respectés. Ils répondent en partie à l’urgence climatique, d’où le besoin de les projeter dans les différentes dimensions des vies des gens. C’est seulement à l’échelle locale qu’on pourra les intégrer et rendre visible les rythmes du changement. Nous avons constitué un espace de travail TIM 2030 (Transformations pour des Impacts Majeurs) pour outiller, échanger avec les collectivités confrontées à ces localisations des ODD et mobiliser les citoyens. 
Nous avions développé avec OurLife21, une entrée par les modes de vie pour rester en deçà de 2 °C. Nous prolongeons les travaux de OurLife21 en intégrant aux typologies de familles modélisées, les ODD et en interrogeant l’objectif de 1,5 °C. On aura des profils de famille qui y arriveront, d’autres pour qui ce sera difficile. On présente cette approche les 25 et 28 mai. 

 
6/ Avez-vous des conseils pour les Parisiens ?

40 % des émissions de gaz à effet de serre actuelles proviennent de notre alimentation (de la fourche à la fouchette) et de notre confort résidentiel (chauffage, électricité…) La plupart peuvent agir graduellement sur ces usages pour des modes de vies plus durables et garant d’une plus grande équitabilité. L’abondance est au 21e siècle une question de connaissance et de relation à l’autre.  

Association 4D
 

Posez-lui vos questions
Mots clefs : climat

Pour donner votre avis, commenter et poser vos questions, vous devez d'abord vous inscrire ou vous connecter sur le site.