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Acteurs du Paris durable - Nicolas Imbert

Invité du mois

Nicolas Imbert

Octobre 2014 -
Thème du mois: 
Nicolas Imbert est Directeur exécutif de Green Cross France & Territoires, ONG fondée en 1993 qui repose sur l'idée d'une Croix Rouge internationale dédiée à l'environnement.
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"Nicolas Imbert est Directeur excécutif de Green Cross Internationale, ONG fondée en 1993 qui repose sur l'idée d'une Croix Rouge internationale dédiée à l'environnement. Aujourd'hui présente dans plus de 30 pays, Green Cross concentre son action sur le lien entre pauvreté, sécurité et environnement.

Ingénieur de formation, il conseille les secteurs privé et public en  stratégie développement durable depuis plus de 12 ans. Il est particulièrement engagé sur les enjeux liés à l’énergie et aux ressources, l’éco-conception et la consommation responsable, ainsi que les nouvelles formes de partenariat entre entreprises, institutions et société civile, sujets sur lesquels il fait de nombreuses conférences."

1/ Green Cross, c’est quoi ?

Green Cross est une ONG de projets et de plaidoyer dans le domaine de l’environnement, créée par Mikhaïl Gorbatchev en 1993. A l’image de ce qui a été accompli par la Croix-Rouge dans le domaine du social, nous œuvrons pour préserver l’environnement afin d’anticiper un avenir serein pour tous.

Il y a 30 Green Cross de par le monde, représentant environ 200 000 adhérents. En France, notre président est Jean-Michel Cousteau, nous avons différents projets sur l’eau, l’alimentation, l’énergie, l’économie circulaire et la transition des territoires. Nous organisons une petite cinquantaine d’événements par an, dont environ 20 à Paris. 

2/ Vous défendez l’idée d’une transition énergétique fondée sur les 4D, qu’est-ce ?

Notre rapport à l’énergie a considérablement changé depuis 2 siècles. Nous sommes passés d’un comportement de chasseur cueilleur, l’énergie en une dimension (1D), à une exploitation forcenée des énergies fossiles, en deux dimensions (2D – extraction et transformation). La finitude des ressources et le dérèglement climatique nous amène à raisonner autrement, et nous traversons actuellement la période 3D (extraction, transformation, utilisation).

Nous n’avons pas besoin d’énergie, nous sommes utilisateurs des services de l’énergie pour nous laver, nous chauffer, manger, nous déplacer…il s’agit d’optimiser les services de l’énergie pour qu’ils soient présents au juste moment en mode quantité, d’être agile dans notre utilisation du bouquet énergétique, d’optimiser l’usage que nous en faisons. C’est pour ceci qu’il nous faut aller vers des énergies 4D, pensées pour les services et les utilisatrices et utilisateurs, qui sont à la fois des consommateurs et consommatrices, des contribuables et des citoyen(ne)s. Mais que sont désormais ces 4D ?

Déconcentrées est un des mots-clés. Car produire au plus près du lieu d’utilisation est la meilleure manière d’assurer sur place la meilleure efficacité, et de se rendre compte à chaque instant de notre consommation. Nous passons du Not in my backyard (Nimby), de la politique de l’autruche, à la fierté de générer nos énergies au plus près du lieu d’utilisation. Dans un monde d’innovation et de technologies, ceci est gage de performance et de résilience.

Et c’est également pour ceci qu’un autre mot-clé est Diversifiées. Il existe pour chaque service de l’énergie une multitude de manières possibles, et toutes renouvelables, pour répondre à ce service. Eolien à axe horizontal à la campagne, à axe vertical en centre-ville, solaire thermique ou photovoltaïque, biomasse, géothermie de proximité ou profonde…ces technologies sont complémentaires et jamais concurrentes, c’est leur bonne orchestration qui permettra de répondre de manière efficace et résiliente à nos besoins. En ajoutant à notre grammaire énergétique des dispositifs de stockage comme la méthanation (power-to-gas), le stockage par pompage-turbinage, le stockage via les véhicules électriques en circulation, on développe un réseau énergétique digne du 21ème siècle tout en assurant l’adaptation de nos villes au monde de demain.

C’est là où le mot Décarbonées vient tout naturellement, et au-delà de ce mot l’utilisation de technologies non nuisibles à l’environnement pour produire ces énergies. Il s’agit donc d’énergies renouvelables, générant peu d’empreinte carbone sur tout le cycle d’utilisation, aux impacts réduits sur le climat et la biodiversité. Sait-on par exemple que plus de 20% des besoins énergétiques du Texas sont remplis par le solaire et l’éolien ? Ou bien que l’Espagne est arrivée à plusieurs reprises sur les 12 derniers mois à assurer 100% de son approvisionnement électrique en renouvelables.

Le dernier D est également essentiel à la gouvernance territoriale. Il s’agit du D de Démocratiques. Le temps où l’on décidait en petit comité d’une stratégie énergétique pour un territoire est derrière nous. La stratégie énergétique nous interroge sur notre avenir collectif, la paix et la prévention des conflits, l’autonomie et la capacité à construire un futur serein, et c’est à chacune et chacun de construire par sa voix, son porte-monnaie et sa consommation, les choix qui semblent les meilleurs à un instant donné, et de les rendre suffisamment agiles, adaptables et résilients pour qu’ils s’inscrivent dans la durée.

 

C’est donc tout ceci, les énergies 4D…certains y arrivent déjà, comme le navigateur sur son bateau, certaines îles ou montagnes pionnières. Notre défi collectif est désormais d’en faire une réalité pour des Villes-Capitales, des Etats et Territoires aux dimensions significatives sur la planète. Et Paris a tous les atouts pour s’engager de manière pionnière sur ce chemin. Certaines initiatives montrent que la ville en prend le chemin.

3/ Qu’attendez-vous du projet de loi sur la transition énergétique ?

Le Débat National sur la Transition Energétique a été un premier pas essentiel, pour arriver à débattre démocratiquement à l’échelle nationale sur ce sujet majeur. Ceci n’avait pas été fait depuis plus de 50 ans. Le débat a été difficile, apprenant, mais a abouti. Il est essentiel que le projet de loi entende cette nécessité de démocratie, et la prédominance de l’intérêt général sur les intérêts catégoriels ou particuliers.

Le débat comme le projet de loi entament également la réflexion pour raisonner services de l’énergie, constituer la transition écologique autour de la transition énergétique, développer l’économie circulaire et avoir sur les territoires une approche inclusive et opérationnelle qui intègre l’habitat, les transports et modes de vie, l’alimentation, les enjeux sociétaux et notamment les réponses à la précarité… C’est un premier pas.

Dans sa phase actuelle, il est important que cette loi, qui porte une ambition présidentielle et un an de travail entre l’exécutif, le législatif et la société civile, ne soit pas détricotée au fil des lectures et des décrets d’application, et garde sa capacité à fixer de manière stable, une ambition, un cap et des moyens en adéquation.

Il est également important que la loi confirme le signal selon lequel la stratégie énergétique n’est plus déterminée par les opérateurs les plus influents, mais procède bien d’un choix démocratique et transparent, avec des signaux prix où le consommateur paie sa consommation et où les passagers clandestins qui faisaient payer via l’impôt par tous la consommation ou les externalités de chacun n’ont plus cours.


4/ Et la CoP21 à Paris…

ParisClimat2015 est à la fois le rassemblement de la dernière chance pour déterminer une trajectoire post-Kyoto pour l’ensemble de la planète, et un événement essentiel pour accélérer la transition écologique de la planète en partageant les expériences concrètes de ceux qui avancent le plus vite.

La conférence préparatoire de Ban-Ki-Moon les 23 et 24 septembre montre à la fois que les Chefs d’Etat ont la possibilité de s’engager tous ensemble vers cet objectif commun, mais aussi que la route sera longue, et peu ambitieuse si des initiatives volontaires charismatiques, concrètes et efficaces ne montrent pas la voie en espérant faire boule de neige ou effet papillon.


5/ Quels rôles possibles pour les Acteurs du Paris durable ?

C’est un rôle essentiel, qui permet de créer cet effet boule de neige, cet effet papillon dès maintenant. C’est par les habitants des villes-métropoles et des gouvernements locaux que sont générés près de 70% des émissions de la planète. Et c’est par les agendas 21, par les projets de territoires, par les regroupements de bonne volonté comme les Acteurs du Paris durable, que les projets de territoires s’opèrent et se construisent. Développement de l’isolation, compostage, récupération de chaleur et renouvelables de proximité, jardins urbains et végétalisation, re-verticalisation des villes, co / share…, circulations douces…ce sont ces projets qui concourent à diminuer notre empreinte carbone. Ils sont tous, dans leur diversité, désirables et réplicables, et montrent que la transition est désirable et souhaitable.

Nous devons, entre Acteurs du Paris durable, les développer plus encore et plus vite encore, prendre des engagements volontaires à la hauteur de ces enjeux, entendre et partager également les initiatives des autres territoires de la planète, mais aussi contribuer à accueillir, partager et fédérer en amont et pendant la manifestation. C’est tout autant une ouverture sur le monde que sur le quotidien de chacun. Avec un tel événement, plus aucun parisien ne pourra ignorer les enjeux de la planète et comment il peut y contribuer. Ceci suppose d’être collectivement à la hauteur et de montrer l’exemple. Disons, au hasard, en supprimant très rapidement les sacs plastiques jetables, en sortant les mégots de la rue, en économisant l’eau de voirie et l’éclairage public, en réduisant drastiquement le gaspillage alimentaire sur le territoire…

C’est un formidable défi, une chance de co-construire une belle transition, et nous avons les moyens de le relever avec enthousiasme, détermination, efficacité.

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Mots clefs : energie, echanges, expert

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