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Acteurs du Paris durable - Nathalie Boyer
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Invité du mois

Nathalie Boyer

Octobre 2016 -
Déléguée Générale de l'association Orée, Nathalie Boyer a contribué à la publication du guide «Sur la route de l’économie circulaire» présentant 20 initiatives d'Île-de-France.
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1/ L’upcycling, c’est quoi au juste ?

C’est recycler des matériaux en les rendant de meilleure qualité ou en leur donnant une valeur supplémentaire d’usage/d’utilité. En effet, tous les matériaux ont des qualités techniques (mécaniques, thermiques, chimiques…) et sont disponibles à un certain coût en fonction de ces caractéristiques. L’upcycling permet de conserver voire d’améliorer ces propriétés. Il s’oppose au downcycling par lequel, par exemple, des pare-chocs de voiture (qui ont d’importantes spécificités techniques liées à la sécurité) sont recyclés en pots de fleur ou en composteur, alors qu’ils ne nécessitent pas de plastique performant pour leur fabrication. Le plastique perd donc de sa valeur technique et, par là même, économique. A contrario, l’upcycling permet de recycler « par le haut » (voir exemples en question 3).   

 

2/ Quelles réponses le principe d’upcycling, et plus largement l’économie circulaire, apporte-t-il aux défis environnementaux, économiques et sociaux de nos sociétés ?

Bien que les matières vierges soient encore trop privilégiées par rapport aux matières recyclées du fait des coûts importants liés au recyclage (collecte, tri, etc.) et de la baisse du prix du pétrole (matières vierges plus concurrentielles), l’upcycling permet de répondre aux défis environnementaux, économiques et sociaux.

Tout d’abord, il propose des solutions de recyclage de haute qualité et de ce fait, participe à la préservation des ressources et à la réduction des déchets souvent enfouis ou incinérés. Par exemple, Bilum, maison de création spécialisée dans l’upcycling transformant les matières jetées ou inutilisées (toiles, gilets de sauvetage, airbags, tissus de sièges de train…) en nouveaux objets (sacs, cabas, trousses, coussins…), a produit, fin 2015, plus de 85 000 pièces à partir de 30 000 m² de matières (13 tonnes).

Ensuite, aux niveaux social et économique, le Ministère de l’Environnement a estimé que l’économie circulaire (l’upcycling faisant partie de ce nouveau modèle économique) a une forte dimension sociale, notamment avec la création de 25 000 emplois potentiels, pour la plupart protégés, et la préservation de savoir-faire industriels durables. Ces emplois, souvent  non délocalisables, renforcent ainsi le tissu industriel local.

 

3/ Cette pratique peut-elle s’envisager à l’échelle industrielle ou reste-t-elle le fait d’artistes, d’artisans ou de citoyens engagés ? (Qui pratique l’upcycling ? Des exemples parisiens ?)

L’upcycling s’envisage effectivement à plusieurs échelles.

Les Fab Lab sont des ateliers d’éco-conception, où citoyens engagés et entreprises ont à disposition des outils et peuvent côtoyer différentes professions (menuisiers, plasticiens, designers, etc.) qui leur font partager leurs connaissances.

Ces lieux démocratisent la conception et le prototypage de produits et sont donc souvent liés à une échelle plutôt artisanale. Un exemple de Fab Lab innovant est celui d’EcoDesign Fab Lab, situé dans la zone d’activité Mozinor de Montreuil. Son originalité est de proposer gratuitement les déchets des entreprises présentes dans la zone d’activité comme matière première. Un lien a donc été établi avec des industriels.      

A une échelle plus industrielle, Bilum est encore un bon exemple. Cette société travaille avec les grandes entreprises telles que la SNCF, Air France... Elle récupère des matières inutilisées ou jetées puis les trie,  les sélectionne,  les découpe et les nettoie via un ESAT [ndlr : Etablissement et Service d'Aide par le Travail],  pour en faire des pièces uniques. Celles-ci sont ensuite vendues aux particuliers mais également aux entreprises qui souhaitent obtenir des produits confectionnés dans les matériaux qu’elles ont initialement fournis, comme une sorte de patrimoine de leurs activités. Les entreprises choisissent ensuite de les revendre ou en font cadeau à la presse, à leurs partenaires, à leurs employés… Depuis peu, Bilum propose aux marques, via le service « label by bilum », de réfléchir avec elles à une seconde vie possible de leurs propres matières pour en faire des produits-héritages.

Un dernier exemple à l’échelle industrielle est la Réserve des Arts, qui propose de réemployer les matériaux issus des décors (textiles, beaux-arts, décoration, quincaillerie, etc.) du secteur culturel et de les redistribuer aux étudiants et professionnels de ce secteur en France. L’association travaille à la fois du côté des fournisseurs avec un système de collecte sur mesure, et avec les créateurs en leur vendant des matières premières secondaires souvent très travaillées à des prix concurrentiels. La valeur est ainsi conservée, voire améliorée, via l’upcycling. 

 

4/ Des conseils pour les Parisiens ? (question ouverte…vous pouvez choisir de rester dans le thème ou ouvrir sur un autre sujet qui vous tient à cœur)

Il n’y a pas d’upcycling sans objet à réemployer/réutiliser/réparer. Ainsi, récupérer ceux-ci est un geste fondamental pour démocratiser ce concept. Chaque Parisien est invité à regarder dans ses tiroirs et à imaginer, penser, co-créer de nouveaux objets à partir de ces matériaux prêts à être jetés… ou à être réutilisés. De nombreuses structures collaboratives, ouvertes à tous et accessibles financièrement, telles que les Fab Lab et les ressourceries, sont présentes en Île-de-France. Les enfants peuvent également être mis à contribution car ils sont souvent très créatifs et sensibles à ces démarches d’upcycling.

 

Nathalie Boyer, Déléguée Générale d’ORÉE


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Mots clefs : upcycling

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