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Acteurs du Paris durable - Julien VIDAL

Invité du mois

Julien VIDAL

Janvier 2019 -
Tester et adopter une action écocitoyenne chaque jour pendant un an, c’est le défi que s’est lancé Julien Vidal. Après des études de droit et politique internationale et un master en gestion de l'humanitaire, il est devenu le fondateur et porteur du projet "Ca Commence Par Moi"
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1- Qu’est-ce que « Ca commence par moi » ? Quelle était votre motivation ?

En rentrant des Philippines qui est un pays aujourd'hui très touché par le dérèglement climatique, je me suis dit : « et moi dans tout ça ? » Qu’est-ce que je fais face à cet enjeu qui est la mère de toutes les batailles. Je ne savais par quel bout prendre ce fil du changement… changer de métier ? Reprendre mes études ? Et puis finalement c’est à mon retour en France que j’ai eu cette idée de « commencer par moi ». J’ai découvert tellement d’alternatives écocitoyennes à mon retour (AMAP, supermarché coopératif, monnaie locale complémentaire, électricité verte, disco soupe, etc…) que je me suis dit qu’on n'avait pas besoin de tout réinventer pour construire un monde meilleur. Tout particulièrement en m’installant à Paris.

Surtout nous n’avons pas besoin d’attendre. J’avais envie de continuer à expérimenter pour comprendre comment je pouvais trouver mon rôle dans ces grands enjeux. Et pour aller au bout de l’idée, je me suis lancé un défi un peu fou, celui de tester et d’adopter dans mon quotidien 365 actions écocitoyennes en 1 an et de tout raconter quotidiennement sur un site Internet www.cacommenceparmoi.org pour partager avec mon entourage cette aventure.

 

2- Les « petits pas » suffiront-ils réellement à changer le monde ? ou comment faire pour convaincre que même les micros-changements ont un impact sur l’environnement ?

Je suis d’accord que les petits pas ne suffiront pas à changer le monde. Mais je me permettrais d’aller plus loin pour ne pas faire perdre espoir à ceux qui ont envie de s’y mettre. Premièrement, de quoi parle-t-on quand on mentionne « les petits pas » ? Car souvent, les gens pensent à éteindre la lumière en sortant d’une pièce ou à arrêter l’eau du robinet quand ils se brossent les dents. Et si je vous disais que des « petits pas », il y en a des centaines, comme autant d’alternatives écocitoyennes dans chaque moment de notre quotidien ? Et si en plus je vous disais que tous les petits pas ne se valent pas ? Effectivement, on peut commencer par des actions simples et accessibles comme coller un stop pub sur sa boite aux lettres ou installer un moteur de recherche écologique comme Ecosia, mais le fait de se lancer dans cette dynamique doit être un effort du long terme. Changer c’est un marathon pas un sprint. Chaque jour on sort un peu plus de sa zone de confort et on adopte des actions un peu plus efficaces. Et c’est comme ça, qu’en quelques semaines à peine, on passe de l’installation de multiprises on/off pour économiser de l’électricité au fait de passer à une banque éthique et solidaire ou à adopter un régime végétarien. Mais ça peut aussi s’exprimer en se fournissant en énergie 100% renouvelable, en faisant partie d’un supermarché coopératif, en utilisant une monnaie locale complémentaire, en récupérant les invendus des supermarchés pour donner la nourriture à des associations, en participant à des maraudes de rue, en décidant de ne plus acheter d’objets neufs ou à limiter le fait de prendre l’avion au maximum. Autant d’actions qui, quand elles se généraliseront, auront un impact considérable sur notre économie et notre société. Au-delà de ça, agir à son échelle individuel nous permet de mieux nous approprier les grands enjeux de notre époque en les expérimentant dans notre vie. Ainsi, nous sommes beaucoup plus responsables et efficaces au moment d’agir collectivement car l’urgence est telle que nous n’avons plus le choix d’agir à tous les nouveaux qui sont à notre portée : dans nos quartiers, les écoles, les associations, les entreprises et forcément avec les institutions publiques.

 

3- N’est-ce pas, à force, un message qui peut être culpabilisant ?

Si on continue à ne pas avoir une vision d’ensemble et à utiliser des messages punitifs, pessimistes et négatifs. Bien sûr. Alors que si on reconnaît que chacun à un rôle à jouer, que personne n’est parfait mais qu’il est l’heure d’être ambitieux et de faire vraiment du mieux qu’on peut, alors là ça change tout. À partir du moment où on parle aux citoyens comme à des adultes, avec honnêteté, alors ils se comportent en adultes. Si on continue à les infantiliser et à présenter les enjeux comme dans les films hollywoodiens, avec un gentil et un méchant, alors oui, ça ne marchera pas et ça continuera à créer des camps !

 

4- Qu’est ce qui déclenche le passage à l’acte ?

Il est impossible de répondre de manière exhaustive à cette question car il y a presque autant de réponses que d’êtres humains.

Pour certains, c’est le fait d’avoir des enfants. Pour d’autres, c’est pour des raisons de santé. Certains s’y mettent car leur vie manque de sens. Mais aussi parce qu’ils ont lien très fort avec le vivant (la nature, les animaux) et qu’ils veulent le défendre. D’autres, comme moi, ont vu les ravages de notre monde aux quatre coins du monde et ne peuvent plus continuer à se mentir en rentrant en France. C’est surtout un grand moment d’honnêteté qui précède le passage à l’action avec la question : et moi dans tout ça ? Une fois qu’on considère qu’on a un pouvoir, même infime, en tant qu’individu, alors on ne peut plus s’empêcher de penser à la meilleure manière dont on pourrait utiliser ce pouvoir pour faire pencher la balance du côté qui nous intéresse.

 

5- Que faut-il retenir pour cette année 2018 ? Quelles perspectives ?

J’ai l’impression que 2018 marque un moment clé dans la lutte pour la justice climatique. Sans doute une date qu’on regardera dans les livres d’histoire comme une étape incontournable ! Un peu comme dans le jeu télévisé « Qui veut gagner des millions ? » quand les joueurs atteignent le palier des 5.000 euros, ils savent que quoi qu’il adviendra, ils ne pourront plus tomber en-dessous de ce niveau. Depuis quelques mois, je constate qu’il y a énormément de signaux faibles qui montrent que quelque chose est en train de changer. Les grandes surfaces voient leurs volumes de ventes baisser. Les catastrophes naturelles se rapprochent et affectent de plus en plus notre quotidien, Mr. Hulot qui met un coup de projecteur sur les blocages à l’échelon politique en démissionnant. Les ONG et influenceurs qui s’allient pour lancer les mouvements « On est prêt » et « Il est encore temps ». Les marches pour le climat toujours plus suivies. Les attaques en justice contre Total et l’État pour mettre un terme au dérèglement climatique et puis surtout, le fait qu’aujourd’hui, il devient presque normal de parler du climat, du plastique dans les océans, des produits chimiques dans l’agriculture, etc… Aujourd'hui ces sujets se normalisent et c’est tant mieux. On le voit avec le pourcentage grandissant de français qui déclarent voir la lutte contre le réchauffement climatique comme une priorité.

Au regard de toutes ces « bonnes nouvelles », 2019 est une année cruciale puisque nous devons faire en sorte que cette étincelle ne soit pas un feu de paille mais un feu de joie, long et intense. C’est d’ailleurs pour ça que plusieurs associations Pikpik environnement, Bleu Blanc Zèbre, Solidarité Climatique, Ça commence par moi, etc.. ont décidé de travailler ensemble pour une grande campagne 2019 qui mettra le climat au cœur du quotidien des parisiens avec des défis, des rencontres, des ateliers…pour faire que l’écocitoyenneté se concrétise dans la "vraie vie" et que cela devienne le quotidien de plus en plus de personnes.

 

6- Vos trois actions stars pour les Parisien.ne.s qui veulent changer le monde au quotidien ?

Nous avons de la chance parce que Paris regorge d’opportunités d’agir pour un monde meilleur. Il existe tout un tas de lieux pour apprendre, rencontrer, échanger comme la Maison des Acteurs du Paris Durable, la REcyclerie, les Grands Voisins, la Fondation GoodPlanet ou encore la Maison du Zéro Déchet.

Et puis des endroits tout à fait pertinent pour changer nos habitudes comme le supermarché coopératif de La Louve pour retrouver le vrai pouvoir du consommateur qui crée du lien dans son quartier, valorise le travail des petits producteurs et achète des produits bons pour la planète et la santé.

Il y a aussi plein d’opportunités de soutenir des associations, notamment en s’impliquant ponctuellement avec Benenova qui permet de s’engager sur des sessions de quelques heures auprès d’une association locale. Grâce à eux, j’ai pu jardiner dans un lycée, jouer aux jeux de société avec des personnes déficientes visuelles ou encore distribuer des repas aux migrants.

Enfin, à Paris, on peut revoir sa relation aux objets en réparant ce qui est cassé dans un Repair Café, en achetant d’occasion dans les ressourceries ou les Emmaüs, mais aussi en passant par la gratuité grâce aux boites à dons, à la boutique sans argent ou aux gratifierias.

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