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Invité du mois

Olivier Oullier

Avril 2013 -
Olivier Oullier est un expert en sciences comportementales et du cerveau de renommée internationale et récemment nommé Young Global Leader par le Forum Économique Mondial (Davos). Ses recherches portent notamment sur les applications de l’économie comportementale et des neurosciences pour développer de nouvelles méthodes susceptibles de faire évoluer les comportements dans les domaines de la santé et de l'écologie.
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En tant que conseiller scientifique au Centre d’analyse stratégique en charge du programme « Neurosciences et politique publiques », Olivier Oullier a rédigé et coordonné un ensemble de travaux sur le concept innovant des « nudges verts »,  coups de pouce incitatifs et non prescriptifs vers des modes de vie plus respectueux de l’environnement.

Vous êtes passionné par le concept de « nudges verts » ? Vous souhaitez comprendre comment les sciences comportementales peuvent influencer de nouvelles méthodes afin de faire évoluer les comportements ? Découvrez les réponses d'Olivier Oullier à toutes ces questions.

 

1/ Comment définiriez-vous, en quelques mots, les sciences comportementales ?

Les sciences comportementales sont l’ensemble des disciplines qui permettent de mieux comprendre la façon dont les gens agissent et prennent des décisions. Parmi elles, on trouve la psychologie, les neurosciences, l’économie comportementale et les sciences économiques. Pour autant nous ne laissons pas de côté les apports de la sociologie, de la philosophie et des systèmes complexes. 

 

2/ Quel est l’apport des sciences comportementales en matière de protection de l’environnement ?

Je trouve aberrant qu’on ne s’intéresse pas aux sciences comportementales sur les questions d’environnement quant la première chose que l’on cherche est de faire évoluer les comportements !

Les méthodes issues des sciences comportementales apportent des mesures sur ce que font vraiment les gens au quotidien. En général, les stratégies de politiques publiques ne sont pas testées sur le terrain avant d’être appliquées. Or pour savoir si quelque chose marche, il faut pouvoir tester, mesurer, comparer pour éventuellement corriger le tir. Si par exemple, vous voulez mettre en place une mesure d’économie d’énergie, il convient d'appliquer une intervention spécifique dans plusieurs groupes constitués de  centaines de foyers, sans oublier un groupe contrôle. Beaucoup de données de consommation sont récoltées et comparées pour savoir estimer quelle mesure est la plus efficace. Une telle expérience de terrain, dans des conditions réelles, donnera des indications beaucoup plus fiables que nos indicateurs actuels qui sont pour la plupart basés sur des sondages.

Les sciences comportementales permettent de savoir comment les gens agissent réellement. Ainsi elles permettent d’influencer efficacement leurs comportements avec l’objectif ici d’améliorer la protection de l’environnement.

 

3/ Pourquoi l’information et la sensibilisation ne suffisent-elles pas à modifier les comportements ?

Parce que l’on est sensibilisé et informé sur tout et tout le temps sans vraiment qu'il n'y ait de coordination entre toutes les causes défendues. Informer est nécessaire mais jamais suffisant. On peut dire à un enfant que le feu brûle, mais tant qu’il n’aura pas mis la main dessus, il voudra le faire et se rendre compte par lui-même. On ne remplace pas l’expérience.

 

Un autre problème vient du fait que l’on diffuse de l’information dans un langage qui n’est pas forcément compréhensible par tous : tout le monde ne maîtrise pas le kWh d’économie ! Il faut se rendre compte que les thématiques environnementales nécessitent une certaine instruction et qu’elles ne font pas partie, pour la majorité de la population, des priorités du quotidien. Le contexte économique et social passant avant les problèmes environnementaux. Pour autant, dans les sondages, la protection de l’environnement sort très souvent en tête. Le problème est qu’il y a de fortes chances qu'avant qu’on ne leur pose la question, cela faisait peut-être trois semaines que les personnes consultées n’avaient pas pensé à l’environnement.

Il faut informer mais aussi faciliter les choses avec un vocabulaire et des objectifs simples et réalistes. La mise en œuvre de stratégies et l’élaboration de conditions qui facilitent les comportements écologiquement vertueux sont primordiales pour espérer changer les habitudes quotidiennes et c’est là que les nudges interviennent.

 

4/ Comment définiriez-vous le concept de « nudge vert » ?

Le « nudge vert » est une stratégie comportementale qui vise à faciliter l'adoption de comportements écologiquement vertueux par les consommateurs. Ils sont élaborés à partir de connaissances théoriques sur le comportement humain mais aussi à partir de données sur ce que font réellement les gens, et non uniquement sur la base de ce qu'ils déclarent aux sondeurs. Le nudge vert, c’est donc la capacité de comprendre le comportement des personnes afin de pouvoir adapter leur environnement et faire en sorte qu’il soit plus aisé d’avoir un comportement respectueux de l’environnement.

Il y a une part de bon sens : quand il faut faire 800 mètres pour trier les ordures alors que vous pourriez jeter sans trier dans une benne à 10 mètres de chez vous, ne soyez pas surpris que la benne la plus éloignée soit la moins utilisée…

 

5/ Pouvez-vous nous donnez des exemples ?

Il y a des nudges très simples : l’impression recto-verso par défaut, et des stratégies plus élaborées qui se basent sur la comparaison sociale comme informer sur la consommation d’électricité de ses voisins plutôt que de commander quoi faire.

Ces mesures sont en train d’être testées dans certaines villes en France par des sociétés privées.

Il est important de se dire que des solutions simples, et souvent peu coûteuses, ont un impact fort à la fois financier et écologique.

 

6/ Quels sont, selon vous, les facteurs-clés de succès de ces nudges ? 

Le facteur clé est la comparaison sociale car notre tendance culturelle nous incite à faire ce que les autres font.

Ce sont typiquement les phénomènes de mode.

Une expérience menée en Californie a comparé l’efficacité de quatre messages dans le but d’inciter des foyers à utiliser des ventilateurs plutôt que des climatiseurs. Un premier groupe de foyers a été informé sur les économies financières que cela engendrait, un second a été informé sur les économies de CO2, un troisième groupe informé sur le fait que cette  bonne pratique protégeait l’environnement et un dernier a reçu l’information que la majorité des voisins utilisent le ventilateur. Et c’est dans le dernier groupe que la consommation a diminué le plus et de manière durable.

 

7/ Quels sont les avantages et les limites de cette nouvelle forme de mobilisation ?

Ce qui est intéressant, c’est que cette pression sociale est un phénomène transculturel. Des expériences ont été réalisées sur les cinq continents et ont fonctionné de la même façon.

La limite, c’est que les nudges fonctionnent à des échelles qui sont relativement petites et que leur durabilité est très variable. On ne peut que rarement les appliquer à l’échelle d’un pays. La bonne échelle est celle d’un quartier ou d’une ville parce que la clef c’est la compréhension de la particularité du groupe afin d’adapter la stratégie à ses contraintes. Et puis il y a des endroits où la pression sociale n’est pas suffisante et où il faudra ajouter d’autres facteurs.

En définitive cela nécessite de repenser une partie du fonctionnement du système des politiques publiques pour une évaluation et un ajustement quasiment en temps réel des actions. Quant les stratégies classiques, s’appliquent au niveau national et se décident très en amont de leur application ; la décision centralisée a un impact difficilement mesurable et difficilement ajustable. Dans le système de « nudge », il faut s’adapter aux particularités locales et faire en sorte que ce soit ajustable au cours du temps. Les décisions centrales doivent être prises mais devraient laisser une certaine autonomie  des initiatives locales et faciliter la remontée des informations de la part des collectivités territoriales, des villes et des quartiers.

 

8/ Pourquoi les « nudges verts » ne sont-ils pas davantage connus et mis en œuvre en France ?

En France, les sciences comportementales ne font encore que très marginalement partie des processus de formation et de décision des acteurs de la vie publique. D'autres pays sévèrement touchés par la crise économique se sont récemment lancés dans ces démarches et leurs applications. Ceci leur a permis de prendre des décisions plus informées, plus efficaces et a engendré des économies de plusieurs dizaines de millions d'euros de dépenses publiques. Prendre quelques mois pour expérimenter, apprendre des résultats et développer des solutions plus efficaces à grande échelle constitue aujourd'hui un investissement très faible en comparaison des bénéfices économiques et écologiques que cela apporte. Tout le monde y gagne.

Un autre problème réside dans la perception des nudges que d'aucuns pourraient considérer comme de la manipulation mais les nudges sont moins prescriptifs que la loi dans la mesure, où il est autorisé de ne pas les suivre ! Un nudge oriente les choix, mais en aucun cas ne les prescrit. Par exemple, si pour des raisons d’économie d’énergie et de santé publique on incite les gens à prendre plus l’escalier, le nudge consiste à aménager les bâtiments de telle sorte que, quand les gens rentrent, ils voient tout de suite l’escalier et que cela apparaisse comme la solution la plus évidente et pratique. Néanmoins, il y aura toujours un ascenseur pour les personnes à mobilité réduite et personne ne sera empêché de le prendre. Pour moi, c’est là que réside la beauté des nudges car on fait en sorte de proposer des solutions qui avantagent tout le monde sans rien obliger.

 

9/ Pensez-vous les campus étudiants soient propices au développement de « nudges verts" ?

Si plusieurs gouvernements étrangers ont consulté ou se sont inspirés des travaux que nous menons à Marseille au sein de notre laboratoire public (CNRS & Aix-Marseille Université) et que de grands groupes privés ont aussi fait part de leur intérêt, je suis convaincu que nous pouvons développer des solutions spécifiques pour le service public en France. Imaginons un concours de nudges dans toutes les universités françaises lancé par le Ministère de l'écologie et du développement durable afin, non seulement de gagner du temps, mais aussi d'économiser des sommes considérables tout en obtenant des informations cruciales sur les particularités régionales de consommation énergétique.  

Les villes, institutions et organisations devraient davantage faire appel au monde académique et notamment aux spécialistes du comportement qui travaillent dans les laboratoires publics.  Pour les étudiants, comme pour les enseignants chercheurs, c’est une façon de montrer leur implication au-delà de la théorie avec une action positive concrète. Les bénéfices écologiques, humains et économiques sont considérables. Le secteur privé l'a compris, et de plus en plus de nos voisins européens aussi.

 

Note d'analyse du Centre d'analyse stratégique sur les nudges verts

Vous pouvez consulter les travaux d'Olivier Oullier sur son site et le suivre sur Twitter /emorationality 

 

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Mots clefs : expert
Portrait de Les ECO Business Angels

Changer ? Voir shamengo.com...

Les videos de ces "Pionniers" qui changent le monde en mettant en oeuvre des idées simples de portée universelle, font le buzz... Bel exemple de nudge vert : les videos, filmées par de VRAIS professionnels, sont réduites à DEUX minutes, et disent, en quelques séquences bien montées, l'essentiel.

Elles commencent à être utilisées en classe sur le plan international.

Où sont les "Pionniers Shamengo" parisiens ?

S'ils se reconnaissent qu'ils nous le disent... Nous les rencontrerons.

 

Le Président des ECO Business Angels

Portrait de Les ECO Business Angels

Coup de pouce ... vert !

Michel G. m'a conseillé de m'inscrire sur ce site très bien fait, et je suis heureux de faire maintenant partie de votre, pardon, de NOTRE, communauté.

Nous souhaitons aider Olivier OULLIER dans la promotion de ces nudges verts et sommes prêts à le rencontrer sur ce sujet.

 

Ne pas gémir. Agir !

 

Le Président des Eco Business Angels

Portrait de laura18

Bonjour,
 
Nous travaillons pour le réseau des étudiants pour le développement durable et sommes très intéressées par l'apport de l'économie comportementale dans le domaine de l'environnement, ayant travaillé sur ce sujet dans nos cursus respectifs.
 
Grâce au travail de nos associations et des démarches impulsés dans l'enseignement supérieur, de plus en plus d'étudiants sont sensibilisés au développement durable. Cependant, il semble difficile de déterminer l'impact de cette sensibilisation sur les changements de comportements. De plus, de nombreuses études ont mis en évidence le manque d'efficacité de l'information seule à créer le changement de comportements.
 
Pensez vous que les étudiants et les campus soient un environnement propice au développement de nudges pour encourager des comportements plus "verts" ? Si oui, dans quel domaine imaginez vous des interventions possibles ?
 
Merci,
 
Laura & Anne-Sophie
 

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