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invité du mois Nicolas Bel

Invité du mois

Nicolas Bel

Juin 2013 -
Enseignant en éco-conception et développement durable à Polytech Montpellier et consultant en innovation pour un grand industriel de l’automobile ; Nicolas Bel développe aujourd’hui une activité de jardinage urbain en mettant en place des potagers sur les toits de Paris.
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En partenariat avec l’INRA et le Muséum national d’Histoire naturelle, il a travaillé à l’optimisation de la culture des légumes et des fruits sur les toits de l’école AgroParisTech avec un potager de 600 m2. Depuis, avec son entreprise Topager, il conçoit des potagers intégrés au bâti dans des divers lieux tels que la Maison de la Mutualité, la Maison Robert Doisneau ou le restaurant la Tour d’Argent. Son approche est résolument durable et innovante.

1/ L’agriculture urbaine en quelques mots c’est…

L’agriculture urbaine a de multiples définitions mais je retiens celle donnée par Eric Duchemin, chercheur à Montréal, qui définit l’agriculture urbaine comme le fait de « faire pousser quelque-chose qui se mange, en ville ». Une jardinière avec deux pieds de basilic, c’est donc déjà de l’agriculture urbaine !

 

2/ Pourquoi avez-vous décidé de créer des potagers sur les toits de Paris et avez-vous été sollicité pour le faire ?  

Je n’ai été sollicité par personne, c’est moi qui me suis lancé dans cette aventure. Agrégé de mécanique, j’ai commencé à beaucoup m’intéresser à l’innovation qui imite le vivant, le bio-mimétisme. Je trouvais plein d’exemples séduisants de produits inventifs et intelligents, comme par exemple le velcro - scratch - qui a été inventé en imitant les petites fleurs qui s’accrochent aux vêtements. Le mimétisme des écosystèmes, imiter la nature et l’ensemble des êtres vivants dans un environnement donné me séduisait beaucoup.   Je trouvais peu d’exemples intéressants alors j’ai commencé à réfléchir sur la meilleure façon d’imiter un écosystème en ville pour un développement plus durable.  J’ai développé trois axes :

1- le constat que, dans un écosystème, tous les déchets sont des ressources et sont valorisés localement. Cela rejoint les thèmes classiques du développement durable et s’adapte très bien aux potagers sur les toits en ville.

2- le fait qu’un écosystème rend des services : réguler les eaux de pluie, lutter contre la chaleur urbaine grâce aux plantes qui respirent, etc. Si les bâtiments ne recouvraient pas les villes, tous ces services seraient rendus par des prairies ou des forêts. Ainsi, le fait de rajouter des potagers sur les toits peut reprendre ces facultés de services.

3- nous avons plus innové sur les techniques de l’agro-écologie et en imitant la nature pour l’agriculture. La culture de fruits et légumes sur les toits se faisait traditionnellement en bac, avec des terreaux et nous avons plutôt essayé de reconstituer un écosystème très riche et d’y valoriser les déchets organiques.

C’est à partir de là qu’avec un ami, nous avons proposé le projet à AgroParisTech. L’idée était bonne et ce n’était absolument pas abordé dans la littérature scientifique. Nous avons créé une association dédiée à ce projet de recherche, monté en partenariat avec l’INRA et le Muséum d’Histoire Naturelle, et AgroParisTech nous a ouvert les portes de son toit. Il se trouve que nous avons eu beaucoup de succès et que cela fonctionnait très bien. Nous avons monté notre entreprise Topager dans cette continuité.

 

3/ Trouve-t-on des potagers sur les toits dans d’autres villes à travers le monde ? Vous en êtes-vous inspiré ?

L’exemple de Montréal nous a beaucoup inspiré car les potagers sur les toits y ont une vocation sociale très forte. Nous adorons l’idée d’occuper les toits afin d’en faire des espaces civilisés de convivialité et d’aide pour ceux qui en ont besoin.

Les New-Yorkais sont quant à eux les plus forts au niveau commercial. Ils ont 8 000 m2 de culture en plein air, une serre productive, des restaurants, etc. Mais ce qui est intéressant dans l’agriculture urbaine, c’est qu’on est dans le cas d’un transfert Sud/Nord,  l’idée était déjà en application sur les toits du Caire, par exemple, avant de l’être dans les villes du Nord.

 

4/ Les potagers urbains et ceux sur les toits d’immeubles ont-ils des bénéfices environnementaux ?

Les potagers urbains permettent en premier lieu de diminuer le transport des fruits et légumes jusqu’aux consommateurs. Suivant la technologie utilisée ils peuvent aussi permettre de recycler les déchets organiques des villes, de réguler les eaux de pluie, de lutter contre la chaleur urbaine.

Si vous utilisez la technique de l’hydroponie, donc que vous cultivez sur un substrat de sable, de bille d’argile ou de laine de roche, irrigué par des fertilisants chimiques ; vous allez consommer beaucoup de ressources. De même, et ce qui nous avait interpellé à Montréal, pour une culture sur du terreau qui contient de la tourbe provenant de tourbières - écosystèmes très fragiles. Faire venir 100 kg de terreau pour faire pousser 10 kg de tomates sur un toit a plus d’impacts négatifs que positifs sur l’environnement.

Nous avons cherché d’autres solutions, en valorisant notamment les déchets organiques produits en ville qui sont normalement amenés par camion dans des incinérateurs. Cette technique permet de diminuer la pollution due aux transports et à l’incinération des déchets tout en apportant des fertilisants naturels locaux.

 

5/ Les fruits et légumes issus du jardinage urbain ont ils les mêmes qualités nutritionnelles, sanitaires et gustatives que les produits cultivés en champs ou sous serre ?

Non, ils sont bien meilleurs !

En fait, ils ne sont pas meilleurs que les fruits et légumes qui poussent dans les champs et qui sont consommés rapidement. Mais pour les tomates, par exemple, qui sont sélectionnées pour résister aux transports, pour être rouges avant maturité et très dures ; celles-ci n’ont pas de qualité gustative, elles sont insipides ! Si vous cultivez des tomates sur un toit, vous pouvez choisir des variétés anciennes, molles mais excellentes, puis cueillies à maturité et consommées rapidement, elles gardent toutes leurs vitamines et toutes leurs qualités nutritionnelles. Non seulement elles sont bien meilleures en bouche mais en plus elles sont meilleures pour la santé.

Pour des questions de pollution, il faut éviter de cultiver directement dans les sols en ville car la plupart ont été pollués par des activités industrielles passées. Par contre, dès qu’on prend un peu d’altitude, les particules de métaux lourds émises par les pots d’échappement ne montant pas, l’air est plus sain.

 

6/ La création de potagers sur les toits peut-elle aussi avoir des impacts sociaux ?

Les potagers sur les toits améliorent la qualité de l’air au bénéfice des habitants des villes. Des études montrent que cela améliore aussi la santé de ceux qui les fréquentent : en offrant un bon bol d’air, ils leur font faire de l’exercice et augmentent leur consommation de fruits et légumes. Les potagers urbains créent également du lien social et procurent un bien être incroyable !

Sur les potagers que je conçois, certains ont aussi une visée pédagogique. Par contre, je n’ai pas encore créé de jardins partagés à vocation sociale mais j’aimerais vraiment le faire.

 

7/ Pouvez-vous nous présenter un de vos projets de potager sur les toits de Paris ?

Le projet le plus fort est celui de la Maison d’Accueil Spécialisée du Centre Robert Doisneau qui accueille sur un même site des adultes handicapés, des personnes âgées dépendantes et des jeunes enfants atteints d’autisme. Ce projet est assez passionnant car nous utilisons les odeurs et les goûts du jardin pour faire vivre la mémoire des gens qui sont atteints d’Alzheimer. Nous utilisons également la croissance des plantes pour donner des repères aux enfants autistes qui ont du mal à avoir une notion du temps. Cet espace est aussi un lieu partagé avec l’extérieur et doit donner envie aux proches des patients d’y passer du temps.

En réalité, nous adaptons nos plantations à chaque client. En effet, pour le potager de la Maison de la Mutualité, qui alimente le bistrot « Terroir Parisien », nous faisons vivre des variétés locales d’Ile-de-France, presque disparues comme le chou de Pontoise ou le pissenlit de Montmagny. Pour un particulier par exemple, nous faisons plutôt pousser des produits frais : du mesclun, des tomates cerise, des aromates ; et pour le potager sur le toit d’une école, nous plantons un grand nombre de fruits et légumes pour montrer la diversité des plantations aux enfants.

 

8/ Comment un Parisien peut-il, en pleine ville, trouver le plaisir de jardiner ?

Je pense que plus on est au cœur de la ville, plus on prend plaisir à jardiner. Les urbains passent beaucoup de temps devant un ordinateur, sont davantage soumis au stress et le jardinage devient d’autant plus un facteur puissant de bien-être. Même la jardinière est importante, j’aime bien me balader en ville et remarquer ceux qui « méritent » leurs balcons. Si j’étais Président, j’inventerai une loi pour réserver les balcons à ceux qui aiment jardiner !

Au mois de juin, c’est le moment où l’on peut tout planter. C’est la bonne saison pour les tomates, les concombres, les salades ; et sur son balcon, on peut cultiver des plantes à rotation rapide comme le radis ou des herbes aromatiques comme le persil, le basilic, etc.

 

9/ Cultiver de façon durable en milieu urbain : est-ce là l’avenir de notre alimentation ?

L’agriculture urbaine est une des composantes de l’avenir de notre alimentation mais cela ne résoudra certainement pas tous les problèmes alimentaires. Je pense qu’il faudrait un maximum de jardinage urbain pour tout ce qui est ultra-frais, puis une ceinture maraichère péri-urbaine pour cultiver pommes-de-terre, carottes, etc qui viendrait compléter l’ultra-frais. Mais on aura toujours besoin de grands champs pour nous fournir en céréales et autres.

Pour Paris, le potentiel intra-muros n’est pas énorme en termes de potagers sur les toits mais on pourrait largement cultiver plus de produits frais. La petite et la grande couronne offrent beaucoup de toits plats, le potentiel y est donc très important.

Posez-lui vos questions
Mots clefs : expert, créatif, étudiants, biodiversite, jardinier
Portrait de Farida

Bonjour Monsieur,

 

Je m'appelle Farida Abassebay, en master 2 Développement durable. Dans le cadre de ma formation, j'aimerais mettre en place une initiative de jardin partagé dans la ville de Paris

L'objectif sera de créer un espace convivial autour des résidences avoisinantes, et un libre accès, pour que les habitants, puissent participer à la plantation.


Le projet est à rendre pour le 31 aout 2014.

En attendant, je suis activement à la recherche d'une parcelle de terrain, ma principale difficultée est de trouver des bailleurs intéressés par le projet, pouvez-vous m'aider dans cette démarche, ou me mettre en relation avec les personnes habilitées?

 

En vous remerciant par avance,

 

Bien cordialement,


Farida ABASSEBAY

E-mail: abassebay.farida@gmail.com

Portrait de Bac Dromadaire

Bonjour

Je suis enthousiamé par la culture sur les toits.Mais je pense qu'on ne peut y négliger l'arrosage.

J'ai à proposer une invention qui simplifie beaucoup les problèmes d'arrosage en limitant la consommation d'eau et/ou espacant beaucoup les remplissages . Je peux par exemple la diviser par deux ou trois pour alléger ces problèmes et/ou économiser l'eau tout en ayant des plantes en parfaite santé. Mais je peux aussi la diviser beaucoup plus pour passer une période de longue absence sans dommage pour les plantes (dans ce cas la plante produira moins de fleurs et de fruits tout en restant en bonne santé).

Il me semble que cette invention peut être très utile sur les toits. Pourrions-nous en discuter?

Portrait de vandervins

Bonjour Benjamin,

 

En terme de contrainte pour un potager sur toit il faut prendre en compte beaucoup de choses d'autant chaque bâtiment est particulierL’appel à un bureau d’étude technique peut être nécessaire (par exemple pour la conception technique d’accès à l’eau) ou obligatoire pour respecter la législation.

Voici les choses auxquels un porteur de projet doit prendre en compte (liste non exhaustive)

 

1) L'accès aux personnes (nombre de personnes limité selon la portance du toit)

2) L'accès à l'eau

3) Selon la technique de production et le type de potager que tu veux implanter les poids sont différents, donc les limites de portance aussi.

4) Selon les techniques de production il est possible que tu ais à mettre un revètement spécifique.

5) Des barrière de sécurité sont à prévoir. Les normes de sécurité sont différente selon la taille du toit, l'accès, l'avacuation et la portance

 

NB: des travaux pour augmenter la portance d'un toit peuvent être très cher. 

 

J'espère avoir répondu convenablement à ta question. 

 

Cordialement,

 

Antoine Devins

 

Portrait de Benjamin-Cauchois

Merci pour votre réponse qui plus est, rapide

cependant en terme de réglementation a quelles contraintes avons nous a faire?  Y a t il des limites de poids pour ces potagers sur les toitures ? Si oui quel en est le seuil? Est il vrai qu ' à Paris il est interdit d'exposer ces jardins potagers sur les balcons côté rue?  Ou puis je me reférer en terme de réglementation SVP? Mr Bel peut il me répondre

Merci a vous

Cordialement,

Benjamin Cauchois 

Portrait de apd_admin

Bonjour Benjamin,

Nous avons transféré votre message à Nicolas Bel mais je vous conseillerai aussi de contacter d'autres Acteurs qui mettent en place ce type de potager. Je pense à Worgamic, le jardin partagé "Le jardin sur le toit" et d'autres. Michel Fasol a également ouvert un forum à ce sujet dans l'éco-action "Réalisez une toiture végétalisée"... bref, n'hésitez pas à fouiller dans le site et à contacter tous ces gens !

Bonne recherche et bon master.

Portrait de Benjamin-Cauchois

Bonjour Monsieur,
Je me présente Benjamin Cauchois j'habite dans le Pas de Calais et suis en Master Qualité Sécurité Environnement à Marne la Vallée.
Dans le cadre de mon master , je dois créer une entreprise fictive avec un volet environnement, nous avons choisi la vente en ligne de kits carrés potagers "pret à jardiner" sur toit terrasse balcon pour particuliers et entreprises à Paris. Assemblage, pose, et entretien seulement pour entreprises.
Ce projet est à rendre pour jeudi 30 mai pour aller voir  et j 'ai quelques questions sans réponses. De plus, j'ai vu qu'il était possible de visiter votre travail le 31, mais cela se trouve le lendemain malheureusement. Pourriez vous donc m'accorder un peu de temps  avant cette date svp et m'aider.
Merci beaucoup par avance
Cordialement,
Benjamin Cauchois

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