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Marion Richard RAC

Invité du mois

Marion Richard

Octobre 2013 -
Thème du mois: 
Marion Richard est chargée de mission climat et territoires au Réseau Action Climat France. Elle est spécialisée dans la prise en compte des enjeux climat-énergie par les collectivités.
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1/ Le RAC, c’est quoi ?

Le Réseau Action Climat-France (RAC-F) est une association loi de 1901 spécialisée sur le thème des changements climatiques fondée en 1996, juste avant le sommet de Kyoto. Il est le représentant français du Climate Action Network International (CAN-I), réseau mondial de plus de 700 ONG dans 90 pays dont le but est d’inciter les gouvernements et les citoyens à prendre des mesures pour limiter l’impact des activités humaines sur le climat.

Le Réseau Action Climat-France regroupe 18 organisations nationales de défense de l’environnement, d’usagers des transports, de promotion d’alternatives énergétiques et de solidarité internationale. Il comprend également un collège d’associations locales et un collège d’adhérents individuels, impliqués personnellement ou professionnellement dans une thématique liée aux changements climatiques.

2/ Pour vous, que recouvre le mot énergie et comment l’insérez-vous dans les questions plus larges du DD ?

L’énergie est un constituant fondamental de toute activité et chaque décision ou projet d’un individu, d’une collectivité, d’une entreprise a un impact, plus ou moins important, sur l’énergie – et le climat. L’énergie dans une collectivité, ce n’est donc pas uniquement les bâtiments et le développement des énergies renouvelables, c’est aussi la mobilité, l’urbanisme, les achats publics et les pratiques de consommation des habitants, la politique de tourisme, le développement économique, l’agriculture et les espaces verts… Cela concerne donc l’ensemble des projets et politiques développés par la collectivité !

Par ailleurs, on considère souvent la thématique de l’énergie et du climat uniquement sous un prisme environnemental, alors même qu’elle est très liée aux enjeux sociaux et économiques et s’insère par là-même complètement dans le concept de développement durable. En effet, les changements climatiques coûtent déjà 1 200 milliards de dollars par an, soit 1,6% du PIB mondial. Ces coûts pourraient doubler dans les 20 prochaines années. En 2012, la France a dépensé 69 milliards d’euros (soit 2 600 € par foyer) en importations de pétrole, charbon et gaz. Cela représente près de 90% du déficit de notre balance commerciale ! Ceci, alors que 6 millions de français sont en situation de précarité énergétique.

Une partie très importante des dépenses d’énergie échappe au territoire dans lequel cet argent est dépensé, pour aller à l’étranger ou vers des entreprises ayant une préoccupation nationale et internationale plutôt que locale et régionale. Le fait d’en capter une part croissante (travaux d’économie d’énergie, énergies renouvelables et de récupération) stimule l’économie locale et les emplois ainsi que les recettes fiscales locales. Le même raisonnement vaut pour les circuits courts y compris pour l’épargne locale qui doit aller davantage aux investissements locaux de la transition.

3/ Le GIEC vient de publier son 5e rapport. Le changement climatique s’avère plus rapide que les modélisations des années précédentes. Comment cela touche-t-il Paris ?

Le premier volet du 5e rapport du GIEC concerne les éléments scientifiques issus des recherches sur le climat dans le monde. 3 autres volets seront publiés d’ici 2014, qui concerneront :

  • Les impacts des changements climatiques
  • Les stratégies d’atténuation des émissions
  • Le dernier volet, publié en septembre 2014, présentera une synthèse générale du rapport.

Ce rapport permet d’informer les décisions politiques en matière de lutte contre les changements climatiques. Il est d’autant plus important que la communauté internationale est en train de négocier un accord mondial sur les changements climatiques.

Pour connaître les principales conclusions de ce rapport, je vous engage à consulter le site internet www.leclimatchange.fr , site à vocation pédagogique créé par le RAC qui explique les conclusions de ce rapport.

Les principaux impacts du changement climatique pour Paris sont le risque de canicule, avec le développement des îlots de chaleur urbains, ainsi que les risques d’inondation.

 

4/ Limiter sa consommation d’énergie est-ce juste une histoire de chauffage ?

De la même manière, que la réduction des consommations d’énergie pour une collectivité dépasse l’action sur son patrimoine bâti ; pour un ménage, l’énergie ce n’est pas juste la facture de gaz, d’électricité ou de fioul, c’est aussi les modes de déplacement : la voiture, le vélo ou les transports en commun, mais aussi l’avion pour les vacances, le week-end ou les déplacements professionnels, l’alimentation, la consommation de biens et services...

Le RAC-F a publié plusieurs brochures grand public qui permettent d’identifier les impacts de différents secteurs de la vie quotidienne sur le changement climatique et les moyens d’agir en tant qu’individu pour réduire cet impact. Elles sont consultables sur notre site Internet et disponibles sur demande en version papier (payantes).

 

5/ Quelles sont les pistes d’améliorations pour les logements parisiens ?

En France, le secteur résidentiel-tertiaire représente environ 42 % de la consommation d'énergie finale de la France. En 2011, ce secteur émettait 24% du CO2 et 19% des différents gaz à effet de serre émis en France.

Il s’agit là du principal secteur consommateur d'énergie finale, devant les transports et l'industrie.

L'effort majeur à réaliser dans le secteur du bâtiment concerne la rénovation thermique des bâtiments existants. En effet, le taux de renouvellement des logements français n’est que de 1% par an. Par ailleurs, les travaux d’amélioration de la performance énergétique du bâtiment sont très créateurs d’emplois. Ils entraînent une baisse des factures énergétiques et des émissions de GES et une augmentation de la valeur patrimoniale du bâtiment.

Les deux grandes pistes sont la performance du bâtiment et son usage :

  • En ce qui concerne la performance du bâtiment, il faut notamment travailler sur l’isolation (par l’extérieur, toiture, la pose de fenêtres performantes), le chauffage et l’eau chaude sanitaire (changement de chaudière, introduction d’énergies renouvelables, par exemple par raccordement sur le réseau de chaleur urbain...), la ventilation, mais également la pose de brise-soleil, pour réduire l’effet de canicule.
  • Au-delà de la  performance du bâtiment, il est essentiel de travailler à son usage, c’est-à-dire au comportement des usagers : en hiver, bien régler son chauffage (19°C en journée, lorsque le logement est occupé, 16°C dans les chambres la nuit) ; et en été, fermer les volets pendant la journée pour se protéger de la chaleur et aérer la nuit, éteindre les appareils en veille, etc.

Enfin, il est primordial de voir au-delà des questions purement liées à la consommation d’énergie domestique (chauffage, eau chaude, électricité) : existe-t-il un local poubelles adapté aux différentes poubelles de tri ? Y a-t-il, dans la cour de l’immeuble ou, à défaut, dans la rue, des stationnements vélos ? Y a-t-il, à proximité du bâtiment, un jardin partagé où les habitants peuvent aller s’aérer le week-end plutôt que de prendre leur voiture, et où ils pourront déposer leurs déchets organiques si ce jardin dispose d’un composteur ?

 

6/ Et l’alimentation dans tout ça ?

L’alimentation reste un poste important d‘émissions de gaz à effet de serre : utilisation d’engrais azotés, fabrication et transport des intrants, importations massive pour l’alimentation animale, fermentation gastro-entérique des ruminants... Chaque habitant peut être vigilant sur l’origine géographique et les modes de cultures des aliments qu’il achète ainsi que leur emballage ou encore leur mode de transport. Il est aussi possible de réduire sa consommation de viande, de participer à une AMAP…

Mais c’est également les politiques commerciales et agricoles, françaises et européennes notamment, qui doivent mettre en place les cadres réglementaires pour que se développent massivement les filières locales et les modes de cultures faiblement émetteurs en gaz à effet de serre  :type de culture peu exigeante en intrants, encouragement de l’agroécologie, baisse de l’importation pour l’alimentation animale, réduction des spécialisations agricoles nationales...

 

7/ Le mois passé nous parlions de mobilité partagée, quel est votre avis sur l’évolution des transports (à Paris) dans un contexte de changement climatique ?

Paris fait un effort important de développement du vélo, qui reste à approfondir notamment en liaison avec les communes environnantes ainsi qu’en matière d’infrastructures (pistes cyclables et stationnements vélos sécurisés).

Par ailleurs, l’une des directions prises en termes de transport alternatifs à Paris est le développement de la voiture électrique. Il faut bien savoir que cette dernière ne doit pas se substituer à la voiture classique ni constituer le cœur d’une politique de mobilité durable. En effet, il est crucial de réduire les déplacements effectués en voiture et de laisser la place aux autres modes de déplacement, en particulier à la marche et au vélo et de se questionner sur la provenance de l’électricité consommée par ces voitures. Est-elle uniquement renouvelable ?

Enfin, une question très peu souvent abordée est celle de l’acheminement des marchandises dans Paris, qui est, elle aussi, directement responsable des problèmes de pollution de l’air – qui constitue l’un des enjeux majeurs des transports à Paris en plus des émissions de gaz à effet de serre des véhicules. Il est donc nécessaire de développer des alternatives, comme l’acheminement des marchandises par voie fluviale ou par triporteur, mais également d’optimiser les livraisons. 

 

8/ L’habitat participatif commence à se faire connaître et des projets sont en attentes à Paris. Au-delà de l’aspect social, en quoi ce mode de vie peut être bénéfique pour l’environnement ? Pour le climat ?

L’habitat participatif est en général plus dense et plus compact que l’habitat « traditionnel » et en cela, il est moins consommateur d’énergie. Par ailleurs, l’un des objectifs de l’habitat participatif est le partage de biens (machine à laver, outils, etc.), ce qui permet de réduire leur production, sans affecter l'usage qui peut en être fait. Ceci permet de réduire d'autant les émissions liées à la fabrication de ces biens y compris celles liées à l'extraction et au transport des matières premières nécessaires à leur fabrication, à leur transport du/des lieux de fabrication jusqu'au lieu de vente puis de consommation, ainsi que celles liées à leur recyclage ou leur élimination. De même, l’échange de services entre habitants (garde d’enfants, achats groupés) permet de réduire les déplacements engendrés.

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Mots clefs : energie, expert, écologique

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